Dans le prétoire : « Le dossier est vide ! »

Publié le 26/03/2024

« Le dossier est vide » plaident souvent les avocats. Valérie-Odile Dervieux, magistrate, s’interroge sur le sens de cette formule quasi-rituelle, tandis que Me François Martineau s’amuse à l’illustrer, non sans une pointe d’ironie…

Dans le prétoire : « Le dossier est vide ! »
Dessin ©Me François Martineau

Chambre de l’instruction

Audience relative à la détention provisoire.

L’avocat de la défense a la parole : « le dossier est vide !».

La phrase rebondit sur les murs tapissés de la salle d’audience à l’indifférence patinée.

Vide ?

Vide de sens ?

Vide d’indices graves ou concordants ?

Vide d’éléments à charge ?

Vide de preuve ?

Vide de tout ?

La vacuité ouvre les débats.

Le rapport du président, dont l’objet est de résumer les faits et la procédure, va-t-il se dégonfler en mode baudruche ?

Les prémices de l’erreur judiciaire roderaient-elles entre les trop nombreuses cotes mal taillées d’une procédure à la longueur déjà déraisonnable ?

L’instinct de l’avocat général se réveille dès la phrase prononcée

Elle ou il scrute façon « plan de coupe » ses notes, fourbit ses moyens, manifeste, silencieusement d’abord, son refus du vide .

Les phéromones du débat contradictoire se répandent sur les boiseries lambrissées.

L’avocat général prend donc la parole, dit « ses » indices graves ou concordants, requiert le plein, les pleins, les déliés, conteste, comble voire ironise le vide plaidé.

La défense a la parole en dernier.

Le vide reprend sa place et remplit à nouveau l’unité temps-lieu-parties, le temps des déclarations du mis en examen.

Reste le délibéré.

La procédure est écrite : dossier, mémoire, réquisitions.

Équilibre entre le trop vide et le trop plein ?

Saut dans le vide ? Saut à l’élastique procédural avec rebonds surprenants ?

L’indice de masse corporelle des procédures pénales dont la chambre de l’instruction est saisie est souvent inversement proportionnel à la taille du dossier et à la gravité des faits.

C’est du moins ce qu’expriment les avocats de la défense lors de leur plaidoirie par l’expression quasi-rituelle d’entame : le dossier est vide !

C’est parfois vrai.

À tout le moins les débats assurent-ils le contradictoire.

C’est déjà ça.

Car lorsque « le vide » est plaidé sur les plateaux des télés continuelles, le trop plein de vacuité peut surprendre..

 

 

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