Victor Hugo parodié

Publié le 22/09/2021 - mis à jour le 29/09/2021 à 17H29

Les Misérables de Victor Hugo ont été parodiés trois fois, cette édition est celle réalisée par Jules Baric.

Drouot

« La parodie n’est-elle pas le destin éternel de l’homme ? », se demande Milan Kundera dans La vie est ailleurs. Est-ce la raison pour laquelle cette imitation satirique d’un ouvrage est si courante dans la littérature ? Les historiens ne parviennent pas à se mettre d’accord sur l’inventeur de la parodie. Aristote en attribue l’invention à Hégémon de Thasos, poète de l’ancienne comédie athénienne, dont on jouait la parodie de la Gigantomachie. Euripide a parodié le neuvième chant de l’Odyssée. Aristophane, de son côté, a parodié Euripide, Eschyle et Socrate. À les entendre, tous les auteurs grecs se sont parodiés. Rabelais a parodié la scolastique et Cervantès les romans de chevalerie. Nous n’en sortons jamais, même Corneille a été parodié par Boileau, comme Racine par le malheureux Champcenetz et le sulfureux Rivarol. Il est vrai que ce ne fut qu’un extrait du Cid pour le premier et seulement le Songe d’Athalie, pour le second. À tout grand auteur, tout honneur parodique !

La maison Missika Theliez, nouvelle à Drouot, mettra en vente le 28 septembre prochain, huit ouvrages parodiques de Victor Hugo, provenant de la bibliothèque Jean et Sheila Gaudon, avec une estimation globale de 200/300 € (Salle 4 – Hôtel Drouot – 9, rue Drouot 75009 Paris). Les Travailleurs de la mer plongent dans le burlesque avec Les Travailleurs dans la mer (Paris, Bruxelles, 1866, in-8). La Parodie des Misérables ne se signale pas autrement, mais a connu au moins trois éditions. L’auteur de l’une d’elles, Jules Baric (1825-1905), était un illustrateur et un caricaturiste qui a sévi dans toutes les revues du genre de la seconde moitié du XIXe siècle, comme Le Charivari et Journal Amusant. Il a aussi composé une parodie du dernier roman de Victor Hugo, les Quatre-vingt-treize (De Vresse, 1874) qui ne figure pas au catalogue. Une autre parodie des Misérables, qui ne figure pas non plus au catalogue, a été composée et illustrée par Vemar, pseudonyme de Gustave Marx, que nous retrouvons sur la page de titre de L’Homme qui rigole, parodie en vers comique illustrée en 1870, parue dans L’Almanach illustré. C’est sans doute l’Homme qui rit (1869) qui inspira davantage les parodies hugoliennes. Il devint L’Homme qui… rigole, dans une édition anonyme bruxelloise (Duquesne, 1869, in-8), puis L’Homme qui rigole, sans suspension sous la plume de Le Guillois et [Arsène] Saint-Clair. Marion Delorme répond au prénom moins lisse de Marionette sous la plume de Dupeuty & Devert. Le premier, qui se prénomme Charles-Désiré (1798-1865), participa à la rédaction de livret des opéras d’Offenbach.

Hernani, Ruy Blas, Notre-Dame de Paris, combien d’œuvres de Victor Hugo ont été parodiées ? Nous oserions dire : toutes ; même les plus simples ! Hugo a été, sans doute, l’auteur le plus parodié. Reste une importante bibliographie à établir.

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