« Elles ensemble », nouveau programme pour les entrepreneuses de la Seine-Saint-Denis

Publié le 14/10/2019

En région parisienne comme ailleurs, les femmes chefs d’entreprise sont moins nombreuses que les hommes. Pour renforcer leur présence, l’incubateur d’entreprises Le comptoir, situé à Montreuil (93), lance en partenariat avec la collectivité Est ensemble, le programme « Elles ensemble », destiné à accompagner les entrepreneuses de la région ayant plus de 3 ans d’activité. Les candidates sélectionnées se verront proposer une formation gratuite de cinq mois. Emmanuel Chauvin, directeur du Comptoir, et Maitena Echeverria, chargée de mission, nous en présente les grandes lignes.

Les Petites Affiches

Pouvez-vous nous présenter le programme « Elles ensemble » ?

Maitena Echeverria 

Il s’agit d’un nouveau programme d’accompagnement gratuit, à destination des femmes entrepreneuses qui sont issues du territoire d’Est ensemble, ou dont l’activité est amenée à se développer sur ce territoire. En plus de la promotion généraliste (le Comptoir est un incubateur du groupe SOS, spécialisé sur l’accompagnement dans le secteur de l’économie sociale et solidaire), nous accueillerons pour la première fois cette année une promotion uniquement composée de femmes qui vont suivre des formations pendant cinq mois, de novembre 2019 à mars 2020. Ce projet d’accompagnement vise des femmes qui ont développé leur activité depuis 3 à 5 ans. C’est une cible particulière. Nous l’avons choisie car c’est un public qui a moins d’accompagnement. Or c’est une période charnière dans le développement d’une activité. C’est le moment où l’on décide soit d’abandonner, soit au contraire de se consacrer pleinement à son projet. Cela implique généralement de changer d’échelle, de trouver de nouveaux financements… c’est un cap décisif.

LPA

En quoi consiste le programme ?

Maitena Echeverria 

Pour accompagner de manière spécifique les entrepreneuses, nous avons noué différents partenariats avec des partenaires spécialistes des questions de genre. Nous travaillerons ainsi avec Créatis, incubateur situé à Paris et spécialisé sur les métiers créatifs et les médias. Il va intervenir dans la création d’événements à destination des femmes entrepreneures et la détection de mentors. Nous nous appuierons aussi sur Empow’her, mouvement qui soutient l’entrepreneuriat féminin à travers des formations sur l’empowerment, avec une spécialisation sur la mise en réseau. Ce mouvement va participer sur le plan événementiel en organisant des « she talks », qui sont des rencontres entre femmes entrepreneures et personnalités inspirantes. Par ailleurs, nous allons travailler avec l’association Féminisme populaire, qui promeut le féminisme dans les quartiers prioritaires de la ville en soutenant le développement de l’entrepreneuriat, mais aussi par des actions de sensibilisation et de plaidoyer sur le féminisme. Cette association interviendra surtout dans la détection de mentors pour les entrepreneures. Le rôle du Comptoir est de coordonner tout cela. Nous assurerons la majorité des formations.

LPA

Comment est né ce projet ?

Emmanuel Chauvin 

Cela faisait un moment que l’on réfléchissait, au sein du Comptoir et du groupe SOS, à développer un contenu spécifique d’une part, pour les entrepreneurs en activité depuis plus de 3 ans, et d’autre part, un programme d’accompagnement pour les femmes. Il s’est trouvé que la collectivité Est ensemble a publié début 2019 un appel à projets sur ces sujets. Cela tombait à pic ! Nous avons été choisis pour piloter ce programme.

LPA

Sur quels critères se fait la sélection des candidates ?

Emmanuel Chauvin 

Nous allons sélectionner 10 lauréates, car nous ne pouvons malheureusement pas accompagner tous les projets. Nous allons faire notre choix en fonction du besoin d’accompagnement ­ – on reçoit parfois des candidatures de personnes qui sont déjà largement suffisamment développé avec une situation économique assise – mais nous allons surtout sélectionner les projets auxquels on croit le plus. On y croit lorsque l’entrepreneur a un projet économique qui correspond à une demande, qu’il y a un marché potentiel, et qu’on sent qu’il aura un potentiel pour le développer. La dimension sociale et solidaire pourra être un critère subsidiaire à compétences égales, mais pas plus.

LPA

Pourquoi les femmes ont-elles besoin d’un accompagnement spécifique ?

Maitena Echeverria 

Objectivement, les études montrent que les femmes subissent des barrières du fait de leur statut de femme. Des études récentes montrent que les femmes ont 30 % de chances en moins d’accéder au fonds d’investissements, qu’elles ont également des difficultés d’accès aux prêts et aux partenaires commerciaux. À cela s’ajoute de l’autocensure. L’entreprenariat nécessite de se mettre en avant, ce que l’on n’apprend pas aux femmes dans le monde du travail. D’où notre proposition de codéveloppement, nos partenariats avec des associations spécialisées sur les questions de genre et d’entrepreneuriat féminin pour avoir une véritable expertise.

Emmanuel Chauvin

Il y a en effet des discriminations inconscientes. C’est tout à fait étonnant mais très documenté. Un même projet présenté par un binôme de femmes et d’hommes a beaucoup moins de chances d’être soutenu. Les femmes ont plus de mal à adopter une posture entrepreneuriale, c’est un fait culturel. Pour pallier ce déficit, une offre spécifique est nécessaire. C’est important pour les femmes entrepreneures mais aussi pour l’ensemble de la société. Il semble que les hommes et les femmes appréhendent le monde de manière différente. L’entreprenariat féminin va être plus investi sur les activités à impact social et environnemental. Il serait absolument dommage de se priver de cette pluralité. Elle crée la force et la résilience de nos écosystèmes économiques.

LPA

En quoi consiste la formation que vous allez proposer ?

Maitena Echeverria 

Il y aura des ateliers collectifs répartis sur les 5 mois, sur des thèmes tels que la stratégie entrepreunariale, le démarchage commercial, la communication. Il y aura des rencontres et des événements. Nous misons aussi sur le co-développement et le mentorat. L’idée est de favoriser l’échange entre les entrepreneures, qui vont se retrouver pour faire des retours d’expérience, échanger sur leurs pratiques, ouvrir leurs carnets d’adresses respectifs. Comme pour les entrepreneurs de notre promotion générale, il y aura un suivi individuel assuré par un expert de l’entrepreneuriat. Tout cela vise à briser l’isolement que vivent les entrepreneurs. Elle existe au début, mais aussi quand ils sont plus confirmés…

Emmanuel Chauvin 

Il y a des choses communes au programme généraliste du Comptoir : le coaching individuel, la participation à certains ateliers. Mais en plus, les ateliers de posture entrepreneuriale, les événements avec les partenaires sur l’entrepreneuriat féminin et les ateliers de co-dévloppement où les femmes se réuniront exclusivement entre elles pour parler de leur expérience.

LPA

Qui sont ces mentors qui vont assurer le coaching des lauréates ?

Emmanuel Chauvin

Comme pour la promotion généraliste, on va sélectionner des mentors en fonction des besoins d’accompagnement que l’on va identifier. Cela pourra être des hommes aussi bien que des femmes. C’est un programme pour un public féminin mais les hommes peuvent tout à fait faire partie de l’encadrement. Sur des problématiques comme le développement marketing ou la recherche de financement, ils ont autant leur place que les coachs femmes.

Maitena Echeverria

Cependant, si une femme nous dit qu’elle a besoin d’aide sur sa posture de femme entrepreneuse, on va chercher une femme mentor.

 

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Référence : LPA 14 Oct. 2019, n° 148u9, p.4

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