Regards croisés

Publié le 08/02/2022 - mis à jour le 08/02/2022 à 10H56

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Ces « Regards croisés » mettent en relation quelques-unes des nombreuses œuvres du XIXe siècle conservées au musée d’art et d’histoire Louis-Senlecq à l’Isle-Adam, et les créations de trois artistes contemporains étudiants à l’École nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy sélectionnés par un jury.

Une continuité dans la création que cette confrontation ; elle permet de retrouver peintures et sculptures des XIXe et début du XXe siècles et, différente, la création d’aujourd’hui. La ville de l’Isle-Adam doit beaucoup aux princes de Bourbon-Conti qui, au XVIIIe siècle, ont redessiné la cité et les alentours. Dans le château détruit en 1815, se déroulaient des fêtes somptueuses. Son souvenir demeure grâce à une maquette de l’édifice et des écuries réalisée en 2 000, d’après l’estampe de Jean-Baptiste André. Autour d’elle sont présentées une sélection des peintures et sculptures conservées par le musée. S’il est riche d’une collection consacrée aux princes de Condé, il possède également des œuvres de nombreux paysagistes ainsi que des sculptures, le plus souvent classiques, tel un Buste de femme, une terre cuite polychrome d’un grand raffinement, réalisée par Joseph Le Guluche, artiste prolifique. D’autres thèmes ont inspiré ce sculpteur de talent : paysans ou pêcheurs en mer ; plus tard, au début du XXe siècle, l’Art Nouveau l’a beaucoup intéressé.

Autre figure du XIXe siècle, présente sur les cimaises : le peintre Jules Dupré, grand admirateur de John Constable qu’il découvre en Angleterre, ainsi que des paysagistes hollandais du XVIIe siècle. Il est l’un des premiers avec Théodore Rousseau à peindre sur le motif. On admire son sens de la nature ; il étudie, dans ses paysages, les variations de l’atmosphère dès 1830 mais ses toiles à la texture épaisse ne possèdent pas la légèreté des Impressionnistes. Jules-Romain Joyant, quant à lui, préfère une description romantique. Les toiles présentées affirment sa sensibilité dans une approche védutiste.

À ces artistes du passé répondent les jeunes créateurs : Hendrick Gonzalez, né au Panama. Comme ses prédécesseurs auxquels il est confronté, il parcourt les alentours de la cité. Il travaille à partir de données visuelles issues de ses photographies ou des médias. Son installation, entre figuration et abstraction, traduit ses sentiments face à la nature en une palette délicate. Sculpteur, Matthias Odin-Chatelain propose une pièce en résine dans laquelle il a incrusté, entre autres, quelques morceaux de végétation trouvés au cours de ses pérégrinations au bord de l’Oise. Une création innovante en référence à la nature ; des vestiges du passé alliés au présent. Promenade le long de l’Oise également pour Clémence Le Boucher d’Hérouville qui marche, elle aussi, sur les traces de ses prédécesseurs. Aimant la forêt, la végétation abondante, elle s’imprègne des lieux, prend des notes. Puis elle transmet à la toile ses émotions. Des œuvres fortes, colorées où l’humain est parfois présent, un peu comme une ombre. Elle évoque les traces du passé rattaché au présent dans un tableau entre rêve et réalité.

Cette rencontre entre des artistes de différentes époques témoigne de regards et d’expressions différentes sur la nature et une même admiration.

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