Tribunal de Pontoise : « « Papa, il insulte maman et lui dit ‘ta gueule’ »

Publié le 01/07/2024

Ce mercredi 15 mai au tribunal de Pontoise, c’est la dernière affaire de violences conjugales – la 8e pour une juge unique qui entend cette fois-ci un homme prévenu de violences sur sa conjointe en présence d’un mineur.

Tribunal de Pontoise : « « Papa, il insulte maman et lui dit ‘ta gueule’ »
Tribunal judiciaire de Pontoise (Photo : ©J. Mucchielli)

Enfin, le dernier couple s’avance à la barre, lui d’abord droit et figé comme le sont la plupart des prévenus, boudiné dans une chemise blanche, et elle, assise sur le banc des parties civiles, coiffée d’un panache de tresses et parée d’un chemisier multicolore spectaculaire qui lui assurent une présence étincelante dans ce réduit où se tiennent les audiences à juge unique.

Blaise et Blessing ont dans la trentaine. Ils sont mariés religieusement, il est prévenu d’avoir commis des violences sur elle, le 7 décembre 2023 à Pontoise. Sur le papier et tels que résumés par la présidente, les faits se présentent ainsi : une dispute éclate sur fond de jalousie, et quand elle lui dit qu’elle veut partir, « je vais retirer mes affaires de chez toi, là », il l’attrape par l’arrière du cou et lui tape la tête contre le mur à au moins trois reprises. Leur petite fille de deux ans et demi hurle. Blessing va porter plainte au commissariat et assure aux policiers que c’est le 5e épisode de ce type. En 2020, elle avait déjà déposé une plainte qu’elle avait fini par retirer à la demande de Blaise, qui l’avait convaincue en lui disant que ça faisait de la peine à sa mère, dont la santé déclinait.

Des violences alléguées, résultait, selon l’unité médico-judiciaire, un jour d’ITT (« tuméfaction de 2,5 cm sur le front »). Le fils de Blessing, 9 ans, témoigne : « Papa (ce n’est pas son père biologique, ndlr), il insulte maman et lui dit ‘ta gueule’ », et autres insultes. Mais il n’a pas vu la scène. Le psychiatre s’inquiète des répercussions que peut avoir sur le psychisme d’un enfant dyslexique le spectacle de son « père » qui violente sa mère.

« Il se comporte comme quelqu’un de violent »

Évidemment, Blaise a une tout autre version des faits. La présidente le lance : « Vous avez indiqué qu’elle s’était cogné la tête contre la hotte de la cuisine, qu’est-ce que vous nous dites aujourd’hui ?

— C’est parti d’une histoire de jalousie. J’ai un enfant hors de France, je lui envoie de l’argent et je passe par sa maman, et ça ne plaît pas à ma femme.

— Qu’est-ce qu’il se passe ce jour-là ?

— J’étais prêt à partir. Il y a a eu une dispute et c’est monté en tempérament. Je suis entré dans la cuisine où elle était en train de prendre des céréales rangées au-dessus de la hotte. Je l’ai vue trébucher, mais je n’ai pas calculé, j’étais pressé de partir.

— Si elle s’est cognée sur une hotte, pourquoi elle se rend au commissariat de police pour porter plainte pour des violences ?

— Elle aurait eu peur ?

— Elle a eu peur de quoi ?

— Je sais pas madame.

— Pourquoi elle irait le raconter à son garçon de 9 ans ?

— Je ne sais pas.

— Approchez, madame.

— Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

— Oui il était violent, verbalement surtout, physiquement il n’était pas très violent mais il se comporte comme quelqu’un de violent ».

« Est-ce que vous trouvez ça normal d’être secouée ? »

Elle précise qu’elle s’est bien cognée sur la hotte : « Je lavais les assiettes, il continuait à parler et je lui ai dit qu’il faut se séparer », ce qui énerve Blaise. Elle essaie de partir, il l’attrape et la secoue elle essaie de partir encore et dans la panique elle se cogne, « et j’ai voulu tout mettre sur lui parce que j’étais en colère, et après j’ai pris conscience que ce n’était pas totalement sa faute. »

— C’est pas du tout ce que vous avez dit au médecin. « J’ai peur de lui je ne me sens pas en sécurité je ne veux plus le voir ».

— Oui c’est vrai, j’ai dit tout ça.

— Est-ce que vous trouvez ça normal d’être secouée ?

— Non, je trouve que c’est un manque de respect.

— Trouvez-vous que c’est normal qu’un enfant voit un acte de violence entre ses parents ?

— Je pense que ma fille a eu peur, mais elle n’avait pas vraiment compris.

— Bah oui elle avait deux ans et demi, mais vous savez qu’en tant que mère c’est à vous aussi de la protéger. Voulez-vous constituer partie civile ?

— Non, il ne m’a pas vraiment causé de blessures, ça ne m’intéresse pas. »

« Il avait un comportement irrespectueux »

Le prévenu revient à la barre.

« Comment vous envisagez les choses avec madame ?

— J’ai fait 48 heures de garde à vue, ça m’a traumatisé, j’ai eu une réflexion, je ne veux pas que ma femme et mes enfants partent, il faut que je me calme.

— Et vous, Madame ?

— Pour l’instant je n’ai pas encore décidé, je dois vraiment être convaincue que tout ira mieux.

— Vous disiez que vous avez peur de lui, c’est toujours le cas ?

— Il avait un comportement irrespectueux, mais pas de violence.

— Est-ce que vous pensez qu’il doit y avoir une interdiction de contact ?

— Non, je ne le considère pas comme un criminel.

— C’est sûr, sinon il ne serait pas devant ce tribunal. Il a essayé d’entrer en contact ?

— Non, il a peur. »

Blaise a un casier vierge et le procureur n’a pas de temps à perdre : « Madame allègue un certain nombre de choses et j’ai des constatations qui corroborent ce qu’elle raconte. C’est la raison pour laquelle je ne peux que demander votre condamnation, à 4 mois de prison avec sursis. »

L’avocat de la défense dit : « On ne sait pas vraiment ce qu’il s’est passé dans ce dossier ! »

La présidente réfléchit cinq secondes, et décide sur le siège de doubler les réquisitions : « Huit mois avec sursis », dit-elle, et puis elle ajoute un stage sur les violences conjugales. Blaise repart, visiblement contrarié.

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