Houellebecq, le droit et la littérature

Publié le 07/02/2019

L’Herne

Si vous pratiquez le droit et que vous aimez les livres et la littérature, vous n’êtes sûrement pas passé à côté de la Revue droit et littérature. Objet de toutes les curiosités, cette revue annuelle souhaite mettre en perspective le droit et la littérature : droit dans la littérature, droit comme littérature ou encore droit de la littérature.

Son rédacteur en chef, Nicolas Dissaux, agrégé des facultés de droit privé, sciences criminelles, professeur à l’université de Lille et avocat au barreau de Lille, est un passionné de littérature et voue une admiration à Michel Houellebecq.

Alors quand les éditions de l’Herne lui ont demandé de rédiger, pour leur collection « Carnets », un texte sur Michel Houellebecq, il n’a pas pu y résister et s’est plongé dans l’œuvre de l’auteur des Particules élémentaires.

Aujourd’hui paraît donc : Houellebecq, un monde de solitudes.

Partant du constat que les rapports entre Michel Houellebecq et le droit ne se limitent pas à des relations de prétoire, lors de procès médiatiques, Nicolas Dissaux analyse l’œuvre et démontre comment Michel Houellebecq emprunte tout un langage propre au droit et comment celui-ci innerve son œuvre.

Dans une démonstration brillante et argumentée, Nicolas Dissaux défend sa thèse : « Les plaies sociales que stigmatise Houellebecq mettent nécessairement le droit en question » (p. 12) et d’ailleurs, « ce sont les mêmes que soulignent certains philosophes du droit pour diagnostiquer une crise de l’humanisme juridique » (p. 13).

Tout est dit !

Nicolas Dissaux développe deux pistes de réflexion qui correspondent à deux idées fondamentales dans l’œuvre de Michel Houellebecq, qui, selon lui, sont à l’origine même du sens du « combat livré par Houellebecq, [avec] deux mots d’ordre : contre l’individu ; contre la mort ».

Car, si Balzac fut l’écrivain du capitalisme effréné, Houellebecq est, quant à lui, celui du capitalisme exténué !

Dans ses œuvres, le « héros » – ou plutôt le personnage central – représente souvent l’individu libéral « déboussolé », « esseulé » et rien ne parvient à combler cette absence, cette solitude…

Cette solitude est pourtant confrontée à un réel désir d’éternité. Face à ces deux peurs, que sont la solitude et la mort, Nicolas Dissaux relève un désir profond de vivre, voire de survivre, et ainsi d’exister au-delà du trépas, que ce soit grâce à des techniques scientifiques, telle la cryogénisation, ou la littérature ; constat qui est même au cœur des débats actuels dans les universités : « Ce désir, il hante aussi le droit » (p. 41).

Grâce à sa connaissance de l’œuvre de l’auteur – romans, échanges épistolaires (notamment avec Bernard-Henri Lévy), interviews – Nicolas Dissaux prouve que Michel Houellebecq est un grand écrivain, mais surtout, il montre comment ce dernier participe à « maintenir l’homme occidental éveillé ».

À lire pour tous les passionnées de Michel Houellebecq, du droit et de la littérature.

LPA 07 Fév. 2019, n° 142q0, p.16

Référence : LPA 07 Fév. 2019, n° 142q0, p.16

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