Joaquín Sorolla, maître de la lumière

Publié le 22/10/2020 - mis à jour le 23/10/2020 à 16H32

Bain à la plage.

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Un flot de lumière anime ces œuvres aérées : plages, pêcheurs, scènes quotidiennes, portraits le plus souvent réalistes de cet artiste créateur d’un art hérité de la tradition espagnole autant que de l’impressionnisme.

Joaquín Sorolla naît à Valence, en Espagne, en 1863, et manifeste très tôt un fort intérêt pour la peinture. Il commence ses études artistiques dans sa ville puis, en 1881, complète sa formation à Madrid. Doté d’une bourse en 1884, il peut effectuer un voyage à Rome, un moment privilégié, puis l’année suivante, il découvre l’impressionnisme à Paris. Mais c’est dans son pays qu’il réalise son œuvre importante, le plus souvent entre naturalisme et réalisme dans laquelle la lumière est le maître-mot.

Cette création est présentée à Aix-en-Provence, dans l’exposition réunissant près de 80 numéros et où l’on peut voir quelques dessins préparatoires accrochés près de peintures ainsi que des études. C’est l’occasion de découvrir un artiste coloriste, héritier de Vélazquez et de Goya qu’il admire, intéressé par l’impressionnisme et dont l’écriture personnelle fait de lui l’un des plus grands artistes espagnols du XXe siècle.

Quelques portraits en sobres tonalités : noir, ocre, blanc rappellent la tradition de son pays. Sorolla s’inspire parfois de l’école baroque espagnole, ainsi dans le Portrait de Santiago Ramón Y Cajal, tandis que d’autres, plus intimes, ceux de la famille, révèlent la subtilité de nuances raffinées tel Portrait de Clotilde en robe grise, à la discrète élégance ou ceux de ses filles, fraîches adolescentes toutes de grâce, aux robes d’un blanc éclatant sous le soleil de la plage, devant une mer doucement mouvante. Instants de bonheur pris sur le vif à la manière d’une photographie, comme le pratique Degas à cette époque…

Sorolla aime peindre en plein air, comme l’attestent les nombreuses scènes de plage si naturelles. Avec vérité, il évoque le temps joyeux, insouciant des vacances, les jeux des enfants ; il saisit l’atmosphère changeante au cours de la journée et traduit toujours cette lumière intense caractéristique de son œuvre qui irradie les scènes dans la spontanéité de l’écriture. Avec une vraie sincérité, il chante les joies familiales, excelle à traduire la transparence de la mer, l’écume mousseuse, la fluidité de l’eau, qui semble caresser le corps des jeunes nageurs…

On admire le naturel émanant de ses tableaux, qu’il peigne les joies estivales de familles bourgeoises ou la vie plus rude des pêcheurs, toujours avec le même naturel, la même humanité. Il joue avec ombres et lumière dans ses évocations de tranches de vie si différentes : le retour des pêcheurs ou les vendeuses de poissons, fichu sur la tête. La vie anime ces scènes en permanence, comme elle est présente dans les paysages marins le plus souvent, avec des rochers au beau rendu. Toujours bien composées, ces toiles sont le fruit d’une étude tant des personnages que de l’atmosphère et de la lumière omniprésente.

Réalisme et lyrisme se conjuguent dans ces œuvres, où l’artiste use tantôt d’une palette délicate de bleu doux et de blanc, mais il aime également les couleurs fortes, en coloriste, posées en une matière légère, travaillée. Vers la fin de sa vie, la pâte devient plus dense, la touche un peu plus tourmentée en une figuration libre. La peinture luministe de Sorolla, son colorisme, sa spontanéité méritent d’être découverts.

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Référence : LPA 22 Oct. 2020, n° 154y4, p.32

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