« Nous aidons les huissiers de justice à se faire connaître »

Publié le 04/03/2020 - mis à jour le 06/03/2020 à 10H31

Amener des affaires aux professions juridiques réglementées : c’est le pari fait par l’entrepreneur Arthur Cassagnau. Il y a deux ans, ce jeune homme diplômé d’Assas lançait Neonotario, une plate-forme permettant de prendre rendez-vous en ligne avec un notaire. Il vient de créer, en février dernier, une nouvelle plate-forme dédiée aux huissiers de justice. Il en explique les grandes lignes aux Petites Affiches.

Les Petites Affiches : Pouvez-vous vous présenter ?

Arthur Cassagnau : Je suis entrepreneur du web depuis 8 ans. Après des études d’économie à Assas (Paris 2), je me suis lancé dans la création d’entreprise dans le domaine du numérique, dans des secteurs très différents : j’ai lancé une application de covoiturage instantané, une plate-forme pour les maisons de retraite, une autre à destination des agences immobilières. Il y a deux ans, j’ai créé Neonotario dans l’idée d’amener de nouvelles affaires aux notaires. C’est une application de prise de rendez-vous en ligne. L’idée de créer une plate-forme pour les notaires est venue naturellement : c’était dans la suite logique de nos activités dans l’immobilier, qui débouchaient vers la prise de rendez-vous chez le notaire pour signer un compromis de vente. Il y avait un besoin du côté des acheteurs. La prise de rendez-vous en ligne était aussi une demande présente chez les notaires.

LPA : Quel bilan dressez-vous de Neonotario, après deux ans d’activité ?

A. C. : Nous avons créé cette application il y a deux ans, mais nous sommes réellement occupés de la commercialisation du produit à partir du mois de novembre 2018, en rappelant systématiquement les personnes intéressées qui nous laissaient leurs coordonnées. Depuis lors, cela marche très fort. Nous avons déjà plus de 250 notaires enregistrés et sommes les leaders sur ce secteur d’activité. Les notaires n’ont qu’un préavis de deux mois à nous donner pour quitter l’application, mais, à un an, 90 % d’entre eux ont fait le choix de rester. Nous sommes d’ailleurs en passe d’être labellisés par le Conseil supérieur du notariat. Le bilan est excellent.

LPA : Vous lancez aujourd’hui Neojusticio, à destination des huissiers de justice…

A. C. : Neojusticio est la suite logique de Neonotario, raison pour laquelle nous avons choisi de donner un nom similaire à ces deux plates-formes. On a dupliqué les logiciels que l’on avait conçus pour les notaires. Pour les huissiers de justice, on s’est aperçu qu’il n’y avait pas grand monde sur le marché et qu’il y avait un marché pour améliorer l’utilisation pour les utilisateurs. À deux semaines du lancement, nous avons déjà énormément d’appels et de mails. Nous devrions avoir dans quelques jours des huissiers inscrits. Nous l’avons déjà constaté avec les notaires : le processus décisionnel prend environ 3 semaines, le temps que les différents membres de l’étude se concertent.

LPA : Quel est l’intérêt pour ces professionnels ?

A. C. : Pour les notaires comme pour les huissiers, l’intérêt premier est de se faire connaître de nouveaux clients. La profession d’huissier de justice est réglementée et les activités qu’ils peuvent mener pour se faire connaître sont strictement encadrées par la Chambre nationale des huissiers de justice. Néanmoins, la loi de mars 2019 concernant les officiers publics et ministériels, permet aux professions réglementées, dont celle d’huissier de justice, de faire de la sollicitation personnalisée. Notre plate-forme leur permet d’aller chercher de nouvelles affaires dans le cadre du décret de mars 2019 sur la sollicitation personnalisée. Neojusticio représente donc une formidable opportunité pour booster leur productivité, leur visibilité, et leur chiffre d’affaires. Ils peuvent s’y inscrire directement ou demander à être rappelé en laissant leurs coordonnées, ou demander à tester la plate-forme. En plus de la visibilité que nous leur donnons, ils bénéficient, avec notre plate-forme, de différents services qui leur facilitent le quotidien.

LPA : Quels sont ces autres services que vous leur proposez ?

A. C. : On leur offre un logiciel en software as a service (SAS) qui leur permet de retrouver le nombre de vues qu’ils ont quotidiennement et par mois, le nombre d’appels qu’ils reçoivent et le nombre de rendez-vous qu’ils reçoivent tous les jours. Cette application leur permet également d’harmoniser les différents types d’agenda – Google, Outlook, Microsoft exchange. Enfin, ils peuvent modifier tous les motifs de rendez-vous comme ils le souhaitent, et demander aux clients d’uploader en ligne les pièces justificatives. L’huissier pourra retrouver facilement tous ces documents. Ce type de service est très important pour les métiers du juridique, cela fait gagner énormément de temps au professionnel.

LPA : Comment fonctionne la plate-forme ?

A. C. : Elle s’adresse aux gens qui veulent prendre rendez-vous avec des huissiers de justice, pour de la consultation juridique, du recouvrement d’impayés, de la saisie, tout ce que fait un huissier.

Choisir un huissier est très simple : ils sont tous présentés via une fiche dédiée. Une fois l’huissier à proximité de chez soi sélectionné, il suffit de consulter tous les créneaux vacants et de réserver son rendez-vous. Le professionnel confirme ensuite ce rendez-vous. Les éventuelles annulations ou reports se font dans un espace personnel sécurisé, sur lequel sont également transmis les documents nécessaires aux rendez-vous. Il n’y a donc plus besoin de décrocher son téléphone ni de perdre un temps précieux à tenter de savoir quel sera l’huissier disponible au moment voulu. D’un coup d’œil, on sait qui est disponible ou sera disponible sous peu. Cela permet de désengorger ceux qui ont trop de travail et de faire travailler ceux qui sont disponibles.

LPA : Comment allez-vous vous faire connaître ?

A. C. : Comme pour Neonotario, nous allons nous faire connaître en nous basant sur les requêtes d’huissiers en référencement naturel mais aussi en référencement payant. Celui-ci peut se faire à la volée pour chaque ville, dès qu’on a de nouveaux huissiers inscrits sur une localité.

LPA : Pourquoi les huissiers ont-ils besoin de vos services ?

A. C. : Les Français ne sont pas habitués à prendre rendez-vous avec un huissier : ils n’ont recours à ses services qu’à certains moments forts de leur existence, par exemple lors de la création d’une entreprise, pour régler un litige, dresser un constat. De plus, ces rares rencontres sont doublées d’un déficit d’image dont cette profession peine à se défaire. Les particuliers comme les professionnels redoutent cette démarche. Pour nombre de personnes, il s’agit d’une source de stress et d’appréhension, surtout lorsque l’huissier choisi se révèle difficile à joindre ! Notre plate-forme simplifie les prises de rendez-vous et rend l’huissier beaucoup plus accessible.

LPA : Avez-vous déjà le projet de lancer d’autres plates-formes similaires, à destination d’autres métiers juridiques ?

A. C. : Nous travaillons sur un projet à destination des avocats, mais nous en parlerons plus tard car le site n’est pas encore lancé.

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Référence : LPA 04 Mar. 2020, n° 152a4, p.3

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