Seine-et-Marne (77)  Seine-Saint-Denis (93)

Île-de-France : les travailleurs « essentiels » vivent surtout en grande couronne

Publié le 02/03/2021 - mis à jour le 03/03/2021 à 9H56

D’après une analyse de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) d’Île-de-France, les « travailleurs-clés » de la région logent essentiellement en grande couronne, éloignés de l’activité économique.

Photographie d'une plaque de l'INSEE
OceanProd / AdobeStock

Sans eux, rien ne serait possible depuis 1 an. Soigner des patients, accompagner les plus fragiles, remplir les rayons des supermarchés, assurer la maintenance des transports en commun ou notre sécurité. Eux, ce sont, les travailleurs-clés. Indispensables en temps de pandémie, ils représentent une liste de 35 métiers essentiels au quotidien des Français et des Franciliens, établie par l’Observatoire régional de la santé (ORS) d’Île-de-France. Passés de l’ombre à la lumière à la faveur de la crise sanitaire, les agents hospitaliers, dentistes, éboueurs, boulangers, bouchers, caissiers, forces de l’ordre et facteurs, sont inégalement répartis sur la région Île-de-France, d’après des données publiées par l’INSEE Île-de-France.

Davantage en périphérie qu’en plein Paris ou même qu’à ses portes, la localisation des lieux de vie des 765 000 travailleurs-clés de la région reflète, à elle seule, les inégalités, déjà connues, de la région capitale. Avec des salaires peu valorisés, il est (presque) impossible pour ces actifs de se loger dans le cœur urbain et social de la capitale. Ainsi, c’est en Seine-Saint-Denis (93), département le plus pauvre de la région, que la part des travailleurs-clés, par rapport à l’ensemble des actifs résidents dans le département, est la plus importante : 18 %. Dans certaines intercommunalités de Seine-et-Marne (77) et de l’Essonne (91), loin de Paris donc et où le coût du logement est moindre, les travailleurs-clés représentent plus de 20 % des actifs du territoire. A contrario, dans 15 arrondissements parisiens, cette même part ne dépasse pas la barre des 10 %. Au total, 107 000 personnes travailleuses-clés vivent dans la capitale, soit 6 000 de moins qu’en Seine-Saint-Denis, pour une population bien plus importante (2,2 millions à Paris contre 1,6 million en Seine-Saint-Denis).

Différence est/ouest

Plus globalement, les données de l’INSEE révèlent une réelle coupure entre l’est et l’ouest de la région. Les départements les plus riches – Paris, Hauts-de-Seine (92) et Yvelines (78) –, abritent ainsi une part plus importante de médecins hospitaliers, qui disposent souvent de revenus élevés, et des professionnels de santé (médecins, sages-femmes, dentistes, masseurs-kinésithérapeutes, etc.). Les autres acteurs nécessaires à la vie hospitalière (infirmiers, aides-soignants et agents) – moins rémunérés – vivent davantage à l’est ou au sud de la Seine-et-Marne, à la frontière de l’Île-de-France avec l’Yonne, la Marne ou l’Aube. Ainsi, dans l’intercommunalité du Gâtinais-Val de Loing, à presque 100 kilomètres en voiture de Paris, les personnels hospitaliers représentent 7 % des actifs du territoire, d’après l’INSEE, alors qu’aucun établissement hospitalier n’y est recensé. De la même manière, les agents de propreté sont quant à eux surreprésentés au nord de Paris et en Seine-Saint-Denis, où ils composent près de 3 % du collège des actifs sur certains territoires, contre 0,1 % dans le Ve arrondissement de Paris. Même constat pour les forces de l’ordre qui habitent essentiellement dans le Val-d’Oise (95) et en Seine-et-Marne.

Essentiels et exposés

Souvent peu valorisés socialement, les travailleurs-clés sont aussi davantage soumis au risque sanitaire. L’impossibilité qui est la leur de télétravailler se conjugue avec une fréquentation plus importante, pour une partie d’entre eux, des transports en commun, précise l’INSEE. S’ils sont ainsi, en moyenne, 37 % à se rendre sur leur lieu d’activité professionnelle grâce aux transports contre 44 % des actifs franciliens, cette part augmente considérablement pour certains publics. Les aides à domicile, par exemple, utilisent pour plus de la moitié d’entre eux (54 %), les transports en commun quotidiennement. Chez les agents de propreté, cette fréquentation monte jusqu’à 63 %.

Se dresse ainsi le portrait des inégalités en Île-de-France, où les activités essentielles pour surmonter la pire crise sanitaire depuis un siècle sont réalisées par des personnes logeant, généralement, loin des centres d’activités pour des raisons économiques. Et ce tout en s’exposant davantage au risque sanitaire.

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Référence : LPA 02 Mar. 2021, n° 159t4, p.9

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