Seine-Saint-Denis (93)

« Le haut Montreuil va devenir très attractif »

Publié le 28/08/2020 - mis à jour le 01/09/2020 à 10H06

Les Montreuillois le savent : leur ville en abrite au moins deux ! Le « bas Montreuil », desservi par la ligne 9 du métro, attire toujours plus de Parisiens et voit fleurir de nouvelles enseignes. Le « haut Montreuil », plus enclavé, reste à l’écart de cette dynamique de gentrification. L’ambition de la mairie est aujourd’hui de réunifier ces deux parties de la ville. Gaylord Le Chéquer, premier adjoint au maire en charge de l’urbanisme, revient sur les projets d’aménagements du haut de la ville, liés à l’arrivée de nouvelles stations de transports en commun à partir de 2022.

LPA : Que représente l’arrivée du métro et du tramway dans le secteur du haut Montreuil ?

Gaylord Le Chéquer : C’est d’abord une excellente nouvelle pour le haut Montreuil. Je suis Montreuillois de longue date. Il y a 20 ans, le journal municipal titrait déjà sur l’arrivée du tramway ! Le haut Montreuil a été sinistré par la désindustrialisation, a perdu nombre d’entreprises et d’acteurs du développement économique. Autrefois, le haut de la ville accueillait l’usine Krêma et les anciens racontent que quand le vent soufflait dans le bon sens, on sentait l’odeur du bonbon jusque dans le centre-ville. Dans les années soixante-dix, ce territoire a été coupé par une bretelle d’autoroute. Cela a créé une balafre dans le paysage et privé le haut de la ville de la dynamique qui était en train de pousser dans le bas de la ville. Ces infrastructures de transport constituent une aubaine. C’est l’occasion de se poser la question de la façon dont on redonne un coup de fouet et de dynamisme au haut de la ville.

LPA : Quelles sont les prolongations des transports assurées à ce jour ?

G.L.C. : Rallier le centre de Montreuil depuis le haut de la ville est aujourd’hui compliqué. Il y a un débat sur la mise en place de pistes cyclables et sur la fréquence des bus. À moyen terme, la donne va radicalement changer avec l’arrivée du tramway et du métro. Les travaux de prolongations de la première ligne du tramway et de la ligne 11 du métro sont engagés. En ce qui concerne le tramway, le chantier se tiendra en deux tranches. Fin 2025, il arrivera rue de Rosny, en haut du quartier des Murs à Pêches. Il devrait aller jusqu’à Fontenay-sous-Bois courant 2026. En ce qui concerne le métro, nous sommes sur un calendrier plus resserré, avec une mise en service fin 2022. D’ici à la fin du mandat actuel, le secteur du haut Montreuil sera donc bien desservi par les transports. Pour nous l’enjeu est de relancer d’autres batailles de longue date : le passage de la ligne 1 dans le secteur des Grands pêchers et surtout la prolongation de la ligne 9 qui permettrait de rattacher le bas et le haut Montreuil. Nous avons d’ailleurs créé, durant le précédent mandat, une association pour le prolongement de la ligne 9. Plusieurs villes, dont Paris et Bagnolet, ont soutenu cette revendication initiée par Montreuil. C’est une bataille politique à mener pour obtenir son inscription dans des objectifs. Nous allons évidemment être sur des délais plus lointains concernant ce sujet.

LPA : Est-il certain que le tramway ira jusqu’à Fontenay-sous-Bois ?

G.L.C. : Nous ne perdons pas de vue cet objectif. Nous avons obtenu à l’arrachée, il y a trois ans, le financement de la première tranche, de Noisy-le-Sec jusqu’à Montreuil. Certains étaient d’avis d’attendre que tout soit bouclé financièrement avant de lancer les travaux. Les mairies de Montreuil, Romainville et Fontenay-sous-Bois, ainsi que le conseil départemental de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne ont au contraire souhaité que les travaux commencent alors même que le financement pour la dernière tranche n’était pas bouclé. Cela faisait déjà 20 ans que ces travaux étaient attendus : il nous a semblé qu’il ne fallait pas passer notre tour une fois de plus. Les regards sont tournés aujourd’hui vers les Jeux Olympiques. Ces derniers n’auront pas lieu sur notre bassin. Si on ne prenait pas notre tour maintenant, on risquait de voir les crédits sauter et d’attendre à nouveau dix ans. Nous restons mobilisés pour que le tramway aille jusqu’à Val-de-Fontenay. Le prochain contrat de plan État-Région doit compléter le financement. Les deux tranches de travaux devraient se succéder sans qu’il y ait d’arrêt. Cela va se faire dans la continuité.

LPA : Qu’attendez-vous de ces nouvelles stations de transport ?

G.L.C. : Je n’ai aucune inquiétude concernant l’attractivité du haut de la ville de Montreuil dans les années qui viennent. Notre souci est davantage de préserver la mixité qui fait partie de notre ADN. Nous devons préserver les quartiers pavillonnaires qui sont le fruit de notre passé agricole et horticole, ainsi que les grands ensembles et les quartiers populaires. Ces défis sont devant nous aujourd’hui. Notre grand sujet de réflexion pour les six années qui viennent concerne ce qu’on appelle les « délaissés du tramway ». Dans le haut Montreuil, où la bretelle de l’autoroute A86 a été détruite, le territoire est en train d’être aménagé pour accueillir les voies du tramway. À terme, une avenue paysagère va longer les voies du tram. Cette restructuration libère plus de 4 hectares. Quelques petites parcelles de ce territoire appartiennent à la ville, à l’État ou au privé, mais pour l’essentiel, il appartient au département.

LPA : Que comptez-vous faire sur ce territoire ?

G.L.C. : L’objectif est de contrôler le développement du haut de la ville pour ne pas se retrouver avec une nouvelle balafre, un front d’immeubles qui coupe la ville en deux. Une mission d’étude concertée vient d’être lancée avec l’établissement public territorial Est Ensemble. Nous allons d’abord étudier l’aménagement du territoire sous l’angle écologique. Nous souhaitons le faire en collaboration avec les habitants. Nous n’envisageons pas de nous lancer sur de tels projets sans eux. Nous avons obtenu qu’une part du budget soit dévolue à la participation citoyenne. Lors du mandat précédent, pour la révision du PLU, nous avions fait une soixantaine de réunions dans les quartiers. Nous comptons faire de même pour penser l’aménagement de ce nouveau territoire. Il faut une appropriation citoyenne de ce quartier qui est un nouveau cœur de ville.

LPA : Le haut de la ville, aujourd’hui enclavé, pourrait devenir son cœur ?

G.L.C. : Beaucoup d’activités seront concentrées dans cette zone desservie par le tramway. On y trouvera un pôle universitaire avec le lycée horticole, l’IUT, et le lycée qui pourrait y être délocalisé. Une médiathèque et une salle de spectacle y seront implantées. Ce territoire doit en revanche rester aéré. Nous ne voulons pas reproduire les erreurs faites dans le bas de Montreuil, trop dense, manquant d’espaces verts. Aujourd’hui, le réchauffement climatique et la crise sanitaire nous montrent la nécessité d’une dimension écologique dans l’aménagement du territoire. Le PLU interdit les constructions de plus de deux étages sur plusieurs secteurs. Nous sommes aujourd’hui en capacité d’inviter des acteurs économiques à s’implanter sur le secteur des délaissés du tramway, comme sur le secteur de la rue de Rosny. J’encourage notamment les galeristes à s’installer dans le haut Montreuil, je leur dis que s’ils veulent être précurseurs, c’est là qu’il faut être ! Je fais le pari que le secteur du haut Montreuil va retrouver une activité économique et les commerces reprendre en qualité.

LPA : Que va devenir le quartier des Murs à pêches situé dans le haut Montreuil ?

G.L.C. : Ce territoire d’anciens vergers compte 34 hectares. En 2003, 8 hectares avaient été classés par Dominique Voynet. Dans le PLU intercommunal adopté en 2018, nous sommes passés à 28 hectares protégés. Nous en avons simplement exclu les secteurs déjà bâtis que nous voudrions d’ailleurs récupérer pour en enlever les activités polluantes. Pendant des années, faute d’ambition publique et politique, la gestion de ce territoire a été déléguée aux associations qui en ont revalorisé quelques parcelles. La puissance publique s’est désengagée. Pour réhabiliter certaines parcelles, comme la rue Gobetue, dont on a aujourd’hui une vision bucolique, il a fallu évacuer 50 tonnes de déchets sur un sol qui est pourtant propriété de la ville !

LPA : Craignez-vous une gentrification, à l’instar de ce qui s’est produit dans le bas de la ville ?

G.L.C. : Nous prenons le risque que des habitants estiment que la transformation qui va s’opérer sur le haut de la ville dénature le Montreuil qu’ils connaissaient et qu’ils aiment. Il va falloir tenir les deux bouts. Nous devons être vigilants pour que les vieux quartiers, les grands ensembles et les quartiers pavillonnaires, gardent leur âme.

LPA : Quels sont pour cela les leviers dont vous disposez ?

G.L.C. : Le PLU permet de contraindre et limiter la spéculation. Tout le secteur du haut Montreuil est dans la zone d’intervention de l’établissement public foncier d’Île-de-France à qui nous avons délégué le droit de préemption. Nous avons avec eux une convention d’intervention que nous utilisons quand nous pressentons qu’il va y avoir du remembrement car un grand nombre de pavillons sont rachetés dans un même secteur. Nous assumons d’être interventionnistes, car si nous laissons faire la logique de spéculation immobilière, nous ne tenons plus rien. Nous avons également mis en place une charte promoteur avec des prix plafonnés, pour permettre à des personnes en location ou habitant un logement social d’accéder à la propriété. Dans le bas Montreuil va être créé un ensemble de 2 000 m2 avec de grands espaces verts et des logements, dont le prix sera de 5 400 euros le m2, au lieu de 8 000 € dans le même secteur. Nous allons également mettre en place un organisme foncier solidaire. Nous sommes en train d’identifier plusieurs sites où il pourrait être utilisé.

LPA : Vous avez, à la mairie, le titre de premier adjoint à la ville résiliente. Qu’est-ce que cela signifie ?

G.L.C. : Cela met en exergue l’ambition du maire de Montreuil, Patrice Bessac, de penser la ville autrement. Si on se contente de valoriser des terrains, comme cela s’est vu jusqu’ici, la ville de demain sera celle que nous avons connue et qui nous amené à une catastrophe écologique, sanitaire et sociale. L’équipe municipale pense que la construction de la ville doit se faire en anticipation des phénomènes sociaux économiques qui sont en train de venir. Le maire me demande de travailler de manière transversale car cette ambition de changement concerne toutes les politiques publiques de la ville. Nous venons de faire de nouvelles pistes cyclables, nous avons rendu piéton le grand carrefour de la Croix-de-Chavaux, en bas de la ville, sur lequel nous avons installé une aire de jeux pour les enfants. Cela crée de la crispation, mais nous assumons cette ambition. Nous essayons d’agir contre les effets de la pollution et allons travailler à une charte « Montreuil ville respirable », un peu comme l’a fait Anne Hidalgo à Paris. Paris a pris de l’avance sur ces sujets. Si nous ne suivons pas la dynamique qui y est amorcée, nos villes vont devenir des zones de contournement et de pollution. Paris a l’idée de devenir une ville sans voiture, ce qui impliquerait de construire de grands parkings à ses portes. Nous ne sommes pas du tout candidats pour cela, d’où la nécessité d’anticiper.

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Référence : LPA 28 Août. 2020, n° 155t3, p.3

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