Crise sanitaire : les experts-comptables au secours des TPE/PME

Publié le 27/01/2021 - mis à jour le 28/01/2021 à 10H44

En plein cœur de la crise sanitaire, les experts-comptables envisagent déjà la reprise économique. Lors d’une conférence de presse tenue le 14 janvier dernier, le nouveau président du Conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables, Lionel Canesi, a dévoilé une dizaine de mesures à prendre pour accompagner les chefs d’entreprise de TPE/PME et favoriser la relance économique.

Dès sa prise de fonctions, Lionel Canesi avait prévenu : il entendait replacer les experts-comptables, « économistes du quotidien », au cœur du débat public. Il n’aura pas tardé à concrétiser cet engagement. En ce début d’année, il vient en effet de dévoiler des mesures à prendre pour préserver l’activité des TPE et PME de notre pays. « Quand je parle de dirigeants d’entreprise, je parle du libraire, du fleuriste, de l’artisan. De ces dirigeants qui créent de l’emploi non délocalisable, créent du lien social et font vivre nos centres-villes », a-t-il précisé.

Des mesures d’aide aux dirigeants d’entreprise

Pour prendre le pouls des besoins des entreprises, Lionel Canesi a consulté les 21 000 experts-comptables de France. 7 000 d’entre eux ont joué le jeu et répondu à ses questions. Sur cette base, le Conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables a pu formuler 50 mesures d’aide aux dirigeants d’entreprise. Lionel Canesi en a dévoilé une dizaine, parmi les plus emblématiques.

« En France, nous avons la chance d’avoir des mesures extraordinaires », a-t-il rappelé, jugeant que le « plan massif d’aides » mis en place par le gouvernement comprend néanmoins des complexités et des oublis. « On peut améliorer ce plan, et déjà identifier les oubliés de ces aides », a-t-il estimé.

La proposition phare du Conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables (CSOEC) ne date pas d’aujourd’hui. Lionel Canesi avait déjà estimé, en fin d’année dernière, qu’il fallait que les chefs d’entreprise puissent bénéficier d’une indemnité partielle, au même titre que les salariés. Il l’a répété lors de cette conférence de presse. « Le fonds de solidarité permet d’assumer les charges de l’entreprise mais il faut que le dirigeant ait un revenu minimum pour vivre », a-t-il rappelé, et ce d’autant plus que la crise sanitaire s’inscrit maintenant dans une longue durée. « Les chefs d’entreprise ont vécu la crise des Gilets jaunes, la réforme des retraites, les confinements. Ils n’ont plus de trésorerie après ces crises ». Il a également alerté sur la situation des dirigeants d’entreprises créées en 2020, qui ne peuvent pas bénéficier d’aides. Il a appelé, les concernant, à distinguer ceux qui n’avaient pas encore engagé de frais, et dont l’entreprise n’avait pas vraiment démarré, de ceux qui avaient eu recours à des emprunts pour lancer leur activité ou faire des travaux, ces derniers devant être aidés au même titre que chefs d’entreprises plus anciennes.

Une vision audacieuse de la relance

Lionel Canesi a ensuite détaillé sa vision de la relance : « Il faut agir de trois manières : aider les entreprises, encourager leurs investissements, et relancer la consommation ». D’après l’Ordre, une relance efficace ne saurait exister si ces trois champs n’étaient envisagés ensemble.

Pour aider les entreprises, Lionel Canesi a appelé à étaler la dette Covid des entreprises viables. « Aucune entreprise viable ne doit mourir à cause du Covid. Cela serait dommage de les avoir soutenus jusque-là et de s’arrêter », a-t-il argumenté. Il a été plus loin, appelant, pour les entreprises qui ne pourraient pas rembourser leur dette, même étalée, à effacer certains prêts garantis par l’État (PGE), tout en précisant qu’une telle mesure ne pourrait être prise qu’au cas par cas, et uniquement pour des entreprises qui auraient été viables sans la crise sanitaire. « Pourquoi ne pas l’envisager ? », a-t-il désamorcé, conscient de faire une proposition audacieuse. « Cela coûterait dans certains cas moins cher à la collectivité que de financer une crise sociale et du chômage », a-t-il expliqué. Il a également appelé à donner aux entreprises plus de souplesse et de flexibilité, en laissant notamment aux dirigeants la possibilité d’ouvrir, s’ils le souhaitent, « 7 jours sur 7 et 24h sur 24 ».

Pour inciter les entreprises à investir, il a appelé à passer d’une « fiscalité punitive » à une « fiscalité incitative », qui pousserait les entreprises à aller vers des secteurs d’avenir, tels que l’écologie, l’économie responsable ou le numérique. Il a pris l’exemple concret du chef d’entreprise, qui, devant s’équiper d’une flotte de véhicules, se déciderait sans doute à acheter des véhicules hybrides si cet acte était encouragé par la mise en place d’une TVA entièrement déductible sur ces véhicules propres. Il a également évoqué la possibilité de mettre en place un crédit d’impôt sur les investissements réalisés par les entreprises, sur le modèle d’un dispositif déjà appliqué en Corse.

En ce qui concerne la relance de la consommation, il a appelé à « remettre de l’argent dans le circuit économique ». Pour cela, il a envisagé deux pistes. La première serait de donner aux salariés la possibilité de débloquer leur épargne salariale. La seconde consisterait à donner à des parents, grands-parents ou oncles et tantes sans enfants, la possibilité de faire un don de 50 000 € à un membre de leur famille sans condition d’utilisation des fonds.

Tout cela, a expliqué le président, pragmatique, pourrait aider les entreprises à survivre à la crise économique, et à éviter des drames sociaux, coûteux tant sur le plan humain que sur le plan économique.

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Référence : LPA 27 Jan. 2021, n° 159a5, p.3

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