Perles de jazz : le temps des guitares

Publié le 21/04/2020 - mis à jour le 22/04/2020 à 13H56

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Il est temps de profiter de cette période pour se repasser ses albums préférés grâce aux plates-formes musicales qui ne sont pas avares de pépites, il suffit d’être un peu curieux et se laisser porter au hasard des musiques pour découvrir tel ou tel morceau, ou se souvenir de ce que l’on croyait avoir oublié…

La guitare selon Grant Green

Un des guitaristes les plus doués et à la discographie proprement impressionnante, mais qui n’a pas eu la renommée grand public qu’il méritait. On peut commencer par écouter les titres Come sunrise ou Green with envy pour avoir une idée de son jeu fluide et efficace. Ce qui est fou avec Green, c’est qu’il a joué tous les genres avec inspiration et toujours avec le souci aigu de la mélodie : le blues (comme dans Blues for Willarene), les classiques (Back in you own backyard), le bebop, les standards. Il faut aussi écouter la version de Joshua fit de battle of Jericho somptueusement jouée sur l’album Feelin’ The Spirit, avec Herbie Hancock ou celle de So what. Il aimait beaucoup jouer avec les organistes façon « Hammond » et ils le lui rendaient bien en l’invitant sur de nombreux enregistrements en sideman. Le pianiste Horace Parlan l’a souvent associé à ses albums. On aime retrouver sous ses doigts les versions du classique Funny Valentine ou Moon River mais aussi des rythmes plus funk comme The Windjammer. Tout cela est d’autant à savourer que la plupart des morceaux ne font pas moins de six minutes et s’étirent, sans ennui bien au contraire, sur près de dix souvent, manière de prendre toute la mesure du travail de l’artiste qui signa chez Blue Note et toujours remarquablement accompagné. Grant Green n’a pas oublié un genre délicieux qui allait bien à son style de guitare, en gravant quelques plages bossa nova. On conseille la version de Corcovado.

La bossa nova de Luiz Bonfa

La transition est idéale pour retrouver un pianiste élégant et chanteur, là aussi moins connu que les autres stars de la bossa, les Jobim, Vinicius de Moraes ou Joao Gilberto. Et pourtant… Luiz Bonfa est bien l’un des pères de la bossa et fut le compositeur d’une partie de la musique du film Orfeu Negro. Écouter évidemment sa Bonfa nova ou Sambalamento et le classique Manha de Carnaval. Puis enchaîner avec Balaio et l’enregistrement de Jazz Samba Encore ! (1963) avec Stan Getz, cet autre fou de bossa qui joua avec Gilberto sur un mythique album. Le délicieux Silencio do Amor transporte les âmes et les cœurs et Mélancolia, dans un arrangement très riche, montre qu’elle peut être joyeuse. Seringuero a des accents de fado. Ce guitariste au jeu varié dans un genre un peu contraint (l’écouter sur Ebony Samba ou sur l’époustouflant Batucada) a lui aussi adapté des standards et donné des versions intéressantes de Night and day ou Tenderly. Sinatra, qui a chanté Luiz Bonfa, ne s’était pas trompé…

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Référence : LPA 21 Avr. 2020, n° 153f6, p.12

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