La Seine-Saint-Denis, territoire du numérique

Publié le 17/06/2016

Lancé en janvier dernier, le conseil départemental du numérique a pour objectif d’être force de propositions et d’initiatives pour la Seine-Saint-Denis (93). Sa présidente, Françoise Farag, a souhaité nous expliquer quel sera le rôle de ce conseil et pourquoi l’avenir de la jeunesse passera par le numérique.

Le numérique est devenu un élément omniprésent et incontournable de notre société, que ce soit en termes d’éducation, d’entrepreneuriat ou de cohésion sociale. Conscient de ces enjeux, Stéphane Troussel, président de la Seine-Saint-Denis, lançait le 18 janvier dernier son conseil départemental du numérique dans les locaux de l’école Simplon.co. Une instance de 28 personnes (14 hommes et 14 femmes) qui devra identifier les besoins dans le domaine du numérique, accompagner les start-up locales ou encore aider le financement de projets de jeunes étudiants. « En Seine-Saint-Denis, nous avons tous les éléments pour devenir leader dans le monde numérique. Ce que de nombreuses grandes entreprises ont déjà compris », expliquait Stéphane Troussel à cette occasion. C’est Françoise Farag qui a été choisie pour prendre la présidence de ce nouvel organisme. À la tête de Salvia Développement, une entreprise d’édition de logiciels de gestion pour les professionnels basée à Aubervilliers, elle a souhaité que le conseil départemental du numérique puisse montrer très rapidement des résultats tangibles. Après plusieurs mois d’existence de ce nouvel organisme, Françoise Farag nous a donc accueillis pour nous expliquer les objectifs du conseil et comment ses activités peuvent bénéficier aux habitants du territoire.

LPA – Le conseil départemental du numérique a été créé en début d’année, quels sont ses objectifs ?

Françoise Farag – Ils sont doubles. D’une part, il y avait cette idée d’avoir une vision numérique, une sorte d’organe de consultation sur la stratégie numérique du territoire. Mais aussi, et c’était une des volontés du président de la Seine-Saint-Denis, nous voulions utiliser le numérique comme un outil d’inclusion de toutes les populations. Concrètement ça signifie que toutes les sphères sont représentées dans le conseil départemental : des personnalités du département, des gens de l’Éducation nationale, des entreprises privées et des représentants de la population. Il est important que nous puissions réfléchir ensemble et proposer des actions qui soient utiles aux habitants de la Seine-Saint-Denis. Nous lançons d’ailleurs notre première initiative prochainement : « 60 jours pour découvrir le numérique ». Mais je ne peux pas vous en dire plus pour l’instant, elle sera annoncée officiellement courant juin à l’occasion de Futur-en-Seine. Cependant, en parallèle de l’inauguration du conseil, nous avons présenté le projet d’Open Data pour le territoire. C’est-à-dire mettre à disposition des informations et faire en sorte que ce qui est mis en ligne soit exploité.

LPA – Quels sont les avantages de l’Open Data pour notre société ?

F. F. – L’Open Data, c’est l’ouverture de la donnée publique aux citoyens. Ça signifie que l’on peut exploiter les « datas » mises en ligne pour, par exemple, faire des applications en utilisant ces données, disposer d’informations gratuites qui peuvent être utiles pour réaliser des études, mais aussi les utiliser dans le cadre des enseignements ou de la recherche… L’Open Data permet de faire tomber les barrières entre le monde public, le privé, la population et l’éducation : le partage de l’information peut être utile à tout le monde. La prochaine étape c’est d’arriver à rendre cette démarche collaborative. L’information doit être exploitée certes, mais aussi enrichie par tout un chacun. Bien sûr, certaines institutions rechignent encore à ces nouvelles philosophies, mais l’Histoire est en marche et il y a une vraie tendance de fond au collaboratif et au partage de l’information. Les jeunes qui arrivent sont nés avec des smartphones ou tablettes à la main, et ils ne comprennent juste pas qu’on ne puisse pas bénéficier librement de l’information.

LPA – Les enjeux autour du numérique sont-ils plus importants en Seine-Saint-Denis qu’ailleurs ?

F. F. – Définitivement ! La Seine-Saint-Denis est le département le plus jeune de France. Mais, paradoxalement, c’est aussi celui où l’on a le plus de problèmes avec les jeunes, que ce soit en termes de décrochage scolaire ou de difficulté des jeunes diplômés à trouver leur place dans la société. Le numérique est certainement la clé dans ces problématiques et c’est pour ça que l’on veut tout faire pour qu’il devienne un outil d’inclusion. L’objectif pour les plus jeunes est vraiment de les faire passer de consommateur du numérique à acteur du numérique, ce qui peut être fait dès le collège. Il est nécessaire de montrer à nos jeunes les opportunités qui existent pour eux dans ce domaine, des opportunités qui ne se limitent évidemment pas qu’aux entreprises d’informatique. La révolution numérique est en cours et on la retrouve partout, il n’est donc pas envisageable que les jeunes en soient exclus. C’est d’ailleurs aussi un des objectifs du conseil départemental du numérique, que tout le monde puisse profiter du numérique et pas uniquement quelques privilégiés.

LPA – Est-ce que le numérique peut se matérialiser en termes d’emplois pour les habitants du département ?

F. F. – Nous l’espérons, mais en regardant de plus près c’est déjà un peu le cas. Si vous regardez dans ma société, c’est ce qu’on a fait en s’installant de manière volontaire en Seine-Saint-Denis. Je ne m’en cache pas, nous faisons de la discrimination positive et entre deux candidatures je privilégierais d’abord une candidature locale. D’autant plus si elle permet aux collaborateurs d’avoir une meilleure qualité de vie. Mais pour avoir demain de meilleurs résultats en termes d’emploi, de nombreuses initiatives sont en cours. Je pense notamment aux entités qui ont reçu le label « Grandes Écoles du Numérique » comme Simplon ou Ici Montreuil qui forment au numérique des personnes, qu’elles soient diplômées ou pas. Je crois beaucoup au chaînage d’initiatives, Salvia développement par exemple mène depuis deux ans le « Numérique Égalité Tour » avec le conseil départemental. L’objectif est de recevoir une ou plusieurs classes de 3e et de leur faire découvrir des métiers du numérique qu’ils ne connaissent pas forcément. Le travail il y en a, la vraie priorité c’est de former les gens pour qu’ils puissent occuper ces emplois. Aujourd’hui, lorsqu’on demande aux jeunes collégiens de choisir une orientation à la fin de leur 3e, s’ils n’ont pas des parents pour les aiguiller ils ont tout de même beaucoup de mal à s’y retrouver. C’est le rôle du conseil départemental d’éveiller les jeunes au numérique et de mettre à leur disposition les infrastructures qui existent sur le territoire. De cette façon, la prochaine génération aura la possibilité de s’orienter directement vers les études qui permettent de décrocher ces emplois du numérique.

LPA – Le 12 mai dernier étaient organisées les rencontres « Open Data et territoires, partager ses données publiques pour créer de la valeur », pouvez-vous nous expliquer l’objectif de ces rencontres ?

F. F. – L’événement était organisé par le GIP Maximilien, qui est un groupement d’intérêt public fédérant certaines collectivités d’Ile-de-France autour des enjeux de la commande publique. Le 12 mai dernier était donc une journée de rencontres entre les acteurs économiques de l’entreprise, et de l’autre côté les collectivités membres du GIP Maximilien. Au titre de présidente du conseil départemental du numérique, j’ai participé à la table ronde sur la thématique des prochaines lois qui augmenteront la transparence dans les marchés publics, et donc des enjeux qui en découlent. Un des points clés est l’obligation pour les acteurs publics de révéler publiquement la société qui a été retenue dans les appels d’offres, en explicitant à quel prix et avec quels critères de choix. C’est une révolution, puisque jusqu’à présent si vous n’étiez pas retenu vous receviez un courrier qui donnait peu d’explications sur les raisons du refus. Ici encore, c’était intéressant de décloisonner public et privé pour provoquer un échange enrichissant sur ces thèmes. La conclusion est que nous étions tous d’accord pour dire que les choses vont dans le bon sens, mais qu’il est important qu’il ne s’agisse pas uniquement d’une déclaration d’intention. Ces idées doivent se concrétiser par des lois qui seront votées, d’où la volonté de s’inscrire dans une dynamique de réalisation. Bien évidemment, cette transparence sera un facteur de moralisation des marchés publics, et rendra plus difficiles certains « arrangements » que l’on observait auparavant. Cela permettra à des PME d’avoir moins d’hésitations avant de se lancer sur des marchés publics.

LPA – Il y a beaucoup de start-up du numérique en Seine-Saint-Denis, comment expliquez-vous ce dynamisme ?

F. F. – On trouve d’abord des raisons économiques. Le territoire est très actif en matière de soutien des entreprises, en termes d’accompagnement, mais aussi en essayant de créer du lien entre les entreprises du département. Le conseil département du numérique pousse à renforcer cet écosystème pour que les gens se connaissent, puissent se donner des coups de main et éventuellement décident de faire du business ensemble. Ensuite, les loyers sont beaucoup plus intéressants que ceux que l’on retrouve à Paris, et le foncier permet d’installer des sites uniques, c’est ce qu’a fait Veolia en rassemblant tous ses salariés d’Ile-de-France ici. Donc lorsqu’on est une start-up et qu’on est dans le domaine du numérique, la Seine-Saint-Denis est un très bon territoire avec un écosystème intéressant. La région Ile-de-France concentre une grosse partie de l’activité numérique du territoire national, et notre département offre à la fois les cerveaux et les conditions économiques.

LPA – L’avenir de la jeunesse passe-t-il par le numérique ?

F. F. – La réponse est oui, évidemment. Et c’est un virage que la France ne peut pas se permettre de rater.

Notre pays a beaucoup d’avantages, les entrepreneurs le disent : c’est un pays génial pour démarrer une activité. Il y a des aides, des infrastructures, des gens bien formés. Nous formons parmi les meilleurs mathématiciens et ingénieurs de la planète. Le fait qu’on se les arrache dans le monde entier est bien un signe d’une excellence française en matière d’éducation.

L’un des enjeux pour la Seine-Saint-Denis est donc que les jeunes puissent voir le numérique comme un outil qui permette d’avancer, de produire des choses, et de créer de la valeur ajoutée pour son propre parcours

Cependant, ce qui est fondamental aujourd’hui, c’est qu’on ouvre les portes du numérique à la population adolescente actuelle. Pas juste en tant qu’utilisateur, mais en tant qu’acteur à part entière. Certains le font tout seuls grâce aux MOOC, mais il existe une frange de la population qui n’est pas forcément agile avec le numérique et qui se sent profondément exclue. Les conséquences de la non-maîtrise des outils numériques peuvent être dramatiques. L’un des enjeux pour la Seine-Saint-Denis est donc que les jeunes puissent voir le numérique comme un outil qui permette d’avancer, de produire des choses, et de créer de la valeur ajoutée pour son propre parcours.

À lire également

Référence : LPA 17 Juin. 2016, n° 117n9, p.4

Plan