Journal d’un avocat au temps de la Covid-19

Publié le 15/10/2020 - mis à jour le 15/10/2020 à 20H12

Nous vivons dans un drôle de monde où s’entrechoquent Rihanna et Alice Coffin, où le voile est ici une liberté plus loin une prison, où politiques et magistrats se livrent un combat sans merci. Comme chaque semaine, Loeiz Lemoine propose son éclairage d’avocat et partage avec nous ses enthousiasmes, ses révoltes et ses francs éclats de rire. 

Photo : ©AdobeStock/Guy Pracros

Mardi 29 septembre – Nasrin Sotoudeh nous entend

Emotion : « I am thankful to all my colleagues at the French National Bar Association and associations in other countries » : depuis sa prison, #NasrinSotoudeh remercie notamment le CNB pour ses actions. Elle a donc connaissance de la mobilisation autour de sa cause : ce seul  fait nous est également d’un grand réconfort. Je pensais que nos pétitions, demandes, protestations (bien que je m’y sois systématiquement associé), étaient autant de coups d’épée dans l’eau : je me trompais.

Le temps m’avait fait défaut et je me rattrape en préparant le dîner familial (c’est tout le problème du matriarcat) : pour aggraver mon cas, je m’enfile tous les passages de Finkielkraut chez Pujadas. Je dois dire haut et fort, il le faut, que personne ne m’aide autant à comprendre notre temps que cet homme. Du coup certains commentaires, singulièrement ceux du chroniqueur de Télérama  condamné à rester le cul dans son canapé pour regarder la télé en ricanant (il n’y a pas de sot métier), me paraissent aussi dérisoires que mal intentionnés.

Par rapport à Finkielkraut, vous êtes des nains. Commentant les propos du maire de Bordeaux sur le sapin et les arbres morts, à la place de la réaction bêtement moqueuse dont je me suis rendu coupable, il fait un détour par Ronsard :

« Ecoute bûcheron, arrête un peu le bras !

Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas ;

Ne vois-tu pas le sang, lequel dégoûte à force,

Des Nymphes qui vivaient dessous la dure écorce. »

L’émission Médias de France Inter s’interroge sur la « Droitisation des plateaux de chaînes d’info en continu ». « Le CSA n’a pas les outils pour mesurer. » Je suis mort de rire :

1°) en effet, il ne doit exister ni instrument ni unité de mesure de cette chose appelée « droitisation ».

2°) Nous parlons de chaines privées, autant dire qu’elles ont le droit d’avoir la ligne éditoriale, et la vision du monde, qu’elles veulent : on n’est pas obligés de regarder (est-ce que je regarde BFMTV, moi ?).

3°) Précisons que la question du jour fait écho à une précédente enquête relative à la gauchisation des chaines du service public. Très important de toujours voir les choses de façon équilibrée, symétrique, sinon certains pourraient penser que droitisation = le diable, alors que gauchisation = chacun ses opinions. Détail amusant (faites l’essai chez vous) : droitisation ne pose aucun problème à Word, mais il ne connaît pas gauchisation. Du coup je vérifie dans le Larousse : « Droitisation, tendance à faire prévaloir les idées de droite », « Gauchisation : ERREUR ». CQFD.

A gauche, Hidalgo et Taubira. A droite, Dati. Génial, que des femmes. Il ne manque plus que Marine Le Pen pour que ce soit complet.

Attaque à Paris : dans une interview à un journal pakistanais, le père du terroriste se dit «fier de son fils». «Je demande au gouvernement pakistanais de ramener mon fils à la maison, a-t-il déclaré. Il a servi l’Islam et nous sommes un pays musulman». Pas d’amalgame, Monsieur !

Mercredi 30 septembre – Justice et pureté

Geoffroy de Lagasnerie à la Matinale d’Inter. Tout le monde s’émeut, mais ce qu’il explique est totalement cohérent avec sa vision du monde. Une phrase illustre ce débat : « le respect de la loi n’est pas une catégorie pertinente pour moi. La question c’est la justice et la pureté (sic), ce n’est pas la loi ». Anne Hidalgo l’a trouvé « inspirant » !

Moi j’ai plutôt eu envie d’expirer.

Bilger sur Twitter : « Je serais curieux de connaître le nom du juge des enfants de Pontoise qui a refusé de faire vérifier l’âge du jeune criminel islamiste alors que l’#ASE avait manifesté plus que des doutes sur sa minorité prétendue ». On croit rêver quand on lit des âneries pareilles, un ancien magistrat demande qu’on mette une cible dans le dos d’un juge ? A quoi un blaireau répond en donnant un nom… celui de la présidente du tribunal judiciaire de Pontoise !!!

Jeudi 1er octobre – Parlons sérieusement des mineurs isolés étrangers

Photo : AdobeStock/PhilippeSteury

Tweet d’Adeline Hazan, ancienne CGPL (et, quand j’étais tout petit, Juge des enfants à Nanterre) : « L’Unicef dénonce la stigmatisation des mineurs isolés étrangers » : « Le sort et la prise en charge de ces mineurs font l’objet d’une vive polémique depuis l’attentat au hachoir perpétré devant les ex-locaux de « Charlie Hebdo » par un jeune pakistanais connu sous une identité lui donnant 18 ans. »

Je reviens à mes petites, prudentes et même réticentes questions : est-ce qu’on peut dire que, compte tenu du statut dont bénéficient les mineurs non accompagnés, beaucoup de majeurs se font passer pour mineurs ?

Qu’il existe une contestation des tests permettant d’essayer de déterminer l’âge osseux, ce qui amène des juges très bien intentionnés (comme dans le cas du récent terroriste) à les refuser ?

Que du coup beaucoup de jeunes gens, qui apparaissent à l’évidence âgés de plus de 18 ans, obtiennent ce statut et tout ce qui va avec ?

Que si un de ceux qui a obtenu abusivement un statut si protecteur et si avantageux, qui a tété les généreuses mamelles de la République, attaque des gens au hachoir dans la rue, on est en droit de mal le prendre ?

Apparemment non, pour des raisons que j’ai déjà détaillées.

Du coup, qui en parle ? C’est Zemmour, dans les termes qu’on sait (Il est frappant qu’une personne de son intelligence puisse tenir des propos aussi idiots, en plus d’être haineux ; encore une manifestation de la bêtise de l’intelligence.)

Je pose la question : en ne parlant pas d’une problématique, à qui a-t-on rendu service ?

Aux mineurs isolés ? Certainement pas.

Prendre parti pour tous ceux qui se disent mineurs non accompagnés, c’est nuire aux vrais mineurs non accompagnés : si tous ceux qui se prétendent mineurs sont considérés comme tels, alors il n’y a plus de mineurs.

Pareil si on considère tous les migrants qui veulent se rendre chez nous comme des réfugiés : si tous ceux qui le disent sont considérés comme tels, alors il n’y a plus de réfugiés.

Je suis attaché, foncièrement, à ces protections que nous devons aux mineurs qui arrivent sur notre sol, et aux réfugiés qui nous demandent l’asile. Ce sont des devoirs sacrés et qui ne se discutent pas. Mais à l’égard de ceux qui essayent de bénéficier de protections auxquelles ils n’ont pas droit, quelle doit être notre attitude ?

Allez, les conneries continuent : « Le Département de Loire Atlantique dépose plainte contre Eric Zemmour ». C’est bien les gars, montez sur le marchepied, hurlez bien avec les loups et faites-vous de la pub à bon compte.

Jean-Pierre Obin sur France info , 15 ans après le rapport qui porte son nom et avait été dument enterré en son temps (les rapports sont connus pour donner d’excellent compost), il sort un livre ainsi titré : Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école.

Déjà à l’époque il relevait que des élèves (ou leurs parents) refusaient d’étudier certaines périodes de l’histoire ou certaines œuvres considérées comme licencieuses (Madame Bovary ou Cyrano…), ce qui l’amenait à conclure que « Tout laisse à penser que dans certains quartiers les élèves sont incités à se méfier de tout ce que les professeurs leur proposent, qui doit d’abord être un objet de suspicion, comme ce qu’ils trouvent à la cantine dans leur assiette ; et qu’ils sont engagés à trier les textes étudiés selon les mêmes catégories religieuses du halal (autorisé) et du haram (interdit). »

La situation, à l’en croire, ne s’est pas améliorée mais au contraire bien dégradée. Il rappelle, il est obligé de rappeler, que lui-même « est un homme de gauche », qui déteste l’extrême-droite ! Indépendamment de son propos proprement dit, il est frappant que cet homme soit obligé de donner des gages et de montrer patte blanche, pour un peu il aurait ajouté qu’il avait des amis musulmans.

Kamel Daoud sur Inter. Lui ne parle pas gratuitement, il est directement exposé, il paye le prix fort pour son courage. On se souvient qu’après sa tribune dans Le Monde , la contre-attaque de la bien-pensance s’était une fois de plus déclenchée: « l’auteur recycle les clichés orientalistes les plus éculés, (…). Loin d’ouvrir sur le débat apaisé et approfondi que requiert la gravité des faits, l’argumentation de Daoud ne fait qu’alimenter les fantasmes islamophobes d’une partie croissante du public européen, sous le prétexte de refuser tout angélisme. »  L’illustre Caroline De Haas l’avait plus prosaïquement invité à « déverser [sa] merde raciste ailleurs ». Pourtant j’aurais juré que Kamel Daoud a des amis arabes.

Cet épisode de la Saint-Sylvestre 2015 à Cologne en avait mis au jour un autre, qui s’était produit en Suède lors d’un festival : en août 2014 et 2015, une quinzaine de jeunes filles avaient été encerclées et agressées sexuellement par une ou deux centaines d’hommes. La police avait alors caché ces épisodes, affirmant sans ciller « qu’il y avait eu relativement peu de délits et de personnes interpellées comparé au nombre des participants » .Il s’agissait alors d’éviter de « faire le jeu » (c’est l’expression consacrée) d’un parti anti-immigration. Pourquoi ? Parce que « les agresseurs présumés étaient en majorité des demandeurs d’asile mineurs non accompagnés ». Ça me rappelle quelque chose, mais quoi ?

Libé : « L’arrivée surprise au gouvernement de Dupond-Moretti, censé être un rempart contre la droite et l’extrême droite populistes, est vue par certains comme un geste envers Nicolas Sarkozy, visé par des procédures. » Intrigué, je vais lire ce papier qui se résume en gros à ceci : « Selon un haut responsable du quinquennat Hollande (ça commence bien), cela ne s’expliquerait «ni par ses idées sur la justice (…) ni par sa capacité supposée de contrer les populistes. (…) A l’en croire, cette nomination doit d’abord être comprise comme un geste en direction de Nicolas Sarkozy. Avec Dupond-Moretti, c’est un intime de Thierry Herzog, l’avocat de l’ancien chef de l’Etat, qui se retrouve Place Vendôme. De quoi «rassurer» dans les procédures qui le visent ? En échange de quoi, l’ex-chef de l’Etat serait en mesure d’empêcher ou de freiner l’émergence à droite de tout rival sérieux pour Macron en 2022. ».

Du journalisme de très haut vol, comme on voit. Comme disait Coluche : « quand un mec, sur une information, il en connaît pas plus que ça, il a qu’à fermer sa gueule ! Et même, à la rigueur, il serait pas venu, on était pas fâchés ».

J’ai rarement lu un papier aussi insidieux, à la limite de la diffamation, avec juste ce qu’il faut de conditionnel pour faire croire à la prudence au sens où l’entend la 17ème chambre. L’article ne le précise pas mais ayant des contacts dans les milieux autorisés, je crois devoir révéler à mon vaste public qu’Eric Dupond-Moretti est également proche de Vincent Nioré, ce qui permet de penser que sa nomination devrait profiter à Michel Fourniret. Plus de détails à venir.

L’Equipe : « Giro : deux coureurs positifs au Covid chez Astana ». Je vous jure que pendant ½ seconde, je me suis demandé quel produit ça pouvait bien être, ce Covid, et si ça entrainait une multiplication des globules rouges.

Affaire Zemmour. C’est déjà pas bien glorieux, mais je tombe sur ceci : « Aujourd’hui tout le monde ne parle que d’une chose : Eric Zemmour. Mais que s’est-il passé ? Que risque-t-il ? On en parle ce soir avec @christine_kelly, @EricNaulleau et @RokhayaDiallo dans #TPMP ». Quo non descendam…

Vendredi 2 octobre – Harmange, Coffin, Tin, Branco et les autres

Photo : ©AobeSTock/Elnur

Sans commentaire : Parution d’un ouvrage intitulé Moi les hommes je les déteste. « Le pamphlet misandre de Pauline Harmange est sorti ce jeudi au Seuil après une première vie remuante chez son premier éditeur, Monstrograph. Elle y défend une détestation joyeuse des hommes qui conduit à une sororité émancipatrice. »

Alors je ne sais pas ce qui se passe en ce moment, mais l’offensive est lancée. Paris-Match propose un portrait d’Alice Coffin, qui elle aussi déteste les hommes et rêverait même de leur disparition : « Il ne suffit pas de s’entraider, il faut à notre tour les éliminer ». Alice Coffin ne lit plus de livres écrits par des hommes, ne regarde plus de films réalisés par des hommes, n’écoute plus de musiques composées par des hommes . Il faut le lire pour le croire.

Louis-Georges TIN dans la Matinale de France Culture, pour parler séparatisme. Il nous explique que l’universalisme est en fait un uniformisme, imposé par les hommes, blancs, hétérosexuels, catholiques, riches et bourgeois. C’est là que j’ai décroché. Pourtant il était bien intéressant d’entendre l’avis de cette personne sur le communautarisme et le séparatisme, même lorsque, comme moi, on coche toutes les déplorables cases ci-dessus (sauf « riche », et vraiment je le regrette). Précisons qu’il se présente comme « Président d’honneur du CRAN », le Conseil représentatif des associations noires de France. Vraiment, il existe des « associations noires de France » ? Tu vois pas que quelqu’un crée un « Conseil représentatif des associations blanches de France » ? Bref, le CRAN lui conteste le titre de président d’honneur qui n’existe pas dans ses statuts, l’aurait radié, et aurait porté plainte contre lui pour des malversations financières . France culture a dû oublier de faire une vérification (simple étourderie).

Kamel Daoud sur le voile : « Si on croit être libre de le porter, on n’est jamais libre de l’enlever. » Pas mieux.

Bilger derechef : « Si #EricZemmour est encore après enquête renvoyé devant le #tribunal correctionnel, aucune illusion sur les #réquisitions du #parquet! Le #gardedesSceaux a exprimé sa haine du #polémiste qu’il a qualifié de #multirécidiviste @cavousf5 Bon courage au #procureur pas d’accord! » Je reconnais à Monsieur Bilger une chose : bien que je sois plus jeune, il est meilleur que moi pour les hashtags ! Sur le fond en revanche, ses insinuations préventives et son indulgence à l’égard des propos de Zemmour sont vraiment lamentables. Je cesse de le suivre.

J’ai cru que j’allais m’ennuyer, mais comme la rouille (clin d’œil à Neil Young), l’actualité judiciaire ne dort jamais. J’ai parlé plus haut du confrère qui présentait sa défense devant Valeurs actuelles et expliquait sans retenue sa brillante stratégie que le tribunal (les juges ne sont pas tous des lumières) n’avait pas comprise. Le condamné n’a pas dû être convaincu non plus puisqu’il vient de désigner un meilleur avocat, en la personne de Juan Branco qui le tweete fort et clair : « Je reprends la défense de Marvel Fitness. Nous (je pense que c’est un « nous » de majesté qu’il emploie) n’allons pas seulement le libérer, mais le rétablir dans son honneur et faire jaillir la vérité ». Et d’ajouter : « Je demande le déport du bâtonnier (on suppose qu’il parle de Charrière-Bournazel ? Si on me demande mon avis, je dirais que Juanito va avoir un réveil pénible quand il sera face à un vrai avocat) et de Laure-Alice Bouvier de la défense des parties civiles ». Mon conseil : occupe-toi du dossier plutôt que de tes adversaires, c’est un procès, pas un débat politique. Pour obtenir une relaxe, il faut s’affronter à la procédure, aux preuves, pas aux personnes, tout le monde sait ça. Et encore ceci : « Je fais déposer une plainte contre Aline Dessine pour violation du secret des correspondances, faux et usage de faux, menaces et chantage ». Moi je vous le dis, ça va chier des bulles !

Et de conclure, en nous livrant en avant-première sa stratégie : « Je plaiderai son innocence, et la responsabilité lourde et fautive (sic) des parties civiles qui, manipulant, mentant, se sont liguées pour tenter de dévaster un homme qui, disant la vérité, menaçait leurs intérêts. Un homme est aujourd’hui injustement en prison. Nous le libérerons ». (Le passage du « je » au « nous » donne, je pense que tout le monde l’aura ressenti, une dimension et un souffle presque épiques).

Voici donc ce qui va se passer :

* libération de Marvel,

* retrait piteux du Bâtonnier Charrière-Bournazel, la queue entre les jambes,

* abandon de la défense des parties civiles par Maitre Laure-Alice Bouvier,

* relaxe en appel, avec les excuses de la cour,

* poursuites en dénonciation calomnieuse et indemnisation de l’innocent par les menteuses parties civiles,

* condamnation de Aline Dessine.

Ou alors : la cour (parfois elle peut avoir mauvais caractère, je préfère prévenir) confirmera, agacée par cette défense de rupture qui, au lieu de lâcher un peu de lest et un minimum d’excuses, va gueuler haut et fort que Marvel et Dreyfus, même combat. I can’t wait to see that.

Sur le plan déontologique, de nouvelles interventions du Bâtonnier en exercice sont à prévoir et je crois que Me Branco est en train de battre le ratio : plus grand nombre d’interventions du Bâtonnier sur nombre de clients.

Par association d’idées, ça m’a donné envie de relire ceci :

Lilian Thuram sort un livre intitulé La pensée blanche, sous-titre : on ne nait pas blanc, on le devient. J’ai aimé Thuram plus que tous les autres joueurs, dans son parcours en équipe de France, et singulièrement en 1998, quand il marque deux buts dans un seul match, les deux seuls de sa carrière tricolore, mais quels buts, et si décisifs. Il est solide, beau, élégant dans son jeu, guadeloupéen comme ma femme. Il avait écrit un bouquin intitulé Mes étoiles noires, et cette démarche était, disons, sympathique. Mais là, même sans avoir lu ce livre, son titre et son sous-titre me navrent. L’antiracisme critique, à juste titre, toute essentialisation quand elle vise certains groupes, mais l’accepte sans broncher quand elle vise les blancs. Et qui proteste ? Gilles-William Goldnadel et Valeurs actuelles… dont je n’ai aucune envie de prendre la roue, surtout « contre » Thuram. Ah là là, mes amis, quelle triste époque quand même.

Six départements opportunistes portent plainte contre Zemmour, avec l’argent des contribuables pour défendre une cause déjà prise en main par le parquet et qui n’a nul besoin de leur participation. Leur intérêt à agir reste à caractériser : est-ce que tous les mineurs isolés, visés par Zemmour, seraient recevables à porter plainte et à se constituer parties civiles contre lui ? Est-ce que cette action entre dans la mission de cette collectivité territoriale ? Est-ce que les plaintes sont déposées au nom du Département, ou au nom de chacun des mineurs dont il a la charge et la protection, es-qualité de représentant légal ?

Est-ce que tous les membres d’un groupe visé par une incitation à la haine (noirs, blancs, chrétiens, musulmans, homosexuels, que sais-je) seraient recevables à se constituer parties civiles ? Ah, ça part sévère, les dommages et intérêts ! Hasard, tous les présidents de ces Conseils départementaux sont au PS et ils vont se refaire une santé sur le dos de Zemmour, la main sur le cœur comme il se doit. Vous ne m’inspirez pas plus de sympathie ni de respect que celui que vous poursuivez, tiens.

Un « militant anti corruption » aurait déposé plainte contre Eric Dupond-Moretti devant la CJR pour prise illégale d’intérêt. Confusion totale entre « l’intérêt » et « les intérêts », par définition matériels et même pécuniaires, de l’article 432-12.

Samedi 3 octobre – L’antisémistime « à la papa », c’est terminé

Anniversaire de la promulgation du statut des juifs en 1940, vidéo de l’INA. N’oublions pas, n’oublions jamais. Une pierre dans le jardin de Zemmour, qui défend la thèse de la protection des juifs français par Pétain. Mais aussi, ce commentaire de Caroline Mécary sur Twitter : « c’était il y a 60 ans (80, elle l’a rectifié ensuite) mais nous ne sommes d’évidence pas à l’abri d’une résurgence haineuse tant l’extrême droite à table ouverte sur les chaines de propagande en continue (restaurant du 19e). » L’extrême droite, vraiment ? Comme ce serait rassurant, cette constance de l’antisémitisme de papa Le Pen et de cette famille de pensée, nostalgique de Maurras, Pétain et l’Algérie française. On est juste interpellé par la formule « free Palestine » tagguée sur les lieux (sauf erreur, l’extrême droite se fout ostensiblement du sort de la Palestine).

Dimanche 4 octobre – Bernalicis et les six « menteurs »

Atlantis / AdobeStock

Revoilà Piotr Pavlenski, qui donne une interview à l’occasion de la sortie d’un livre : « Huit mois après avoir diffusé une vidéo intime de Benjamin Griveaux, poussant le candidat LREM aux municipales à Paris à se retirer de la course, Piotr Pavlenski se justifie. L’activiste russe, qui sort un nouveau livre (…) affirme avoir voulu « montrer les dessous du pouvoir. » Il s’étonne que Griveaux se soit retiré et estime qu’il « aurait pu transformer cette situation à son avantage. Il était devenu comme un superhéros dans l’opinion. Tout le monde le connaissait, beaucoup le défendaient. Il a eu son quart d’heure de célébrité warholien ». La thèse est osée et comme toutes les thèses, parfaitement défendable, mais seulement par quelqu’un qui ose tout.

Le JDD : « Le député (LFI) Ugo Bernalicis, soupçonne six personnes entendues par la commission de lui avoir « délibérément menti ». Révélée par L’Obs*, la liste des cibles tient du bottin de la magistrature et de la haute fonction publique : elle réunit le premier président de la cour d’appel de Paris, Jean-Michel Hayat, la procureure générale près la même cour, Catherine Champrenault, et l’ex-cheffe du parquet national financier (PNF), Éliane Houlette, le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, l’avocat général à Lyon Jean-Michel Prêtre, le préfet de police de Paris, Didier Lallement, et le directeur général de la police nationale, Frédéric Veaux. » Une seule précision me parait de mon ressort et concerne les « mensonges » de Monsieur Hayat : l’article 83 du CPP dispose que « (…) le président du tribunal (…) désigne, pour chaque information, le juge qui en sera chargé. (…)

Les désignations prévues au présent article sont des mesures d’administration judiciaire non susceptibles de recours. »

C’est donc une prérogative du président, qui ne motive pas et ne rend pas de comptes. Peut-on commettre un faux témoignage sur une telle décision ?

En tous cas, va pas falloir se louper, mon gars, sinon les dénonciations calomnieuses vont pleuvoir. Signalement au parquet, qui va décider s’il poursuit certains de ses propres membres. Sous l’œil attentif du Garde des sceaux, j’imagine.

Mardi 6 octobre – Les dessous de la soumission

Scandale ! La chanteuse Rihanna, qui a créé une marque de lingerie, aurait utilisé, lors d’un défilé qu’on présume sexy, un morceau comportant des extraits d’un hadith… La ligue des offensés a immédiatement hurlé au manque de respect. Et ensuite ? Eh bien la musicienne qui avait créé ce mix s’est évidemment confondue en excuses.

Peu après, comme il fallait s’y attendre, Rihanna s’est elle aussi excusée platement. J’espère qu’elle l’a fait par peur que sa collection de lingerie soit boycottée, c’est la seule excuse que je lui trouve. Sinon on en revient toujours à ça : la soumission. Le moindre faux pas à propos de l’Islam et c’est la levée de bouclier, et au lieu de leur dire : écoutez, nous ça nous concerne pas, on est dans un pays de liberté d’expression, eh bien on se dégonfle et on s’aplatit. Ce qui encourage évidemment les réactions les fois suivantes.

Naturellement, TPMP, la référence intellectuelle de notre époque troublée, s’est emparé de cette question si centrale : le philosophe sociologue islamologue commentateur chroniqueur journaliste démagogue Gilles Verdez, dont chacun sait qu’il est autorisé sur le sujet, a été sans appel : « c’est une insulte aux musulmans, je trouve ça indigne de sa part ». Après une aussi belle ouverture, une vague chroniqueuse a conclu, dans la même veine : « moi je trouve que limite j’ai envie de la tuer ». Il faut rendre à Cyril Hanouna cette justice que tout de suite, il a fait une moue désapprobatrice d’une très grande fermeté.

Un parquetier financier de haut vol intègre un grand cabinet d’avocats. C’est un peu comme ces inspecteurs des impôts qui pantouflent après avoir bien capitalisé sur leur connaissance du système de l’intérieur, de ses forces et de ses faiblesses, pour gagner gros comme ça de pognon. Efficace. Est-ce que ses collègues considéreront qu’il y a quelque chose comme un conflit d’intérêt ? On se le demande avec curiosité.

Jeudi 8 octobre – Je ne peux pas j’ai shabbat

La plainte d’Eric Dupond-Moretti contre X dans l’affaire des fadettes a été classée sans suite le 2 octobre, a-t-on appris de sources judiciaires concordantes, dont le parquet de Nanterre.

Le même prend des coups de toute part, parce qu’il attaque Plenel (ce que je fais aussi, mais dans l’indifférence générale) et qu’il veut, LUI l’avocat d’assises majuscule, créer une commission sur la cour d’assises.

A propos d’assises, poursuite des débats du procès Charlie, qui débordent. Audiences supplémentaires, Christian Saint-Palais indique qu’il ne viendra pas le 11 novembre et « ne souhaite pas que la cour nous y oblige », ce qui serait contraire au principe républicain. Le 11 novembre est un jour férié, nous commémorons un moment important de notre histoire, nous n’oublions pas et répétons (même si l’histoire ne s’est pas pliée à cette injonction) : plus jamais ça. Un avocat des parties civiles : « Dès maintenant je pense qu’il faudrait aller au-delà, au début de la semaine suivante », soulignant l’impossibilité pour certains avocats de venir le samedi en raison du shabbat.

Une petite voix intérieure, mon Jiminy Cricket personnel, me presse : mais ferme ta gueule ! Tu n’en as pas déjà assez fait, à parler tout le temps de voile et de soumission ? Tu vas t’en prendre aux juifs maintenant ? Tais-toi !). Bon d’accord, juste deux mots : j’ai été de permanence des 25 décembre, des 15 août, des 11 novembre, des jours de Toussaint ou de Pâques, des 1er janvier, des 14 juillet, bref tout ce que notre calendrier, avec ou sans référence religieuse, compte de jours fériés. Le 11 novembre, c’est un patrimoine commun, non confessionnel. Mais si on commence à accepter que des avocats ne puissent pas intervenir pour cause de shabbat, je pose la question : où on va ? La liberté de pratiquer une religion ne signifie pas que les autres doivent se plier aux exigences découlant, ou qu’on estime découler, d’une pratique religieuse.

Juan Branco fait l’objet de poursuites disciplinaires. Pfouh, il est en avance sur moi dans tous les domaines, moi je n’ai jamais été poursuivi alors que j’ai commencé à exercer avant sa naissance !

 

*Si vous avez manqué les épisodes précédents, c’est par ici 

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