Grève des avocats : à Saint-Brieuc, le sentiment d’injustice est très fort

Publié le 07/01/2020 - mis à jour le 10/01/2020 à 10H10

La mobilisation des avocats pour préserver leur régime autonome de retraite est très forte. En attendant la grande manifestation du 11 janvier prochain, le CNB, avec la conférence des bâtonniers et le barreau de Paris,  a appelé les avocats de la France entière à une grève dure d’une semaine à compter du 6 janvier. Toute cette semaine, Actu-juridique va donner la parole à différents barreaux. On commence par Saint-Brieuc. Son tout nouveau vice-bâtonnier, Stéphane Baron nous explique pourquoi son barreau est en colère.

Actu-Juridique : Quel est le niveau de mobilisation à Saint-Brieuc ? 

Stéphane Baron : Nous nous sommes réunis en Assemblée générale hier matin, sur 139 avocats que compte notre barreau hors avocats honoraires, nous avons eu 79 votants dont 67 se sont prononcés, à bulletin secret, pour la grève. Nous avons adopté la grève dure recommandée par le CNB, soit le renvoi systématique des audiences civiles et pénales, l’arrêt de toutes les désignations pour les gardes à vue, le contentieux des mineurs, les instructions correctionnelles et criminelles, l’aide juridictionnelle et l’accès au droit.  En résumé, c’est une grève totale qui porte sur l’ensemble de l’activité judiciaire. Nous n’assurerons pas non plus les réunions d’expertise. En revanche, après réflexion, nous avons considéré que nous allions continuer de recevoir les clients et répondre au téléphone car c’est sans incidence sur l’efficacité de la mobilisation et les clients ne comprendraient pas qu’on ne leur réponde pas. En pratique, des confrères vont être désignés pour demander des renvois pour l’ensemble du barreau.

Corgarashu/adobe

Actu-Juridique : Comment ce mouvement est-il perçu par vos clients et par les juges ? 

SB. : De l’expérience que nous avons eue jusqu’ici lors de précédentes mobilisation en lien avec la réforme des retraites ou celle de la justice, pour l’instant les clients ont l’air de comprendre les raisons de notre colère et nous n’avons pas rencontré de difficultés  majeures. Nous avons prévenu le président du tribunal ainsi que le procureur. On ne peut pas dire qu’ils soient heureux de ce mouvement qui va leur compliquer la tâche, mais nous avons été écoutés avec respect, on n’a pas remis en cause l’exercice de notre droit de grève. Evidement, l’impact est lourd pour tout le monde, les justiciables avant tout, la juridiction qui est désorganisée et nos cabinets aussi, car il faudra bien rattraper ensuite toutes ces dossiers renvoyés, ce qui va se traduire par des audiences plus longues durant des semaines. C’est la première fois que l’on vote une grève aussi longue.

Actu-Juridique : Quel est l’état d’esprit dans votre barreau ? 

SB. : Les confrères sont très en colère. Ils voient que les institutions se mobilisent, réclament le dialogue, proposent des solutions sont prêtes à négocier mais que systématiquement on refuse de nous entendre, que ce soit à la Chancellerie ou au niveau du Premier Ministre. Et parallèlement on constate que d’autres professions commencent à obtenir des concessions. Pourquoi pas nous ? Le sentiment d’injustice et d’incompréhension est très fort. Saint-Brieuc n’est pas une ville très riche, il y a donc beaucoup de dossier à l’aide juridictionnelle. Si on double nos cotisations retraite, les confrères ne pourront plus assumer le secteur aidé. Pour l’instant à notre connaissance, lundi soir,  la plupart des barreaux de la Conférence du Grand Ouest avaient rejoint le mouvement (1).

Propos recueillis par Olivia Dufour

(1) Le barreaux de la Conférence du Grand Ouest sont :  Angers, Brest, Laval, Le Mans, Lorient, Nantes, Quimper, Rennes, Saint-Brieuc, Saint-Malo Dinan, Saint-Nazaire, Saumur et Vannes.

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