Le tour de théâtre en 80 minutes

Publié le 16/10/2020 - mis à jour le 21/10/2020 à 16H46

Théâtre de Poche-Montparnasse

Christophe Barbier découvre le théâtre au lycée, intègre Normale Sup et forme avec ses condisciples le théâtre de l’Archicube, avec lequel il monte une soixantaine de spectacles. Il choisit ensuite le journalisme, où il poursuit une carrière brillante : presse écrite au Point et à l’Express, qu’il dirigera durant 10 ans, télévision… Infatigable, il écrit des essais politiques, des pièces de théâtre et, en 2015, un volumineux et savant Dictionnaire amoureux du théâtre. « Si le théâtre n’est pas mon métier, il est ma vie », dira-t-il. Il y a quelques années, Christophe Barbier, l’homme à l’écharpe rouge, spectateur professionnel et comédien amateur, décide enfin d’aborder le théâtre en professionnel, un risque à courir car sa notoriété de journaliste l’exposait d’autant plus aux critiques. Mais comme il ne manque pas de talent et que son expérience des planches est déjà longue (33 années !), le succès est au rendez-vous et les spectacles s’enchaînent…

Nous l’avions vu il y a peu dans Choses vues de Victor Hugo qu’il vient de monter au théâtre de Poche-Montparnasse, où il a ses habitudes. Déjà en scène lorsque l’on entre, il accueille les spectateurs devant sa table de maquillage, costumé en marquis et lisant. Lorsque la salle est au complet, car pas question d’admettre le trouble causé par des retardataires, il partagera avec le public sa connaissance et son besoin de théâtre. La première partie s’appuie sur des extraits de grands classiques allant de L’impromptu de Versailles de Molière à L’échange de Paul Claudel, pour conter l’aventure des comédiens à chaque représentation : le maquillage avec un rituel de disparition/apparition, l’effroi avant le lever de rideau, le trac : une vermine, les trois coups du brigadier, l’entrée en scène refuge et sanctuaire, la crainte du trou de mémoire, le don et sa réception, le rituel des saluts, l’ivresse des applaudissements…

La seconde partie est le récit de 2 500 ans d’histoire du théâtre à partir d’anecdotes et avec un fil conducteur : les relations avec la politique et la religion. Se succèdent notamment, bien ordonnés, le refus d’obsèques chrétiennes imposé à Molière et Adrienne Lecouvreur, l’excommunication de mademoiselle Raucourt, la querelle du Cid, le poids des censures, les beaux sentiments de Marivaux, les audace de Beaumarchais, les ruses d’un ancien figurant de la Comédie française, Charles Hippolyte de la Bussière, devenu geôlier des prisons de la Terreur pour sauver les comédiens de l’échafaud, la légèreté des auteurs fétiches de la IIIe République tels Labiche, Feydeau, Sardou, Rostand, les pièces engagées de la IVe et de la Ve avec encore quelques batailles politiques autour des pièces de Jean-Paul Sartre et de Jean Genet. La fin du récit : emprise de la télévision et rencontre du couple présidentiel est un peu fade. Dommage…

Christophe Barbier a gardé une belle plume élégante, l’esprit de finesse et un sens de la dissertation bien construite. Il mène sa causerie tambour battant, la mémoire est parfaite, la diction sans défaut. Tout naturellement sa passion de jouer devient agrément de le voir jouer.

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Référence : LPA 16 Oct. 2020, n° 152r4, p.18

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