Maison des avocats : corriger l’erreur de l’architecte ?

Publié le 20/12/2019 - mis à jour le 21/01/2020 à 13H39

La Maison des avocats est inaugurée, enfin ! Jeudi 19 décembre, la ministre de la justice Nicole Belloubet, était présente auprès de Marie-Aimée Peyron et Basile Ader, les bâtonnier et vice-bâtonnier sortants ainsi que de la nouvelle équipe, Olivier Cousi et Nathalie Roret, pour dévoiler la plaque située au premier étage du bâtiment. Toutefois l’emménagement des services de l’ordre n’aura lieu que début mars.

La ministre a salué la beauté des espaces de la Maison de l’avocat et l’harmonie qu’elle formait avec le tribunal. Assurément puisque les deux ouvrages sont de Renzo Piano. Mais cette harmonie est à double sens. Car si la Maison de l’avocat est construite sur le parvis du TGI c’est parce que la place offerte à la profession à l’intérieur du tribunal était à la fois trop réduite et trop chère. Un première historique semble-t-il, tant jusqu’à récemment il était d’usage que les palais de justice accueillent gratuitement en leur sein les avocats. De cette « erreur d’architecte » (ou plus vraisemblablement de ses commanditaires) ont découlé bien des tensions entre avocats, magistrats et greffiers depuis le déménagement du Tribunal de Paris porte de Clichy. Lors de son installation le 13 décembre au poste de président du TGI de Paris Stéphane Noël a pris soin de déclarer que les avocats étaient chez eux au TGI, tandis que le nouveau procureur financier, François Bonhert,  s’appliquait  à saluer leur rôle de « pivots de la justice ». Un discours d’ouverture et d’apaisement particulièrement bienvenu et d’ailleurs salué par les bâtonniers lors de l’inauguration de la Maison de l’avocat mais qui ne reflète pas encore totalement la réalité. Car en attendant la ministre de la justice, tous les avocat présents n’avaient d’yeux que pour la procureure générale de Paris Catherine Champrenault et le délégué du bâtonnier de Paris aux perquisitions Vincent Nioré, lesquels s’ignoraient superbement. On murmure  qu’indignée par l’hommage appuyé de la profession lorsque Vincent Nioré s’est vu remettre la médaille de la conférence pour son travail au bénéfice des confrères le 29 novembre dernier, la procureure générale aurait décidé de maintenir la procédure disciplinaire à son encontre, alors qu’une négociation était en cours avec Marie-Aimée Peyron pour que l’une retire les propos litigieux et l’autre abandonne les poursuites.

Ainsi vont les relations actuellement entre avocats et magistrats. Plusieurs incidents relativement graves les ont conduits à organiser des assises communes le 14 novembre pour tenter de trouver des solutions concrètes aux tensions. Mais la situation demeure si fragile qu’un rien, quelques applaudissements trop appuyés par exemple, semble encore suffire à remettre en cause la fragile concorde.  Ces relations tendues entre avocats, magistrats et greffiers constituent sans doute l’un des dossiers les plus sensibles, avec celui des retraites, qu’aura à gérer la nouvelle équipe à la tête du barreau de Paris qui recevait lors de la même cérémonie le bâton. La future vice-bâtonnière Nathalie Roret a salué le travail du délégué du bâtonnier et indiqué qu’elle serait à ses côtés lors des prochaines perquisitions. La procédure contre Vincent Nioré quant à elle sera clôturée le 27 janvier prochain.

Malgré d’évidents efforts de part et d’autre, la relance de la procédure contre le délégué aux perquisitions montre qu’il faudra sans doute du temps pour surmonter les tensions entre les professionnels de la justice auxquelles la nouvelle architecture judiciaire est loin d’être étrangère…

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