Perles de jazz, la découverte de 3 trésors

Publié le 27/11/2020 - mis à jour le 18/12/2020 à 12H16

The Lost Berlin Tapes.

Verve

Ella, retour à Berlin. On connait depuis très longtemps l’historique Ella in Berlin et le Make on Knife. C’était en février 1960. Puis il y a eu Ella Returns in Berlin en 1961. Ella Fitzgerald nous a quittés en 1996. C’était sans compter les trésors des archives de Norma Granz, auquel la cause du jazz doit tant, producteur entre autres d’Ella Fitzgerald et qui avait toujours le réflexe d’enregistrer les sessions de ses artistes. Sort ainsi en 2020 ce troisième opus berlinois The Lost Berlin Tapes, capté en live le 25 mars 1962. On y a le bonheur d’y retrouver une Ella en super forme qui enchaîne les standards et les registres (son interprétation de Cheek To Cheek ou d’I Won’t Dance – des standards de la comédie musicale américaine – est somptueuse). La voix est épatante, virevoltante, claire comme une nuit d’été, avec ou sans criquets. La voix d’Ella était aussi faite de satin, il suffit d’écouter Angel Eyes. Elle était aussi le scat qu’elle maniait à merveille, elle en donne la preuve ici sur plusieurs morceaux. Ce live qui doit aussi à la formation de luxe qui l’accompagnait, témoigne des sommets de son art.

Art Blakey, Just Coolin’. Pour certains, Art Blakey c’était d’abord la pochette d’un vinyle de leur adolescence : celle de la BO de Des femmes disparaissent. Pour d’autres, c’est Moanin’. Pour tous, Art Blakey c’est le génial batteur be bop et celui qui a mis la batterie au devant de la scène. C’est évidemment les Jazz Messengers, cette formation qui a enrôlé tous les talents et enregistré plus de soixante albums. Just Coolin’ est une session enregistrée en mars 1959 par Art Blakey à l’époque accompagné par le trompettiste Lee Morgan, le saxophoniste (et ici aussi compositeur) Hank Mobley, le pianiste Bobby Timmons et le bassiste Jymie Merritt. Les compositions permettent de se souvenir du savoir jouer ensemble et de la redoutable efficacité dont faisaient preuve ces cinq musiciens. Alors qu’on peut apprécier leur jeu, leur style et leur virtuosité (écouter notamment Jimercick ou Quick Trick), ce qui faisait la force du groupe, c’est que personne ne la ramenait à lui. Le talent, l’esprit d’équipe et la modestie c’était cela aussi Art Blakey et les Jazz Messengers.

Monk à Palo Alto. Un jour, Thelonius Monk a été invité à la Palo Alto High School, en Californie. C’était en octobre 1968. Par un de ces mystères que le jazz affectionne, l’enregistrement n’était jamais sorti. Il n’est pas long, à peine 47 minutes et vient d’être édité par Universal. On y retrouve des versions en quartette (Ruby, My Dear) ou en trio (Don’t Blame Well), les « tubes » (avec Monk, le mot sonne un peu faux) : Blue Monk ou Epistrophy. Et encore I Love You Sweetheart of All My Dreams, qui clot le concert. Aux côtés de Monk, sa formation habituelle : Charlie Rouse, saxophone ténor, Larry Gales, contrebasse, Ben Riley est à la batterie. De Riley, le Monkien Laurent de Wilde a écrit : « La place de ses accents, toujours choisie avec goût, désigne une subtilité quasi diplomatique ». Gales et Riley ont à Palo Alto déjà quatre ans en commun avec Monk et ont tous leurs marques. À partir de 1969/1970, Monk changera pourtant d’équipe, avec à la batterie un certain Thelonius Monk Jr. qui n’est pas pour rien dans l’édition de ce trésor jusqu’alors caché.

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Référence : LPA 26 Nov. 2020, n° 157v7, p.24

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