Après le sauvetage des entreprises avec les PGE, place à la relance avec le prêt participatif

Publié le 01/04/2021 - mis à jour le 07/04/2021 à 16H49

Au début de la crise sanitaire, en mars 2020, le gouvernement annonçait le lancement du prêt garanti par l’État (PGE). Une enveloppe globale de 300 Mds€. Objectif : permettre aux entreprises fragilisées de faire face aux conséquences de la crise sanitaire, en obtenant un prêt de leur banque, garanti par les pouvoirs publics. En Île-de-France, plus de 139 000 entreprises ont bénéficié du PGE pour un montant de 49 Mds€. Face à la perspective de la relance économique, le prêt participatif va être lancé mi-avril à destination des PME et ETI pour les accompagner dans des projets d’investissement. Un dispositif ciblé pour certaines sociétés, en bonne santé financière. Les détails avec Jean-Paul Barbet, président de la Fédération bancaire française (FBF) d’Île-de-France.  

Actu-Juridique : Un an après son lancement, quel bilan faites-vous du prêt garanti par l’État, dispositif lancé par le gouvernement face à la crise sanitaire ?

Jean-Paul Barbet : Si nous nous replaçons un an en arrière, c’est un dispositif qui a vu le jour fin mars 2020 de façon très rapide. Il a été mis en œuvre par les banques. Pendant quelques semaines, nous avons commencé à attribuer des prêts garantis par l’État, tout en apprenant en marchant car il y avait encore quelques réglages à faire. Je trouve ce dispositif excellent. Il est tellement extraordinaire qu’un an après, nous constatons très peu de sinistres d’entreprise.

« En 2020, il y a eu beaucoup moins de défaillance d’entreprises qu’une année normale, ce qui est atypique dans le contexte »

Les mesures prises ont été assez fortes et assez rapides immédiatement. Nous pouvons être collectivement très fiers. Avec l’action soutenue de toutes les banques sous l’impulsion de l’État, les PGE ont permis de mettre les entreprises dans une relative sécurité financière de trésorerie, pour traverser cette première année de crise. Lors de la mise en force des PGE nous n’imaginions pas encore que cette crise puisse durer aussi longtemps. Pour résumer le PGE est très puissant, très efficace et permet aux entreprises d’être actuellement à flot au sens de leur trésorerie. D’ailleurs, en 2020, il y a eu beaucoup moins de défaillance d’entreprises qu’une année normale, ce qui est atypique dans le contexte.

AJ : Avec le recul d’une année, comment les entreprises ont-elles utilisé leur PGE en Île-de-France ?

J.-P. B. : D’abord, les PGE ont été utilisés par tout type d’entreprise, dans tous les secteurs. Les activités les plus impactées par la crise les ont utilisés immédiatement comme les cafés, l’hôtellerie et la restauration ou l’événementiel. Il y a aussi le tourisme qui souffre beaucoup en Île-de-France. Pour ces secteurs impactés, les sociétés ont sollicité des prêts garantis par l’État pour assurer leur pérennité financière. Dans d’autres activités, des PGE ont été sollicités par précaution, en mode sécuritaire, au moins partiellement. La première demande de PGE a été assez bien calibrée. La deuxième demande a été beaucoup moins forte et quantitativement moins élevée. Le PGE a été utilisé avec beaucoup d’intelligence. Certains prêts se sont retrouvés dans les trésoreries des entreprises, en attendant de voir ce qui pouvait se passer. Pour certaines, c’était indispensable car il n’y avait pas ou très peu de chiffre d’affaires et le PGE a permis d’absorber les coûts fixes de ces sociétés. Aujourd’hui, un an après, il y a toujours besoin de ce dispositif. Le PGE peut encore être octroyé jusqu’au 30 juin 2021.

AJ : Aujourd’hui les entreprises ont le choix. Elles peuvent choisir de commencer à rembourser leur PGE ou repousser encore d’un an le début du remboursement. À ce propos, quel constat font les banques franciliennes ?

J.-P. B. : De ce que j’observe des premiers retours, il y a environ 5 % des entreprises qui demandent soit le remboursement total, soit le remboursement partiel du PGE. Ensuite, environ 30 % des sociétés demandent un amortissement de leur PGE sur 1 à 5 ans. Enfin, 65 % ont fait le choix du différé partiel supplémentaire de 12 mois puis la mise en amortissement sur 1 à 4 ans. Majoritairement, les entreprises choisissent une durée longue. Concernant le taux d’intérêt, il est variable en fonction des banques mais aussi en fonction de la taille de la société. Par exemple, à la Société Générale pour le remboursement sans le différé partiel supplémentaire de 12 mois, si vous êtes un professionnel ou une PME, le taux d’intérêt annuel hors garantie de l’État va de 0,25 % à un an à 0,58 % à 5 ans, auquel il faut rajouter le coût de la garantie de l’État, qui va de 0,50 % à un 1 jusqu’à 1 % à 5 ans. Si vous êtes une ETI, le taux d’intérêt annuel hors garantie de l’État va de 0,10 % à 1 an à 0,30 % à 5 ans, auquel il faut rajouter la garantie de l’État, qui va de 1 % à 1 an jusqu’à 2 % à 5 ans.

AJ : Le prêt participatif a été créé par le gouvernement pour faire face au niveau d’endettement élevé des entreprises. Quel est ce niveau d’endettement ?

J.-P. B. : Le taux d’endettement des entreprises (hors CAC 40) progresse ces dernières années et dépasse désormais légèrement les 80 % des fonds propres. Durant la crise sanitaire, les capitaux propres des entreprises ont pu être affectés. Suite aux conséquences économiques de cette situation, il y a beaucoup de PME et d’ETI en Île-de-France qui sont dans une situation financière affaiblie et doivent renforcer leurs fonds propres. Il y a aussi le souhait du gouvernement de réorienter l’épargne des ménages vers les entreprises. L’essence du prêt participation est dans ce contexte-là.

AJ : Qu’est-ce que le prêt participatif ?

J.-P. B. : Le prêt participatif est un prêt sur 8 ans, avec une franchise de 4 ans. Il a pour objet de renforcer les fonds propres des entreprises afin de les accompagner dans leur capacité de développement et d’investissement dans le cadre de la relance économique. À la différence du PGE, le prêt participatif s’adresse aux entreprises qui vont avoir une cotation Banque de France plutôt bonne c’est-à-dire un minimum de 5+.

« Le PGE était l’extincteur ou le canadair de la trésorerie pour éviter que les sociétés plongent. Le prêt participatif est destiné à la relance »

Il n’est pas fait pour combler des trous de trésorerie mais plutôt pour pousser des programmes d’investissement et de développement pour des entreprises saines. Le PGE était l’extincteur ou le canadair de la trésorerie pour éviter que les sociétés plongent. Le prêt participatif est destiné à la relance. On peut se servir du prêt participatif en complément aussi d’un programme d’investissement pour renforcer le fond de roulement. Mais pas pour restructurer la dette et surtout pas pour assurer le paiement des créances existantes à la date de l’octroi. Les ressources allouées par le prêt participatif doivent être utilisées pour un plan d’investissement, présenté aux banques par les entreprises.

AJ : Quels sont les types de société qui vont pouvoir bénéficier du prêt participatif ?

J.-P. B. : Ce dispositif est destiné aux entreprises fragilisées par la crise mais qui ont de bonnes perspectives et qui ne peuvent pas avoir accès au marché. Le prêt participatif doit leur permettre de renforcer leurs fonds propres, sans aller directement sur le marché. Cette mesure concerne aussi les sociétés qui ne souhaitent pas avoir d’intervention dans leur gouvernance. Ce prêt ne demande pas de garantie particulière. Il sera traité dans les ratios de structure comme les autres fonds propres. Dans le bilan, ce n’est donc pas assimilable à une dette. Dans le calcul des ratios, cela bonifie l’entreprise au lieu de la pénaliser. On peut préciser aussi qu’il y a quand même des contraintes de chiffre d’affaires. Les montants prêtés sont plafonnés à 12,5% du chiffre d’affaires de 2019 pour les PME et 8,4 % pour les ETI.

AJ : Quel rôle vont jouer les banques concernant le prêt participatif ?

J.-P. B. : Nos conseillers d’affaires sont en grande proximité avec les entreprises. Nous allons travailler comme pour le PGE. Il y aura de l’échange, de l’écoute puis du conseil. Les sociétés, qui vont venir demander le prêt participatif relance, vont le faire volontairement et avec envie. Notre rôle sera de comprendre leur besoin pour bien les orienter. Nous serons aussi proactifs en allant vers les entreprises cibles afin de les épauler dans leur approche du prêt participatif relance.

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