Un baiser éternel

Publié le 27/06/2019 - mis à jour le 02/07/2019 à 16H19

Julliard

Camille est une avocate consciencieuse. Elle travaille vite et bien, sans grande passion certes, mais elle est de celle sur qui peut compter le grand cabinet Mc Anton, pour lequel elle travaille. Elle ne rechigne pas à la tâche, mais elle n’est pas non plus arriviste, ce qui fait qu’après tant d’années, elle n’est toujours pas associée… Sa vie est bien réglée entre le cabinet et sa passion pour le tricot ! Rien de plus…

Pourtant, un petit grain de sable va mettre en danger la vie bien réglée de Camille. Aux détours d’une rencontre avec un de ses voisins, Marc Comard, directeur des cimetières de la Ville de Paris, celui-ci va lui soumettre un problème juridique incroyable…

Un problème de sépulture. C’est bien loin de ses dossiers et analyses juridiques pointues qu’elle rédige pour le cabinet. Loin d’elle le droit funéraire et autres droit public… Elle, c’est le droit de la propriété.

Seulement, ce voisin va se montrer insistant et aiguiser la curiosité de Camille en lui soumettant son problème : identifier le propriétaire d’une sculpture de Brancusi, Le Baiser, scellée sur la tombe d’une jeune aristocrate russe, au cimetière du Montparnasse. Afin de résoudre cette affaire, il faudra à Camille force et détermination, savoir juridique et pugnacité pour s’opposer à sa hiérarchie, afin de prendre à bras-le-corps la destinée de cette œuvre dont on ne sait finalement que peu de choses…

Sophie Brocas, dans ce troisième roman Le Baiser, paru aux éditions Julliard, nous livre un récit haletant, alternant entre l’intrigue juridique soumise à Camille et le journal intime de la jeune aristocrate russe, Tania, exilée à Paris en 1910. Cette jeune femme libre et curieuse, en rupture avec sa famille, profite de la vie parisienne du Montparnasse de la grande époque. Étudiante en faculté de médecine, elle rencontre par l’intermédiaire d’un de ses condisciples, un sculpteur roumain, Constantin Brancusi. Une vie pleine de joie et de fureur s’ouvre à elle. Elle partage la vie, la couche, et l’art dans le Paris bohème de cette époque… Toutefois, elle ne laissera aucune trace de son passage éclair sur la terre. Si ce n’est cette tombe, sur laquelle repose ce fameux Baiser.

Les faits, s’ils sont vrais : la sculpture, la tombe, le conflit entre les ayants droit et la Ville de Paris, ne sont pour Sophie Brocas finalement qu’un moyen de brosser le portrait de deux femmes de leur temps, luttant pour avoir le droit d’être soi, de s’exprimer et d’être libre, dans un monde encore dominé par la bien-pensance et le pouvoir masculin…

On s’attache à ces deux héroïnes, l’une en quête d’émancipation et l’autre de justice.

Ce livre témoigne également d’une réflexion sur l’art et sa pérennité face au pouvoir de l’argent, une problématique sans fin !

Le droit funéraire n’aura désormais plus de secret pour Camille grâce à nos amis de la librairie LGDJ qui sauront la conseiller (p. 107). Ce problème juridique deviendra bientôt son seul et unique objectif de vie, lui rappelant finalement que le droit peut être autre chose que de « simples » analyses juridiques pointues comme de la microchirurgie et réveillera la vraie personne qui sommeillait en elle.

Cette histoire de sépulture s’avérera bien plus qu’une simple affaire juridique, car « une tombe, c’est une histoire de famille, avec ses jalousies, ses mythes, ses secrets, ses trahisons » et c’est tout cela que Camille devra découvrir afin de sauver ce Baiser

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