Stéphane Noël : le tribunal est aussi la « maison » des avocats

Publié le 16/12/2019 - mis à jour le 17/12/2019 à 9H39

Batignolles – HallVendredi 13 décembre, on installait dans leurs nouvelles fonctions Stéphane Noël à la présidence du TGI de Paris et Jean-François Bohnert à la tête du parquet national financier. Concernant le délicat sujet des relations entre professionnels de la justice au sein du nouveau tribunal, l’heure est au changement de ton.

Durant tout son mandat à la tête du parquet national financier où elle fut la première à être nommée en février 2014, Eliane Houlette n’a eu de cesse de dénoncer, lors des rentrées solennelles mais aussi à l’occasion de certaines audiences, l’attitude des avocats.  Voici par exemple ce qu’elle déclarait lors de la dernière rentrée du TGI de Paris le 21 janvier 2019 « Il existe aujourd’hui encore un obstacle majeur qui (…) dévalorise le travail des juges d’instruction. Je veux parler de l’usage répandu et massif des artifices procéduraux pour retarder la comparution des mis en examen devant le tribunal ». On expliquait dans les couloirs du PNF à son époque que les avocats étaient avant tout des auxiliaires de justice, ce qui exigeait de leur part, au nom de la bonne administration de la justice, qu’ils s’abstiennent d’exercer tous les recours du code de procédure pénale. C’était oublier un peu vite qu’il est de leur mission autant que de leur responsabilité  de tout mettre en oeuvre pour assurer la défense de leurs clients. Eliane Houlette n’était pas la seule à penser ainsi. Simplement disait-elle tout haut ce que nombre de magistrats pensaient tout bas.

« Vous êtes les pivots de la justice »

Vendredi 13 décembre lors de son installation en tant que nouveau chef de ce parquet, Jean-François Bohnert a déclaré devant Marie-Aimée Peyron et Basile Ader, les bâtonnier et vice-bâtonnier en exercice ainsi que devant leurs successeurs Olivier Cousi et Nathalie Roret, « vous êtes les pivots de la justice », soulignant la nécessité d’« un mouvement profond de respect réciproque dont l’ultime bénéficiaire est le justiciable ». Terminées donc les accusations de paralyser l’action d’utilité publique du PNF contre la criminalité en col blanc qui gangrène la démocratie en abusant des recours soi-disant dilatoires. Et c’est dans le même état d’esprit que Stéphane Noël entend visiblement aborder les relations entre avocats et magistrats. Rappelons que le 14 novembre dernier ont eu lieu à l’initiative du Barreau de Paris et de Jean-Michel Hayat les premières assises avocats, magistrats, greffiers pour tenter d’améliorer les relations entre ces professionnels, particulièrement tendues depuis l’installation du tribunal de Paris aux Batignolles.  L’événement avait été décidé à la suite de l’expulsion hors du cabinet d’un juge par des policiers d’une avocate le 16 mai dernier  à l’occasion d’une banale procédure de taxation d’honoraires. Littéralement trainée hors de la pièce, l’avocate était devenue l’emblème d’une tension en passe de devenir souvent insupportable entre avocats et magistrats.

Les avocats sont chez eux au tribunal de Paris

Visiblement, Stéphane Noël est décidé à participer au processus de sortie de crise dont les bases ont été posées lors des assises. « La justice de demain ne se construira pas en opposant juges et avocats » a-t-il déclaré avant d’annoncer qu’il entendait développer avec eux la procédure participative et la médiation. Et de conclure sur ce sujet : « Le tribunal n’est pas seulement la maison des juges et des greffiers mais aussi des avocats et des auxiliaires de justice ». Une reconnaissance qui arrive un peu tard puisqu’on inaugurera en début d’année prochaine la maison des avocats édifiée sur le parvis précisément parce que les locaux proposés à l’intérieur du palais étaient trop petits et beaucoup trop chers. Chasser les avocats hors des palais est une tendance nouvelle dans l’architecture judiciaire que l’on peut observer dans d’autres constructions qu’à Paris, par exemple à Saint-Malo. Il faudra donc toute la bonne volonté des magistrats pour dépasser les obstacles liés à la conception des locaux et renouer les liens entre professionnels de la justice indispensables à l’exercice de leur mission commune.  Sans doute Stéphane Noël aurait-il pu ajouter les justiciables à la liste des personnes considérées comme chez elles dans les locaux du tribunal,  tant il est vrai que c’est pour eux que l’institution existe. Au moins le discours du président aura-t-il eu le mérite de rendre aux avocats sur le terrain symbolique toute la légitimité de leur présence à l’intérieur du nouveau tribunal…

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