Jardins de rêve en Irlande du Nord

Publié le 28/07/2016

Comme sa consœur l’Angleterre, l’Irlande du Nord est une terre bénie de Dieu pour les jardiniers : un climat océanique tempéré, une terre riche et bien arrosée ; d’où l’émergence d’un savoir-faire et d’une passion des Irlandais pour les jardins qui remontent à la nuit des temps. Balade dans trois jardins d’exception entre espaces vierges de pâtures à moutons et côtes déchiquetées à peine arrêtées par la mythique Chaussée des Géants.

Mount Stewart, la star aux huit jardins

À l’origine, Robert Stewart, un drapier et propriétaire terrien, appelle la maison Mount Stewart en y posant la première pierre en 1744. Sa descendance est la famille Londonderry qui tient très tôt les rênes politiques en Irlande, se lance dans l’industrialisation du pays et construit de nombreuses propriétés. Et peu à peu, l’ancien rendez-vous de chasse se transforme en élégante demeure géorgienne agrémentée de pas moins de huit jardins.

Quand le septième marquis hérite en 1917 du domaine, celui-ci compte plus de 20 200 hectares et s’y bousculent aristocrates, hommes politiques et artistes. Pourtant, quand Lady Edith, la femme d’origine écossaise dudit marquis, découvre la propriété, elle évoque « l’endroit le plus sombre et le plus triste qu’elle n’ait jamais vu ». C’était en omettant sa fantaisie et sa créativité jardinière qui vont bientôt transformer le lieu en un des jardins les plus célèbres d’Irlande, aujourd’hui dévolu au National Trust.

Un jardin italien créé à l’origine par des dizaines de soldats démobilisés et pourvu de bassins ronds ; un jardin espagnol aux arches de cyprès inspirées de l’Alhambra de Grenade ; une débauche de pergolas chargées de variétés florales exotiques… : l’œil ne sait plus où poser son regard tant la fantaisie de Lady Edith est grande. Elle architecture les espaces, compose les jardins en s’inspirant de ses origines, de ses lectures, de ses voyages, de ses échanges avec la célèbre paysagiste Gertrude Jekyll.

L’exubérance pointe à chaque bosquet entre fontaines et sculptures, et celle-ci a lieu d’être car les jardins peuvent compter sur un précieux allié : le microclimat ambiant, doux et humide, et la quasi absence des vents dominants du sud-ouest, une rangée d’eucalyptus de Tasmanie ayant été plantée dès la fin du XIXe siècle.

Avec son réseau d’amis, des collectionneurs, des jardiniers, des pépiniéristes et des chercheurs de plantes rares, Edith Londonderry pare les espaces de fleurs, d’arbustes et d’arbres venant des quatre coins de la planète.

Connus de toute l’Irlande et l’Angleterre, les jardins sont à leur apogée esthétique dans les années 1920 à 1930. Lady Edith est même louée par la presse spécialisée et nombreux sont les articles qui publient des photographies d’elle-même et de ses parterres.

La Seconde Guerre mondiale, le manque de personnel, le départ en retraite de son chef jardinier Thomas Bole, des années de tempête et de gel, le décès de son époux puis de son fils mettent à mal l’énergie d’Edith Londonderry qui décide de léguer son domaine au National Trust en 1955.

Respectueux de l’esprit de Lady Edith, les jardiniers essayent de faire vivre ensemble environ 2 500 variétés différentes de plantes ; tout en privilégiant les couleurs et les odeurs comme elle le faisait. Seules des roses parfumées sont plantées, et l’odeur tenace des lys aux corolles imposantes accompagne les visiteurs.

• Mount Stewart, Portaferry Road, Newtownards, County Down. Tél. : + 44 (0) 28 4278 7814.

Benvarden, l’amour d’une famille pour le végétal

Le banquier Hugh Montgomery achète le domaine en 1798 après une terrible histoire de meurtre perpétré par le précédent propriétaire, le fameux John MacNaghten.

Un parterre à Benvarden.

Le parc a été paysagé au XVIIIe siècle autour de la maison construite à la même époque. Divers jardins sont élaborés et un grand étang est même excavé et planté d’ifs ; alors que chênes, hêtres et autres grands arbres sont présents naturellement. La Seconde Guerre mondiale plonge les parterres dans la décadence et il faut attendre l’amour de Hugh Montgomery et de sa femme Valerie pour le végétal pour que le domaine retrouve sa splendeur.

Ces Montgomery consacrent une partie de leur vie à la conservation et à l’amélioration de cette propriété familiale qu’ils aiment tant ; ajoutant aux immenses prairies et leurs arbres séculaires un beau potager dont les légumes sont vendus localement. Les plants de légumes alternent avec beaucoup d’élégance avec des parterres de roses dont le parfum se mêle aux effluves sucrés des arbres fruitiers taillés en espaliers sur les murets.

Du grand pont victorien de 1874 en passant par les pièces d’eau encombrées de gigantesques gunneras, la promenade est charmante dans les sous-bois envahis de rhododendrons et d’azalées.

• Benvarden Gardens, Benvardin Road, Ballymoney, County Antrim, BT53 6NN. Tél. : 028 2074 1331. www.benwardin.com.

Rowallane ou le romantisme exacerbé

Un charmant jardin enserré de hauts murs avec des broderies de buis lesquelles contiennent force plantes rares dont les espèces varient selon les saisons ; des entassements improbables de roches ; des variétés d’arbres exotiques et peu courants tels que l’arbre aux mouchoirs (Davidia involucrata) : tel est le schéma de ce beau jardin confié au National Trust dans les années 1950.

Un amoncellement de pierres à Rowallane.

DR

Au printemps, les jonquilles précèdent la magie jaune, rose et orangée des buissons entiers de rhododendrons dont les grappes florales montent jusqu’à pas moins de 12 mètres de haut, et les primevères Rollawane Rose sont nombreuses. En été, les couleurs virent au bleu et au parme avec les delphiniums élancés, les rares pavots bleus de l’Himalaya, les cistes et les iris mauve foncé ; alors que les azalées du Japon couvrent les buissons de couleurs multiples. L’automne fait rougir les cotonéasters et certaines allées se parent avec ces mêmes arbustes de teintes jaunes ou or avant que l’hiver ne devienne le règne des viburnums.

À Rowallane, la promenade incite à la lecture de ces poètes romantiques dans leurs effusions amoureuses et leurs odes à Dame Nature. Entre les étranges monticules de pierres rondes et l’arbre aux mouchoirs dont les feuilles sont prêtes à essuyer la moindre larme, le romantisme pointe au détour de chaque chemin.

• Rowallane Garden, Saintfield, County Down, BT24 7LH. Tél. : 028 9751 0131. www.nationaltrust.org.uk/rowallane-gardenwww.irelande-tourisme.fr.

Hébergements et restauration

Pour visiter Mount Stewart et Rowallane, rendez-vous à Newforge House, qui possède le charme de ces maisons conservées par la même famille depuis des lustres, ici plus de 150 ans. Auparavant chef d’un restaurant, le fils est, à l’heure actuelle, responsable des six chambres au confort so british et il est surtout aux commandes de la cuisine.

Au menu, des légumes du jardin, une superbe viande maturée chez Hannan’s, un boucher affineur de bêtes dans du sel de l’Himalaya, des tartes maison qui fondent au palais entre lemoncurd et rhubarbe rosée : les produits sont parfaitement travaillés, dans une stricte simplicité respectueuse de tout leur potentiel de saveurs.

• Tél : (0) 28 9261 1225. www.newforgehouse.com. Chambres à partir de £85, petit-déjeuner avec œufs, saucisses et pancakes compris, dîner à £40.

Une autre bonne adresse dans le village voisin : Wine & Brine, pour une cuisine irlandaise mais résolument moderne et esthétique.

• Tél : (0) 28 9261 0500. www.wineandbrine.co.uk. Environ £32 pour un dîner.

Plus au nord, près de Benvarden, l’Ardtara Country House & Restaurant est elle aussi une grande demeure du XIXe siècle de style géorgien, située en pleine campagne, avec neuf chambres dont la décoration alterne entre chintz et toile de Jouy. La quiétude est là encore de rigueur et la table gastronomique se double d’ateliers de cuisine pour qui veut s’initier aux différentes façons de préparer et de cuisiner le saumon ou l’irish stew.

• Tél : (0) 28 7964 4490. www.ardtara.com. Chambres à partir de £75, petit-déjeuner irlandais complet compris, menu découverte à £45 et £70 avec un accord vin-mets.

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Référence : LPA 28 Juil. 2016, n° 119j3, p.22

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