Perles de jazz

Publié le 13/03/2019 - mis à jour le 03/07/2019 à 20H38

DECCA

WaxTime

Michel Legrand & Miles Davis, Legrand Jazz, WaxTime. Parmi toutes les productions de Michel Legrand, l’occasion est donnée de revivre et réécouter l’album Legrand Jazz. Il faut se souvenir de la performance : en 1958, Legrand n’a que 26 ans. Et qui va jouer sous sa direction ses arrangements de Wild Man Blues, Round Midnight, Stompin’ at the Savoy, Night in Tunisia, Django, Nuages ? La crème du jazz ! Miles Davis, Herbie Mann à la flûte, Don Eliott, Phil Woods (qui deviendra presque l’inséparable), Hank Jones, Art Farmer, Donald Byrd, Nat Pierce, Max Roach et aussi Bill Evans… la liste étant trop longue des pointures qui, sur trois sessions en juin 1958, viennent construire cette galette récemment rééditée en vinyle par WaxTime. La pochette reproduit la photographie et les notes originales de l’album à sa sortie. 26 ans et toutes ces stars déjà dans l’un de ses premiers albums, il y a de quoi donner le vertige ! Cette nouvelle écoute permet de goûter la qualité inventive et la sophistication des arrangements de Legrand qui, par le choix des « tubes » revisités, allant de Jelly Roll Morton à Thelonious Monk, de Dizzy Gillespie (le premier grand coup de cœur, la révélation) à Count Basie, en passant par Duke Ellington, est aussi un voyage dans la grande histoire du jazz…

Jeff Goldblum, The Capitol Studios Sessions, DECCA. Ce n’est peut-être pas une vraie perle, mais l’album mérite le détour. Ça sent un peu le « produit » et donne le sentiment que Goldblum, connu comme acteur (La Mouche, c’est lui !), se contente de jouer quelques notes. Il faut se garder de cette première impression. L’ouvrage, qui rassemble des standards (Cantaloupe Island, Caravan) et des compositions originales, est parfaitement arrangé et orchestré autour, et avec le Mildred Snitzner Orchestra. Ensuite, Jeff Goldblum n’est pas un inconnu dans la sphère jazz. L’histoire raconte qu’après avoir accompagné Gregory Porter au Graham Northon TV Show en Angleterre, on lui a proposé d’enregistrer cet album. The Capitol Studios Sessions réunit, outre l’acteur-pianiste, des artistes comme les chanteuses Imelda May et Haley Reinhart, la comédienne Sarah Silverman ou le trompettiste Till Bronner. Jeff a présenté son album au Trianon le 18 novembre 2018. Il continue sa tournée. Acteur ou musicien, ce type a le sens du rythme et de la déambulation élevée au statut d’art, deux choses que les privilégiés cinéphiles qui s’en souviennent avaient pu voir se hisser au sommet dans le remarquable Mad Dogs, un bijou filmique absolu signé Larry Bishop. Si vous ne pouvez vous rendre à l’un de ses concerts, regardez la version de Canataloupe Island sur YouTube. C’est absolument délicieux et Jeff Goldblum est un vrai pianiste !

Emmanuel Bex, Philip Catherine, Aldo Romano, La Belle Vie, Sunset Records. Les vingt ans d’un trio. Signalons la sortie chez Sunset Records de l’album La Belle Vie, signé de trois copains musiciens qui se suivent et se retrouvent régulièrement depuis vingt ans : Emmanuel Bex à l’orgue Hammond, magnifique instrument de jazz, le batteur Aldo Romano (grand habitué des soirées du Sunside), et le guitariste Philip Catherine. Album anniversaire, le CD propose neuf compositions signées par chacun des trois. Si la prise de son, quelque peu curieuse – on l’imagine voulue ainsi – assourdit la batterie d’Aldo, les mélodies sont efficaces et l’album dégage beaucoup d’énergie et de sérénité. Ça s’appelle la maîtrise !

Michel Legrand, The Thomas Crown Affair, DECCA. Quelques mois avant sa mort, MGM Studios avait eu l’excellente idée de rééditer une pépite quasi introuvable : la musique du film L’Affaire Thomas Crown, sortie en 1968, sous forme de vinyle. 13 morceaux d’anthologie, à l’instar du film des plus modernes qui soit, encore aujourd’hui. On renonce ici au faux débat jazz/musique de film, pour le seul plaisir de l’écoute, la qualité des arrangements sublimes, la voix – au passage – de Noël Harrison sur l’inoubliable The Windmills of Your Mind… Sans la musique de Michel Legrand, la face du film en eut été changée. Attention, il paraît que le vinyle n’a pas été tiré à beaucoup d’exemplaires et il est déjà difficile à trouver !

LPA 13 Mar. 2019, n° 142x4, p.22

Référence : LPA 13 Mar. 2019, n° 142x4, p.22

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