Seine-Saint-Denis (93)

Maison d’arrêt de Villepinte : 30 ans après sa mise en service, une extension est prévue pour 2025

Publié le 21/03/2022 - mis à jour le 21/03/2022 à 10H33
Maison d'arrêt, prison
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La maison d’arrêt de Villepinte a été mise en service en 1991, dans le cadre du « programme des 13 000 », un programme de construction d’établissements pénitentiaires neufs, initié en France par la loi no 87-432 du 22 juin 1987 relative au service public pénitentiaire, sous la présidence de François Mitterrand. L’objectif était de limiter la surpopulation carcérale. Quelques années seulement après sa construction, la prison dépassait déjà largement sa capacité initiale. Au 1er janvier 2022, sa densité carcérale était de 175,2 %.

L’architecture pénitentiaire de la fin du XXe siècle doit répondre à des problématiques paradoxales : un objectif de privation de liberté d’un côté, la sécurité de l’autre. La technologie prend aussi une nouvelle place dans les prisons françaises avec le renforcement de la surveillance mise en parallèle avec la réduction des personnels pénitentiaires. Surtout, le système carcéral n’arrive pas à répondre aux problèmes de surpopulation.

Dans l’édition de février 1990 de la revue professionnelle PCM Le Pont, éditée par l’association des Ingénieurs des Ponts et Chaussées et de l’association des anciens élèves de l’École nationale des Ponts et Chaussées, un article est consacré au programme 13 000. Il fait le constat d’un système pénitentiaire « en situation de crise prolongée », secoué depuis 1974 par « des mouvements de détenus en révolte contre les conditions de détention, ou par des mouvements du personnel pénitentiaire mécontent de ses conditions de travail ou, de façon plus profonde, inquiet de la dégradation de l’image de l’institution dans la société ».

Le programme 13 000

À l’époque, la France compte 180 établissements à gestion totalement publique, avec une capacité d’accueil « insuffisante, mal répartie et mal structurée » : 32 500 places pour 50 000 détenus. Un premier programme de nouvelles prisons est établi en 1986 sous la forme du programme des prisons privées d’Albin Chalandon. Celui-ci n’aboutit pas.

En 1985, une loi est votée, dite « MOP » (Maîtrise d’ouvrage publique). Avec cette loi, la procédure des concours est généralisée et sont redéfinies les conditions d’accès à la commande publique. Le but ? Varier les propositions et favoriser une certaine émulation créative. L’architecture carcérale n’y échappe pas. Certaines agences qui n’étaient pas du tout impliquées dans le domaine vont ainsi pouvoir tenter leur chance.

Vint ensuite la loi du 22 juin 1987, relative au service public pénitentiaire, donnant à l’État la possibilité de confier au secteur privé, après appel d’offres avec concours, la mission de conception et de construction d’un programme d’équipements pénitentiaires. C’est le lancement du programme 13 000 avec un concours de conception-construction et de fonctionnement ouvert en août 1987 qui tente de répondre aux difficultés auxquelles font face les prisons françaises : manque de place, vétusté, insalubrité. Vingt-cinq établissements répartis sur l’ensemble du territoire métropolitain doivent être construits en cinq années seulement. La France est alors divisée en quatre zones (nord, sud, ouest et est) et chacune est confiée à un groupement conception-réalisation qui réunit architectes et entreprises en charge de la réalisation des travaux. Villepinte fait partie de la zone nord. Les groupements lauréats sont désignés le 23 décembre 1987 et la signature des marchés de conception-construction a lieu le 12 avril 1988. C’est le groupement SPIE-Batignolles qui est à la manœuvre, avec les architectes Christian Demonchy et Noëlle Janet. La maison d’arrêt de Villepinte est livrée en 1991.

« Des 25 nouvelles prisons qui seront réalisées au titre de ce programme aucune ne présentera de réelles avancées au niveau de l’aménagement des cellules ou des unités de vie. On peut aisément considérer que la créativité des architectes a été limitée par un programme souvent considéré comme trop strict », écrit cependant Thomas Ouard dans son mémoire de fin d’étude à l’école d’architecture de Nantes (2015), travail intitulé « Espace de vie – Espace de détention. La cellule. »

Villepinte, 1991

La maison d’arrêt de Villepinte a pour vocation d’accueillir des personnes mises en examen et détenues provisoirement dans l’attente de leur jugement et des personnes condamnées à de courtes peines (moins de deux ans) ou dont le reliquat de peine est inférieur à deux ans.

Six bâtiments sont construits, organisés en quatre ailes : nord, sud, est, ouest. Aujourd’hui, les bâtiments A et B hébergent les prévenus. Les C et D hébergent les condamnés, le E, les participants du module « Respect » qui circulent librement et le F, les mineurs.

Dans son mémoire de recherche (Université Paris-Sorbonne), Manon Vaux, aujourd’hui assistante de projets scientifiques au Centre des Politiques de la Terre, s’intéressait à l’architecture carcérale en France entre 1987 et 2015. Dans son analyse, elle relève que « la notion de réinsertion devient inhérente à la peine privative de liberté ». « De cette redéfinition de la peine a résulté sur le plan architectural la disparition de la chapelle par exemple, au profit des ateliers, des espaces socio-éducatifs, du développement des espaces sportifs (salles de sport, gymnases, terrains de sport) ».

Ses recherches l’amènent à observer que de nouveaux espaces sont créés afin de répondre à tous les profils de détenus, comme les établissements pour mineurs. « Ces populations carcérales spécifiques sont accueillies dans des établissements indépendants (c’était déjà le cas dans les prisons du XIXe siècle), parfois dans des quartiers attenants à une prison déjà construite, écrit-elle. De la même manière, les quartiers pour peines aménagées ou les quartiers de semi-liberté prévus dans le cadre du programme 13 200 [loi d’orientation et de programmation pour la justice du 9 septembre 2002, ndlr] sont construits à proximité des établissements existants mais en dehors de l’espace de détention à proprement parler.

Thomas Ouard détaille l’organisation spatiale des prisons confiés au groupe Spie-Batignolles dont fait partie Villepinte : « Les différents espaces sont traités en zones fonctionnelles nettement différenciées (hébergement, bâtiment socio-éducatif, services généraux, ateliers, etc). Les lieux collectifs sont aménagés sous une forme condensée, tandis que la détention apparaît plus éclatée. La conception de ces derniers espaces constitue la principale caractéristique des projets, l’utilisation de la forme en croix, de deux à quatre niveaux, n’est d’ailleurs pas sans rappeler les modèles du XIXe siècle. Les unités de vie sont marquées par leurs compacités et la position des salles d’activités complètement visibles depuis le noyau central. Chaque quartier est relié aux cours de promenade par un accès privatif, et aux bâtiments administratifs par le biais d’un carrefour de circulation traité en sas desservant des galeries rectilignes ».

À l’origine, Villepinte est prévue pour accueillir 587 prisonniers dans 482 cellules avec 200 membres du personnel pénitentiaire. En 2017, elle détenait le record de surpopulation carcérale avec un taux d’occupation de 201 %. À l’époque, des manifestations de surveillants sont organisées, sans succès.

« Module Respect »

Quinze ans après l’accueil des premiers détenus, la prison de Villepinte a contribué à faire émerger de nouvelles pratiques carcérales, sous la direction de Léa Poplin. En 2016, la nouvelle directrice de l’établissement lance une expérimentation avec un peu moins de 200 prisonniers : le « module Respect », une première en France. Elle s’inspire d’expériences menées en Espagne avec le programme nommé « Respecto ». Les détenus (prévenus et condamnés) volontaires doivent s’engager à participer à des activités quotidiennes fixes. En contrepartie, 90 cellules du bâtiment E sont mises à leur disposition. Ils en ont mêmes les clés. Le moindre écart signifie le retour à la détention ordinaire.

La directrice souhaitait faire le pari de la réinsertion avec ce module. En 2018, un premier bilan notait que les violences avaient chuté dans le bâtiment concerné par l’expérimentation. « On ne peut que se satisfaire de cette logique de responsabilisation qui aide les hommes à retourner dans la société civile. Mais il faudrait qu’elle profite à beaucoup plus de détenus », estimait alors Valérie Grimaud, bâtonnière de Seine-Saint-Denis.

Extension de la prison de Villepinte

Le 31 mars 2021, le préfet de Seine-Saint-Denis, Georges-François Leclerc, a pris un arrêté de déclaration d’utilité publique concernant le projet d’extension de la prison de Villepinte. « Le projet répond à un réel enjeu et présente un intérêt général majeur en matière de sécurité pour la société en limitant ainsi le risque de récidive. Les atteintes à la propriété privée et les inconvénients d’ordre social qu’il comporte restent limités », communiquait la préfecture de Seine-Saint-Denis.

Cette déclaration d’utilité publique permet d’autoriser l’acquisition « à l’amiable ou par voie d’expropriation, des immeubles nécessaires à la réalisation du projet de réalisation de la maison d’arrêt de Seine-Saint-Denis, sur les communes de Tremblay-en-France et Villepinte ». 19,4 hectares au total seront utilisés, dont les trois-quarts constitués de parcelles agricoles : 4,4 hectares sur la commune de Villepinte et 15 hectares sur celle de Tremblay-en-France.

Comme pour la prison initiale, celle-ci s’inscrit aussi dans le cadre d’un programme gouvernemental, annoncé en 2018, qui à nouveau tente de lutter contre la surpopulation carcérale. « Construite en 1990, la maison d’arrêt de Villepinte est à l’origine conçue pour recevoir 588 détenus. Le taux d’occupation de la maison d’arrêt a atteint au 1er janvier 2018 183,9 %, avec 1 072 détenus accueillis », explique la préfecture. 700 détenus devraient pouvoir y être reçus. La durée des travaux est estimée à 30 mois pour un coût de plus de 150 M€. La mise en service est attendue pour 2025.

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