Carmontelle ou le temps de la douceur de vivre

Publié le 29/10/2020 - mis à jour le 30/10/2020 à 9H41

Domaine de Chantilly

Né dans un milieu modeste, Carmontelle, de son vrai nom Louis Carrogis, apparaît fort doué dans différentes disciplines artistiques. Peintre et dessinateur, il est également architecte paysagiste, auteur dramatique. Le musée Condé à Chantilly, qui possède une grande partie de son œuvre avec 484 portraits, propose de le redécouvrir.

Avant de se consacrer à l’art, Carmontelle étudie la géométrie et c’est durant la guerre de Sept ans qu’il commence à dessiner des soldats à la pierre noire et sanguine. Il va être aidé dans son ascension par son rôle de lecteur du duc d’Orléans dont, plus tard, il organise les fêtes. Introduit à la Cour, il côtoie les personnages importants, toute la bonne société de l’époque dont il exécute volontiers le portrait. Il n’en réalise pas moins de 600 au cours de sa vie, à l’aquarelle, gouache ou pastel avec la caractéristique de représenter le modèle le plus souvent de profil assis ou en pied.

Il crée une œuvre précieuse, raffinée, où les personnages sont parfois accompagnés de leur animal favori ou d’autres bêtes : chien, biche. Si Carmontelle manque de technique, il n’en demeure pas moins qu’il a créé une œuvre vivante dans laquelle il rend l’éclat des vêtements, révèle la richesse des tissus en de douces tonalités de bleu, rouge, leur fine décoration, de fleurs le plus souvent.

Saisis dans un intérieur : un homme à son bureau, des jeunes femmes en conversation dans un salon, Mozart enfant avec son père et sa sœur donnant un concert à Paris, ou dans des jardins ombragés décorés d’élégantes architectures, tout est ici harmonie et charme. Cette œuvre peut parfois paraître un peu mièvre mais toujours délicate dans la lumière qui peut être floue. Carmontelle évoque la vie insouciante, galante, souvent frivole du XVIIIe siècle dans les milieux de la Cour, où il réussit à se rendre indispensable auprès de ces personnages en exécutant leur portrait au crayon lavé d’aquarelle et gouache et dont il donne souvent une copie au modèle.

Mais cet artiste est aussi l’auteur de pièces en un acte qu’il dénomme « Proverbes », empruntant ses thèmes à la vie quotidienne, notamment sur la complexité de la vie conjugale. Il aura l’honneur de figurer aux côtés de Diderot sur une affiche de théâtre, il a d’ailleurs échangé avec le philosophe des réflexions sur la peinture, notamment religieuse.

Tout intéresse cet esprit ouvert attiré par la nature, les paysages sereins, les arbres en particulier, qu’il exécute dans la légèreté. C’est ainsi qu’il est amené à agencer le parc Monceau. Mais là où il se distingue réellement, c’est dans la création de ce qu’il nomme « Les Transparents ». Il s’agit de feuilles peintes assemblées les unes aux autres et fixées sur deux rouleaux de bois permettant de les dérouler devant une fenêtre qui les éclaire en transparence. Défilent, comme dans une lanterne magique, de fins paysages d’une grande délicatesse où figurent architectures et statues et qui sont peuplés de promeneurs. Paysages idylliques, le musée Condé conserve l’un d’eux de 12 mètres.

L’art de ce peintre attire par son élégance et le reflet qu’il donne d’une société aristocratique ou mondaine au temps où, pour elles, la vie était douce.

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Référence : LPA 29 Oct. 2020, n° 156q8, p.20

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