« Le PGE est un canadair pour éteindre l’incendie de la crise. Mais il y a d’autres solutions »

Publié le 07/09/2020 - mis à jour le 10/09/2020 à 15H06

Plus de 118 000 entreprises ont eu recours au prêt garanti par l’État en Île-de-France, pour un montant de 43 Md€. Depuis la crise, ce dispositif est au cœur de l’activité des banques. Celles-ci accompagnent également les entreprises pour trouver d’autres solutions. Le tout dans un contexte d’une reprise rapide sous forme d’une « racine carrée avec l’aile légèrement orientée vers le haut ». C’est l’avis de Jean-Paul Barbet, président du comité des banques à la Fédération bancaire française d’Île-de-France.

Actu-juridique : Quel bilan dressez-vous de la crise sanitaire et économique dans le secteur bancaire en Île-de-France ?

Jean-Paul Barbet : Tout le secteur bancaire a joué le jeu. Avant le 25 mars, on ne savait pas ce qu’était un prêt garanti par l’État (PGE) ! Dès le lendemain, nous étions au cœur de l’incendie économique provoqué par le Covid-19 et le confinement. Je compare cela à un incendie car le PGE, c’est le canadair, la lance qui déverse des milliers de litres sur l’incendie pour l’arrêter. Je pense que la réponse a été à la hauteur. Les acteurs bancaires ont dû rapidement s’adapter au fonctionnement du PGE. On a démarré sans avoir toutes les précisions du gouvernement. Elles sont arrivées progressivement. Il y avait un cadre par rapport au PGE, ce n’était pas un droit. Les pouvoirs publics ont fait appel au réseau bancaire pour bénéficier de notre expertise et de notre regard accompagnant. Beaucoup d’entreprises sont venues nous voir, mais elles n’avaient pas besoin de PGE. On a donc eu un rôle de conseil, de calibrage. Puis pour accompagner les entreprises, nous avons aussi procédé à des reports d’échéance de crédit.

AJ : Quels sont les critères d’attribution d’un prêt garanti par l’État ?

J.-P.B : On ne doit pas faire plus de 25 % du chiffre d’affaires de l’entreprise, excepté depuis le 5 août pour le PGE saison, destiné au secteur du tourisme. Dans ce cas, on prend les trois meilleurs mois de l’année. On a beaucoup travaillé avec l’Ordre des experts-comptables, qui nous aidait à chiffrer les besoins en trésorerie des entreprises. Le PGE est un apport massif de trésorerie immédiat qui se rembourse à partir du douzième mois. Entre 0 et 25 % du chiffre d’affaires, il faut estimer le besoin réel de l’entreprise. On fait cela en faisant un plan de trésorerie. Une entreprise peut toujours atteindre le plafond de 25 % d’ici au 31 décembre 2020. Puis, il ne faut pas que le PGE obère la capacité d’endettement d’une entreprise. Ça ne sert à rien de prendre un montant important sur 12 mois. Il vaut mieux le réduire et le transformer en crédit amortissable, pour garder dans ses ratios financiers, une capacité d’endettement pour les investissements futurs. Et il y a d’autres solutions comme travailler le bas de bilan pour faire de la trésorerie immédiate. On peut aussi refinancer des actifs autofinancés récemment. J’encourage aussi les dirigeants à travailler sur la vision stratégique de leur entreprise : renforcer son capital, faire appel à des actionnaires, à un fonds d’investissement ou se couper d’activité non stratégique. Plusieurs réflexions stratégiques à mener sur son activité, ses capitaux et son bilan.

AJ : Combien de PGE les banques franciliennes ont-elles attribués ?

J.-P.B : On a traité entre avril et juin 2020, plus d’une année de traitement de crédits. D’ailleurs, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a reconnu que nous avions joué notre rôle et que le secteur financier avait tenu. Au niveau des chiffres, au moment où l’on se parle (NDLR : entretien réalisé le 4 septembre 2020), en Île-de-France, 118 283 entreprises ont bénéficié d’un PGE pour un montant global de 43,6 Mds€. Pour Paris, 47 670 sociétés sont concernées pour un total de 15,7 Md€. Sur le PGE, le taux de refus des banques est de 2,7 % et il y a aussi très peu de médiations du crédit.

AJ : Quel regard portez-vous sur la reprise de l’activité économique ?

J.-P.B : On s’attendait à une reprise plus mole. On a été surpris par la rapidité et une certaine force de cette reprise immédiate, notamment de la consommation. On peut faire ce constat autant au niveau des entreprises que des particuliers. On se disait que les prêts immobiliers et les crédits à la consommation n’allaient pas reprendre tout de suite. Mais finalement, c’est très bien reparti. Je dirais que c’est une reprise en racine carrée avec son aile orientée vers le haut : on a plongé très vite, on est remonté plus vite qu’on l’imaginait. C’est un peu comme un « V » qui ne s’est pas prolongé jusqu’en haut, il s’est arrêté à un certain niveau et il progresse comme une racine carrée en pente orientée légèrement vers le haut. Puis, le gouvernement prévoit une récession de – 11 % en 2020, une croissance de 6 % en 2021.

AJ : Constatez-vous des situations de faillites ou de défaut de crédit ?

J.-P.B : À l’heure où on se parle, il y a des situations assez tendues. Mais rien de dramatique sur le plan des faillites. Je pense que le PGE a été la bonne réponse. Avec des apports massifs dès le mois d’avril. On a même vu certaines trésoreries se reconstituer. Les comptes sont devenus créditeurs dans beaucoup d’entreprises. Il y a 12 mois avant le début du remboursement. Donc il ne va rien se passer sur le plan de la trésorerie, jusqu’à avril 2021. Après il peut se passer des choses dans les entreprises où 25 % du chiffre d’affaires en apport ne suffisent pas et que la situation était déjà difficile avant la crise sanitaire. On verra les vraies conséquences du PGE en avril 2021.

AJ : La crise économique peut-elle se transformer en crise financière ?

J.-P.B : Il n’y a pas de sujet là-dessus. Tout le secteur bancaire est extrêmement solide, avec des fonds propres extrêmement robustes. Je ne vois pas comment cette crise économique pourrait se transformer en crise financière. Il faudrait qu’il y ait des éléments exogènes que je ne connais pas aujourd’hui. Dans l’état actuel, le secteur bancaire est tout à fait dimensionné pour résister.

AJ : Quel regard avez-vous sur la reprise économique à plus long terme dans la région Île-de-France ?

J.-P.B : On est dans l’une des régions de France la plus innovante, la plus forte au niveau entrepreneurial, au sens du volume des entreprises. Je suis assez confiant. Mais il y a un sujet concernant Paris sur les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration et plus globalement du tourisme. Ils sont extrêmement touchés par le manque de touristes étrangers. Tout le monde entier qui venait à Paris n’est plus là. En sortie de crise, en regardant les flux bancaires par rapport aux paiements par carte, en province, on est passé d’une situation basse à une situation quasiment normale. La reprise de la consommation a été forte à partir du déconfinement. On la voyait proche de 90 à 95 % dans certains endroits autour de Paris et en province. Dans Paris, on montait, péniblement, à 50 % et 70 % maximum des volumes de vente. Il manquait les 30 à 50 % des touristes dans certains commerces.

 

Propos recueillis par Nicolas Dendri

À lire également

Plan