Journal d’un pénaliste confiné (3)

Publié le 07/04/2020 - mis à jour le 08/04/2020 à 17H58
Depuis le début du confinement Loeiz Lemoine, avocat au barreau de Hauts-de-Seine, nous raconte le quotidien d’un avocat pénaliste confiné. Voici le troisième volet de son journal. 

Jour 16 – Mercredi 1er avril

Sans blague ! Mais qui osera faire des blagues aujourd’hui ? D’ailleurs le Canard a annoncé que le 1er avril 2020 était repoussé au 1er avril 2021 en raison de la crise sanitaire. Sage précaution.
Information de la plus haute importance : sur un échantillon représentatif d’une personne, suivie pendant 16 jours, il s’avère que le temps de préparation et de maquillage est le même, je répète est le même, en temps normal et pendant le confinement. C’est important, dans les vieux couples, de ne pas se laisser aller au laisser aller.
Photo : ©Nito/AdobeStock
La matinale de France Culture reprend ! Allons, il n’y a pas que de mauvaises nouvelles.
Mon ami F. « s’impose un planning quotidien au millimètre » et « ça fonctionne parfaitement ». Question existentielle : pourquoi ça ne marche pas avec moi ?
Interview d’Eric Dupond-Moretti dans la newsletter Dalloz : « On aspire parfois quand on est dans son travail – et le mien consiste avant toute chose à se déplacer –, à être tranquille. En réalité, cette période, à défaut d’accomplir un devoir, une tâche, un boulot, peu importe, vous amène à une introspection douloureuse. Quand elle est lucide, elle est toujours douloureuse. »
Modeste transposition à mon cas personnel : oui, en vérité, quand on est à soi-même son juge le plus sévère, l’introspection est douloureuse. L’avocat, c’est connu, n’est jamais content. Trop de travail de dossier, pas assez d’action : pas content. Trop d’urgences, d’audiences, de gardes à vue, on est par monts et par vaux, pas le temps de travailler les dossiers : pas content. Trop de factures impayées : pas content, il faut que ça rentre. Toutes les factures sont payées : pas content, qu’est-ce que je vais rentrer demain ?
Est-ce seulement un trait de caractère personnel ? Je ne crois pas. J’ai toujours pensé que chaque profession sécrétait ses propres travers. Elles doivent également générer leurs difficultés, insatisfactions et inquiétudes propres.
Donc je philosophe bêtement pendant que mon ami F. en est à son 3ème jeu de conclusions de la matinée. Allez au boulot. Tiens la menthe poivrée pointe son nez  dans le jardin. Je me refais un café et j’y vais. J’arrive, j’arrive, juste un coup d’œil sur Twitter, vite fait et je m’y colle. Un petit mot dans mon journal quand même.
Tiens une bonne nouvelle : un dossier de licenciement pour faute dans lequel l’adversaire, jusque-là intraitable, accepte de transiger sur une base inespérée. Le confrère est d’accord, le client également, on pourra signer à distance. Honoraire de résultat 20%, c’est l’affaire de quelques jours. Vu les sommes récupérées, on a de quoi tenir tout le confinement même s’il est prolongé. Vite, le protocole : « Fait à Rueil, le 1er avril »… ah oui c’est vrai, 1er avril (ah ah, je vous ai bien eus).
On dirait qu’une nouvelle loi vient d’être promulguée sur la proposition d’un certain Murphy, pour créer si possible le principe de l’emm*** maximum. A 16h22, mail d’un membre du conseil de l’ordre d’un barreau que je ne désignerai pas plus précisément, pour une affaire de droit de la presse qui revient à l’audience de demain… ce qu’on appelle une audience relais, destinée uniquement à interrompre la courte prescription, l’audience au fond étant déjà fixée. Mon confrère : « je vous remercie de me contacter de toute urgence pour l’audience du tribunal correctionnel de X de demain ». Ce que je fais. «Il faudrait que vous ayez, pour demain, soit un mandat de représentation de mon client (ça va être facile, je le sens) soit des conclusions à fin de renvoi» ( ?).
J’ai très bien senti que ces temps-ci, les limites de ma patience s’étaient étrécies. Moi qui étais le calme fait homme, d’une sérénité à toute épreuve, plus zen que le Dalaï Lama et le Pape réunis, voilà que, comme dirait Lino Ventura, tout m’irrite !
Poursuivons avec Lino et Ne nous fâchons pas. « On va aviser. Mais aviser dans le calme. A tête reposée. Se méfier de nos nerfs ». Je vais me contenter d’une lettre à la présidente du tribunal correctionnel, lettre totalement superfétatoire à mon humble avis. Si j’avais osé et puisqu’on est le 1er avril, j’aurais terminé ma lettre par la phrase qui clôt le film : « j’critique pas le côté farce, mais pour le fairplay, y’aurait quand même à redire ». Je n’ai pas osé.

Jour 17- Jeudi 2 avril

Il y a tout juste 29 ans, je tenais dans mes bras une petite chose mesurant 52 cm et pesant 3,900 kilos. Au début nous lui avions trouvé un air penché et quelques jours plus tard il s’est confirmé que son arrivée au monde par les voies naturelles s’était faite au prix de sa clavicule droite : il y a des accouchements plus rock’n roll que d’autres. Cette fois-ci je ne pourrai pas l’embrasser, du moins ça attendra. On va faire un petit Skype. La réaction de sa grande sœur quand nous l’avons ramené à la maison. Il y a des moments qu’on n’oublie pas.
Autre pesée : 65,3 kilos en caleçon (je suis désolé de ce détail trivial mais la pudeur doit s’effacer derrière ce que commande l’exactitude scientifique).
A propos d’exactitude scientifique, j’ai finalement regardé le documentaire de C8 sur le Pr Raoult. Gros scepticisme des médecins présents dans ce film, l’un de ses anciens admirateurs allant jusqu’à lui reprocher d’avoir mené des études « pourries » et même « dégueulasses ». Ses défenseurs sont d’abord Jean-Marie Bigard, spécialiste de la chauve-souris enragée dans le 18ème arrondissement. Un ancien ministre, médecin de son état, pas totalement exempt de tout lien d’intérêt. Et un ancien footballeur que sa carrière en équipe de France devrait inciter à la modestie, et qui représente un exemple improbable de reconversion en acteur, démontrant que rien n’est impossible à l’homme, puisque personne n’a jamais joué aussi faux depuis Jean-Pierre Léaud adulte. Revoir la scène du bar dans Le deuxième souffle, la version de Melville vs le remake d’Alain Corneau et comparer Michel Constantin à Eric Cantona cause une très grande souffrance (il faut dire que le pauvre Michel Blanc ne s’en tire pas mieux face à Paul Meurice). Ceci pour dire qu’il aurait mieux fait de se cantonner au foot ou à l’école de la philosophie sibylline (on se souvient de l’aphorisme du goéland), ses compétences en matière d’hydroxy-chloroquine n’étant pas supérieures à celles de l’homme de la rue.
L’Institut de France (Photo : ©Evannovostro/AdobeStock)
Conséquence inattendue (pour moi) de l’épidémie : la pauvre langue française, déjà si malmenée, subit l’attaque des barbarismes. Hier dans une annonce émanant d’une université ( !), je lis l’horrible « candidater ». Les médias, incapables de vivre l’instant et qui semblent éprouver un besoin irrépressible de voir ce qui va se passer dans un futur encore imprévisible, nous ont sorti le mot « déconfinement ». Incompréhensible anticipation alors que nous n’en sommes même pas au pic de l’épidémie, mais surtout c’est un mot qui n’existe pas en français (enfin, jusqu’à ce que le démagogique Robert, qui entérine tout ce qui se dit, l’ajoute à sa vision progressiste de la langue française). Dernier exemple, j’avais déjà remarqué et haï l’expression « en présentiel », et elle vient de trouver son lamentable pendant dans « en distanciel ».
Hier encore je recommandais la lecture d’Un client sérieux de Courteline. Certes la plaidoirie de Me Barbemolle, une des lumières du barreau, est d’une éloquence surannée, ampoulée et prétentieuse, mais du moins est-elle formulée dans un français parfait.
Appels de la maison d’arrêt, tous ratés. Au cabinet, mon assistante aurait crié à la cantonade « vous êtes où ? » et j’aurais pris l’appel. Là je vais en être réduit à garder mon téléphone à la main toute la journée. Et évidemment mon malheureux client n’a pas pu me rappeler. La situation des détenus est un sujet de réflexion, de préoccupation et d’indignation tout à la fois. Les bonnes âmes (j’indique tout de suite que je n’en suis pas, cf. Raymond Aron déjà évoqué) semblent considérer qu’il faudrait libérer tout le monde ou presque. Même en considérant cette solution comme utopique, pour ne pas dire dangereuse, que faire ? La justice (i.e. chancellerie, parquet, JAP) semble flottante à cet égard et chaque jour apporte des éléments ou des éclairages nouveaux.
Bon, allons lire nos messages sur le RPVA. « L’Espace sécurisé des avocats est actuellement en cours de maintenance. » On m’en veut.
Je réessayerai demain. 19h36, ça suffira pour aujourd’hui, je vais aller démantibuler une autre palette pour alimenter le poële, ça me détendra.
Mise en ligne de Nothing else matters, enregistrée avec mon frère, je fais les voix et la basse, lui la guitare et le mixage….nos auditeurs ont l’air d’apprécier, c’est un peu de gratification dans une journée terne.
Sur France Info télé, j’ai cru revoir un reportage de l’année 2001, quand on livrait cette nouvelle monnaie qui s’appelait l’euro : policiers équipés comme des tortues ninjas, cagoules, armes de guerre… non en fait c’est pour protéger des livraisons de masques chirurgicaux ! Je me pince mais non, je ne rêve pas.
Sinon, un entrepôt de Rungis est réquisitionné pour « stocker » (je ne sais pas comment le dire autrement) des cercueils. Voilà où nous en sommes.
Nothing else matters (copie d’écran ©Le Grenier d’Elwood)

Jour 18 – Vendredi 3 avril

Gris mais même pas de pluie. Vendredi déjà. Donc il est acquis que même les semaines confinées passent vite.
Le Monde : « Coronavirus : en France, confinement strict et contrôles renforcés pour le début des vacances de Pâques » : c’est quoi les vacances de Pâques ?
Le Figaro : « Deux syndicats de soignants ont saisi quatre tribunaux administratifs afin d’obliger les autorités sanitaires locales à commander des médicaments à base de chloroquine pour tous les malades du coronavirus ». Après les procédures pour lutter contre le dérèglement climatique, on demande aux juges de dire aux hôpitaux ce qu’ils doivent faire.
Dalloz : A la requête de l’UGTG, le TA de Basse-Terre a enjoint le CHU de Pointe à Pitre de commander des tests (passons), mais surtout de l’hydroxy-chloroquine et de l’azithromycine conformément au protocole préconisé par l’IHU Méditerranée Infection (du célèbre Pr Raoult). Donc, à la demande d’un syndicat indépendantiste (« La Gwadloup sé tan nou, la Gwadloup a pa ta yo ») le juge administratif valide l’efficacité d’un traitement médical et ordonne au CHU d’acheter ces tests et ces médicaments.
Recevabilité de cette personne morale pour cette demande, nature de l’injonction, tout laisse pantois le béotien en droit public. « Même si le juge administratif dispose notamment en référé, dans certains cas, de pouvoirs d’injonction à l’égard de l’administration, cela n’a pas pour effet de le transformer pour autant en juge administrateur, lequel déciderait de la gestion d’une administration et d’un territoire aux lieu et place des autorités administratives dont c’est la mission première. »
Deux dossier à l’étude, dans lesquels je dois  conclure.
Photo : ©Aquatarkus/AdobeStock
Appel de la maison d’arrêt de Bois d’Arcy, heureusement j’étais prêt à bondir. Peu après on nous informe des dispositions qui vont permettre aux avocats d’appeler et de laisser, confidentiellement, des messages aux détenus. Pourquoi aura-t-il fallu cette crise pour qu’on mette en place ce qui ne semble pas si difficile ? Certaines choses sont impossibles et tout d’un coup, lorsqu’elles sont nécessaires, elles deviennent possibles (je crois que ça s’appelle la volonté ou un truc comme ça).
17h36 fin de la journée et de la semaine. Journée grise dans tous les sens de ce terme. Remémoration d’Alphonse Allais, « Sale temps… gris… d’un sale gris mélancolieux en diable. » (Absinthes)
Ah, un rayon de soleil, Madame Lemoine revient avec deux pleins sacs : « tu pourras dire dans ton journal que ta femme héroïque assure seule le ravitaillement de toute la famille ». Au moment où j’écris ces lignes, je ne sais pas encore si elle a tué un auroch à mains nues ou fait un saut à Super U (plus de précisions à venir).
Nouveaux morceaux à l’étude, dont un particulièrement ambitieux et qui nous rappellera notre folle jeunesse (comme c’est loin, tout ça).
Engueulade sur Twitter à propos d’une pétition sur la chloroquine, poussée sinon initiée par Douste-Blazy, qui a pris parti pour le Pr Raoult, ce qui est son droit le plus strict.

Jour 19 – Samedi 4 avril

Vives réactions à mes interrogations, pourtant formulées avec beaucoup de mesure, sur le principe d’une pétition versus la démarche scientifique et la décision des autorités de santé. Constat, dont je vais essayer de me souvenir : vanité à peu près totale de la discussion sur les réseaux.
On devrait insérer Montaigne dans les règles de Twitter : « Quand on me contrarie, on éveille mon attention, non pas ma colère : je m’avance vers celui qui me contredit, qui m’instruit. La cause de la vérité devrait être la cause commune à l’un et à l’autre. »
J’ajouterais (ajouter à Montaigne ? C’est gonflé quand même…) modestement (OK c’est mieux) : identifier le désaccord, en préciser les termes et « agree to disagree » si, une fois ce point identifié et posé en termes exacts, nous persistons dans des visions différentes. Ceci, manifestement, est incompatible avec les réseaux sociaux, mais comme en ces temps c’est tout ce que nous avons ou presque… c’est un peu pesant.
Sur le fond : un ancien ministre de la santé soutient cette pétition, contre les institutions scientifiques (peut-être incertaines, pas assez réactives, trop prudentes, tout ce qu’on veut) : qu’aurait-il dit si une telle démarche avait été menée à son époque ?  Quel avis les pétitionnaires peuvent-ils avoir sur cette question ? Qu’est-ce qu’ils y connaissent ? Pas plus que moi.
Two exhausted surgeons with hands on their heads as a sign of congestion
Comme les autorités de la santé ne décident pas dans le sens qu’ils souhaitent, ils jouent l’émotion populaire, l’opinion publique dont on sait ce qu’il faut en penser en matière de décisions, contre elles. Quelle que soit la vérité sur le fond, il me semble que c’est une faute.
Jardinage, semis, compost, soleil, douceur de l’air, de la vie tout autour, des cris d’enfants, des bruits de taille-haie et de tondeuse, quelques voitures aussi (y partent en vacances ou quoi ?)

Jour 20 – Dimanche 5 avril

Dimanche des Rameaux, pas de messe.
Huffpost : deux recours « pour interdire le tri des patients ». Donc encore une question médicale (d’éthique médicale) qu’on veut faire trancher par la justice. Et par ailleurs, si on postule que les médecins font un tri, non pas volontairement mais parce qu’ils n’ont pas le choix, que fera une décision de justice ? Encore une démarche dictée par l’éthique de conviction, sans aucun égard pour l’éthique de responsabilité. Pour le dire autrement : c’est pas mon problème, ou comme à l’armée : j’veux pas le savoir.
Là je crois que j’ai bien aggravé mon cas et que je vais encore me faire des copains.
Il fait beau, on va manger dehors. Peut-on légitimement considérer le charbon de bois comme un produit de première nécessité ? Poser la question c’est y répondre : le barbecue attendra.
Huffpost : « Des soignants menacés par leurs voisins, la police les invite à porter plainte
« Immorales, ces menaces écrites ou réitérées sont punies par la loi », rappelle la police nationale face aux nombreuses menaces reçues par le personnel de santé. »
Ces comportements sont révoltants et misérables, la peur de ceux qui écrivent ces petits mots ne saurait les excuser. Nos soignants sont tellement exposés, et épuisés par la charge de travail, il faut les défendre !
Cependant, sur le plan juridique, la situation n’est du tout ce que semble décrire cet article et les inciter à déposer plainte tient le milieu entre vœu pieux et vaste blague. La note reproduite ne revêt, à mon humble avis, aucune qualification pénale sérieuse. Faut-il légiférer ? Opinion tout à fait personnelle : je dirais plutôt oui, pour l’exemplarité. J’ai réfléchi mais je me sens incapable de proposer une formulation.

Jour 21 – Lundi 6 avril

Comme disait Jesse Garon, « C’est lundi ». 66,3 kilos.
Je suis déjà en pétard, pour des choses qui vont du sérieux au futile.
Premièrement, pour ces images de passants nonchalants dans les rues de Paris : et allez donc, c’est le printemps !
Deuxièmement parce que déjà la semaine dernière, je pestais contre les atteintes à notre pauvre langue française. Or, est-ce que je ne viens pas d’entendre, sur France Culture (je répète : sur France Culture), à propos de je ne sais quel jury, que nous sommes invités à « candidater » ? Décidément toutes les redoutes sont enfoncées.
Et encore ceci : après la pétition, un sondage dans Le Parisien : « D’après vous, ce protocole à base de chloroquine est-il un traitement efficace contre le coronavirus ? ». La question est, en elle-même, hallucinante : l’efficacité d’un traitement est-elle une question d’opinion ? Et d’ailleurs, sait-on si la molécule et le virus se plieraient à la majorité ? Grave question démocratique. Les réponses sont tout aussi ahurissantes : 59 % oui, 20% non, 21% je ne sais pas. Je propose une médaille pour les 21% qui ont donné la bonne réponse. 100% des sondés ne savent pas, mais un cinquième seulement sait qu’il ne sait pas (je me comprends).
Au boulot. Enfin dès qu’on pourra se connecter à Kleos, qui est en croix ce matin. La hotline est, bien entendu, saturée. Ah, c’est revenu, plus d’excuse pour glander. Tout est distraction, tout est prétexte à ne pas travailler, tiens y pleut, ça faisait longtemps. Faut vraiment que je fasse les carreaux… Un petit café ? OK mais après je m’y mets, mais là, vraiment hein ! Check vite fait sur Twitter… Un coup d’œil sur un « journal » concurrent, mince j’y comprends rien. Soit c’est ésotérique, soit l’épidémie touche le cerveau (oui mais, le sien ou le mien ? Je m’inquiète).
Ça bouge un peu : deux contacts urgents, conséquence du confinement sur des situations familiales qui passent de « tendue » à « exacerbée » en raison de la cohabitation.
Photo : ©Hcast/Adobe
Sinon l’endormissement total de mes dossiers pénaux me rappelle que tiens, j’ai aussi des dossiers civils. Si je devais compter à chaque client le temps (à un taux de concentration intellectuelle proche de la dilution, si elle baisse un tout petit peu elle deviendra indétectable) passé sur ses conclusions, la facture serait astronomique.
La journée n’a pas été un modèle de productivité mais j’ai eu un second souffle dans l’après-midi et j’ai rédigé un demi jeu de conclusions que je finirai demain. Je m’arrête sur les coups de 19h15, petit coup d’œil sur Twitter et sur FB, notamment les groupes d’avocats. Je vous le dis tout de suite, ça ne va pas fort ! Il y a ceux qui ont bouclé leur compta de mars et qui sont au bord du gaz, ceux qui cuisinent (j’annonce un retour en force de la pâtisserie) et qui sont donc eux aussi au bord du gaz (qu’est-ce que je raconte moi…), ceux qui commencent l’apéro de plus en plus tôt, et, de plusieurs horizons différents, une rumeur unanime : on n’y arrive pas, le ressort est détendu sinon cassé, la motivation est introuvable, notre métier ce n’est pas de rester chez nous et de travailler à la maison, sans compter l’angoisse de ce qui va nous arriver après un mois et demi (minimum) de confinement. Ce n’est pas (pas encore) le travail qui manque, des dossiers à traiter on en a, mais la force n’est pas avec nous.
J’émets l’hypothèse peu scientifique qu’un confinement, objet totalement nouveau sous sa forme actuelle, et qui n’a donc jamais été étudié (donc je peux dire n’importe quoi sans risquer d’être contredit), comporte des phases, peut-être des cycles. Ça va, ça devient difficile, non ça va mieux, et puis au hasard d’un dimanche soir et d’un lundi matin, le creux, l’akoibon et la lassitude, qui est la forme dépressive du ras le bol.  Ce soir sur Twitter (on avait dit : pas avant d’aller se coucher !)  d’autres confrères l’expriment, j’y vois une convergence troublante.
Comme disait Alphonse Allais : je soumets le cas à l’académie de médecine.
A lire aussi : les volets numéro 1 et numéro 2 du Journal d’un pénaliste confiné

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