Seine-Saint-Denis (93)

Grand Paris : 23 propositions pour en faire la capitale mondiale du sport

Publié le 01/04/2022 - mis à jour le 01/04/2022 à 9H57
Trois dessins de Tour Eiffel jouant au foot
©leographics / AdobeStock

Métropole culturelle, économique et artistique, le Grand Paris peut-il voir son identité valorisée par le sport ? Oui, selon un rapport dévoilé, il y a peu, par Paris Île-de-France Capitale économique et la Chaire d’économie urbaine de l’ESSEC. Alexandre Missoffe, directeur général de Paris-Île-de-France Capitale économique affirme ainsi qu’ : « Une métropole qui serait perçue comme la métropole du sport verrait, à coup sûr, son image renforcée ». La métropole parisienne a 2 ans pour réussir sa mission et briller aux yeux du monde entier comme la référence sportive mondiale lors des Jeux olympiques et paralympiques de 2024.

Actu-Juridique : Aujourd’hui, quel est le diagnostic de l’état du sport dans le Grand Paris ?

Alexandre Missoffe : Nous avions, avant de débuter nos travaux, l’intuition que le Grand Paris était déjà une importante place mondiale du sport. L’étude a permis de confirmer très clairement cette intuition. Ainsi, que ce soit en termes de rayonnement international du sport, de nombre d’événements, du nombre de pratiquants ou encore du taux d’équipement, le Grand Paris se situe tout en haut du classement mondial.

Les atouts du Grand Paris en matière de sport sont à la fois historiques et patrimoniaux. Il y a des événements célèbres et des lieux mythiques ; on peut citer, bien entendu, l’arrivée du Tour de France sur les Champs-Élysées, le tournoi de Roland-Garros ou encore le rayonnement du Paris-Saint-Germain FC. Mais le Grand Paris incarne également la reconnaissance d’un savoir-faire pour l’organisation de grands événements sportifs qui remonte à la Coupe du monde de football de 1998… Tout cela place, légitimement, le Grand Paris dans le peloton de tête des métropoles mondiales qui peuvent prétendre devenir LA capitale mondiale du sport.

Pour parvenir à associer son image au sport, le Grand Paris doit progresser dans deux directions principales. La première concerne le déséquilibre qui existe en matière de répartition géographique des grands événements. Nous sommes encore bloqués sur une approche beaucoup trop intra-périphérique du sport. En effet, entre 2010 et 2014, Paris a accueilli 40 grands événements sportifs internationaux de plus que le reste de l’Île-de-France (112 contre 72). Entre 2015 et 2019, cet écart s’est creusé, passant à 60 événements de plus pour Paris (124 contre 64). Quand on songe à la richesse et à la qualité des lieux de patrimoine du reste de l’Île-de-France qui pourraient accueillir des manifestations sportives, on mesure le potentiel de développement insuffisamment exploité, notamment de tourisme sportif. Le deuxième enjeu concerne la pratique quotidienne légère du sport, en dehors des fédérations et des licenciés. Le sport en entreprise et à l’école apparaît comme des leviers de développement essentiel.

AJ : Pourquoi est-il si important selon vous de faire du Grand Paris la capitale mondiale du sport ?

A.M. : Lorsque vous observez les efforts que déploient les entreprises marchandes pour associer leur marque au sport, et l’enjeu commercial que cela représente pour celles-ci, on mesure tout ce que les territoires peuvent également y trouver en termes de bénéfice d’image. Une métropole qui serait perçue comme la ville du sport verrait, à coup sûr, son attractivité renforcée, à la fois auprès des salariés et des entreprises, mais aussi auprès des talents de toutes sortes.

Le sport renvoie à la fois aux valeurs de la performance, de l’excellence, de l’innovation mais également de la convivialité ou de l’intégration sociale. En outre, le sport est associé au bien-être et à la santé et ces enjeux sont devenus tellement importants pour les villes suite à la crise sanitaire qui a entraîné une véritable prise de conscience.

Or nous savons grâce à notre baromètre – Global Cities Investment Monitor – que les décideurs économiques n’identifient pas clairement une métropole à la pointe sur le sport comme ils peuvent le faire avec d’autres secteurs comme la technologie, l’environnement ou la finance. Il y a donc une carte à jouer pour le Grand Paris. Il est, par ailleurs, plus facile d’être identifié sur une caractéristique qui n’appartient encore à personne que de vouloir ravir à Londres, par exemple, sa place de championne de la finance.

AJ : Votre rapport montre également le rôle joué par le sport quant à l’insertion et l’inclusion sociale. Est-ce un facteur si puissant en la matière ?

A.M. : De toute évidence la réponse est oui, et à plusieurs titres ! D’abord, pour le lien que chacun entretient avec le territoire, le sien ou celui d’à côté. Si on prend l’exemple de Kylian Mbappé qui vient de Bondy, c’est toute une ville qui est fière d’avoir un champion de ce niveau. Mais, c’est aussi le regard que le reste de la métropole porte sur Bondy qui est changé. La ville est désormais – aussi, et en partie – associée à des valeurs d’excellence. Enfin, il s’agit d’un message de motivation pour la jeunesse de ce territoire ; sur la fresque géante de Mbappé à l’entrée de la ville il est écrit « Bondy, ville des possibles ! ». Que pourrait-on rêver de plus fédérateur que cela !

La pratique sportive a également un rôle important à jouer en matière de formation professionnelle et donc d’emplois, comme l’ont montré les travaux de l’Institut régional de développement du sport (IRDS) dont nous relayons quelques conclusions dans ce rapport. Le sport est une école de développement et d’acquisition de soft skills et ces compétences sont si importantes pour l’insertion professionnelle des jeunes.

Enfin, le développement de la pratique para-sportive joue indéniablement un rôle positif sur l’attention portée aux personnes en situation de handicap.

AJ : Votre rapport mentionne 23 mesures pour faire du Grand Paris la capitale mondiale du sport. Quelles doivent être les priorités des pouvoirs publics d’après vous ?

A.M. : Nos propositions visent d’abord à rendre le sport plus accessible dans le Grand Paris, que ce soit dans la sphère privée, professionnelle, et dans l’espace public. À ce propos, la décision d’ouvrir les cours d’écoles et les gymnases aux habitants à Paris, le week-end, va dans le bon sens. Si cette mesure était élargie aux collèges sur l’ensemble du Grand Paris, cela reviendrait à l’équivalent, en surface, de plus de 1 000 terrains de football qui seraient ouverts, le samedi et le dimanche, pour faire du sport juste à côté de chez soi, sans avoir besoin de prendre une voiture ou les transports en commun.

Mais une métropole sportive, ce n’est pas un territoire où nous serions sédentaires la semaine et dynamiques le week-end. Faire du sport en allant au travail, en revenant du travail et sur son lieu de travail constitue des enjeux importants. Les documents d’urbanisme doivent intégrer cette attente des urbains dans les prescriptions portant sur la construction de bureaux et de logement neufs. Par ailleurs, les entreprises elles-mêmes doivent également s’organiser pour proposer à la fois de l’exercice, des rencontres ainsi que de la convivialité à travers la pratique sportive.

En outre, au-delà des propositions qui visent à améliorer le fonctionnement des métropoles sportives, l’enjeu pour nous est de porter ce message à l’international. Il faut que le Grand Paris soit connu comme LA capitale mondiale du sport ! Ainsi, Paris-Île-de-France Capitale économique prévoit pour cela une campagne de communication importante avec la tenue d’événements internationaux au sein du Grand Paris et des déplacements à l’étranger dans le cadre des manifestations auxquelles nous participons et qui doivent nous servir de chambre de résonance pour porter le message du Grand Paris qui incarne une métropole sportive.

AJ : L’une de vos propositions, la 18e, vise à « faire du Grand Paris une place connue et reconnue du droit du sport » et à « intégrer des spécialisations autour du sport dans les formations supérieures françaises », notamment « autour de la formation juridique ». Pouvez-vous nous expliquer en quoi le droit peut-il aider le Grand Paris à s’affirmer comme étant la place forte du sport dans le monde ?

A.M. : La qualité de l’environnement juridique est, on le sait par expérience et grâce à de nombreuses enquêtes, un facteur essentiel de l’attractivité d’un territoire pour n’importe quelle entreprise ou entrepreneur qui souhaite s’implanter à l’étranger. Outre les questions d’imposition, de taille du marché, ou de main-d’œuvre, une entreprise veillera toujours à s’installer là où le cadre juridique est le plus sécurisant et le plus stable.

La qualité de la place juridique est un facteur déterminant d’attractivité, et au sein de l’écosystème du droit, certains domaines de spécialisations résonnent particulièrement avec l’image des territoires. Ainsi, sur des sujets de niche comme le droit de l’environnement ou le droit des organisations non gouvernementales (ONG), certaines villes ont su se placer comme des places juridiques de références. Ainsi, tout un écosystème se trouve lié à ces questions précises. Par exemple, la ville de La Haye aux Pays-Bas bénéficie du fait d’avoir, sur son territoire, la Cour pénale internationale qui n’est pas sans effet sur la nature des activités juridiques qu’elle attire.

Or à mesure que le sport se professionnalise et démultiplie ses enjeux financiers, le droit du sport devient un marché conséquent autant qu’un enjeu stratégique et soulève plusieurs sujets tels que le droit à l’image des athlètes, des sujets touchant aux ligues privées, ou des contentieux liés au dopage. Si le Grand Paris arrive à s’organiser pour devenir la place de référence, professionnelle comme académique, sur ces sujets, pour les économistes, les juristes, les historiens ou encore les sociologues du sport, cela jouera en faveur de son image et de son attractivité.

AJ : Votre rapport évoque également le sujet de l’e-sport (sport électronique). Quelle place peut espérer avoir le Grand Paris dans le développement de cette pratique à côté des métropoles asiatiques pionnières en la matière ?

A.M. : Le développement du numérique dans la pratique du sport est devenu exponentiel depuis désormais presque 15 ans. Aujourd’hui, l’e-sport cherche à avoir le statut de sport à part entière, attire nombre d’investisseurs et dispose d’une fan base importante. À ce titre, la ville de Katowice en Pologne, qui n’est pas nécessairement la ville la plus connue des villes européennes, est devenue une référence, en décidant, en 2013, d’organiser un grand tournoi de jeux vidéo. Katowice dispose, aujourd’hui, du stade d’e-sport le plus important d’Europe : le Spodek Arena qui contient 12 000 places. Et c’est désormais dans cette ville, jusqu’alors peu connue, que les joueurs d’e-sport, les clubs et les développeurs s’installent. Ainsi, l’e-sport a eu un effet incroyable de développement de la notoriété de Katowice, en particulier auprès des jeunes. Et le Grand Paris n’est pas en reste puisque le territoire abrite des équipes très connues par les pratiquants ; Paris fait partie, hors Asie, des places fortes de l’e-sport. Finalement, l’e-sport est une manière, pour la métropole, de proposer une image de son territoire plus moderne et plus dynamique auprès d’un autre public, peut-être moins intéressé par les pratiques classiques, et évidemment plus jeune. Aussi, la valorisation du Grand Paris peut être encore renforcée par l’utilisation accrue d’images 3D du territoire au sein de jeux vidéos, par les développeurs. À l’instar du cinéma, la présence de la métropole dans le décor des jeux vidéos peut avoir un impact positif sur son image.

AJ : Ne craignez-vous pas que les pouvoirs publics, et la société en général, se concentrent trop sur les Jeux olympiques et paralympiques de 2024, et oublient quelque peu les pratiques amateurs et les autres problématiques que vous avez évoquées ?

A.M. : Non, je ne le crois pas. Tous les acteurs du monde du sport veulent faire des Jeux olympiques un moyen de développer une pratique du sport durable. Nous ne sommes plus, aujourd’hui, dans l’utilisation d’un héritage gigantesque avec des équipements qui n’auraient d’utilité que le temps d’une compétition. Nous n’impressionnerons pas le monde avec notre possession du plus grand stade, ou que sais-je encore, mais bien parce que nous arriverons à démontrer au monde entier que le Grand Paris est LA terre du sport, comme elle l’a été à l’époque des jeux modernes sous l’impulsion de Pierre de Coubertin. Le sport, dans toutes ses facettes – professionnelles, amateurs, ludiques ou encore numériques – doit imprégner nos pratiques et nos habitudes ; il n’y a que des choses positives à en tirer pour l’économie et pour le champ social de la métropole. Le Grand Paris a toutes les cartes en main pour devenir la métropole mondiale du sport.

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