Voyage au cœur de l’Amérique

Publié le 01/10/2020 - mis à jour le 02/10/2020 à 10H12

Éditions de l’Olivier

Alors que dans quelques semaines, les Américains devront élire un nouveau (?) président des États-Unis, Gary Shteyngart nous fait remonter le temps et nous rappelle les événements qui ont précédé l’arrivée au pouvoir de Donald Trump et notamment l’investiture démocrate d’Hilary Clinton.

Dans son roman, l’auteur retrace les derniers mois avant l’élection de Donald Trump, sur fond de roadtrip vu par le microcosme de l’élite new-yorkaise.

Sur la route

On connaît le goût des auteurs américains pour les récits de voyage, traversant ce pays continent et c’est ce que va entreprendre le personnage principal de Lake Success.

Barry Cohen dirige un fonds spéculatif de 2,4 milliards de dollars à New York. Il a 43 ans, une femme et un fils. Ce portrait du self made man a tout pour nous faire rêver, mais il n’en est rien… Barry est un homme acculé ; il fait l’objet d’une enquête de la commission boursière pour un délit d’initié, et il vient de se disputer avec sa femme et leur nounou à propos de leur fils, dont ils viennent de découvrir l’autisme… ça ne va pas fort pour lui et la seule solution qu’il trouve, c’est fuir…

Emportant avec lui ses petits trésors, des montres de luxe, il décide de monter dans un car Greyhound et de parcourir le territoire américain, à la recherche du jeune homme qu’il était.

Son parcours reviendra sur les traces de ses premiers amours, de rencontres les plus incroyables aux plus violentes, un parcours initiatique, qui a pour objectif de le replacer dans la vraie vie, mais ne sera finalement qu’un épisode dans la vie tumultueuse de Barry.

C’est drôle, cynique, tendre et trash à la fois… Mais c’est également une tentative de remonter le temps et de prendre une photo de l’Amérique qui voyage dans ces cars, l’Amérique de Trump, celle du Make America great again…

Barry découvre une Amérique pauvre, provinciale, où les marginaux et les déclassés voyagent comme lui, en car… Un roadtrip en Greyhound dans les États du Sud de l’Amérique, d’Est en Ouest pour finir au Nouveau-Mexique, afin de retrouver le jeune homme qu’il était, ses rêves et ses ambitions, découvrir un monde perdu…

Barry a tous les travers du parvenu qui a perdu le sens des réalités, c’est un anti-héros drôle et triste à la fois, terrifiant par son peu d’empathie et son égoïsme et pourtant qui croit encore aux valeurs véhiculées par le mythe américain, liberté et réussite…

Gary Shteyngart nous fait rire et enrager à la fois, il caricature l’univers des puissants qui n’ont pas vu venir la montée en puissance de Trump et la revanche de ses électeurs…

À quelques pas d’une nouvelle élection, il est bon de se demander si le rêve américain existe toujours… et s’il a encore un sens…

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Référence : LPA 01 Oct. 2020, n° 156r3, p.24

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