L’élu du Doubs Ismaël Boudjekada de nouveau jugé pour apologie du terrorisme
Pour la deuxième fois en quelques semaines, Ismaël Boudjekada comparaît pour apologie du terrorisme, délit passible de sept ans de prison et 100 000 euros d’amende. Après avoir comparu le 25 février devant la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, ce mardi 17 mars, la 16e chambre l’a condamné à six mois de prison avec sursis.

Costume en lin mauve et mocassins verts, revoilà Ismaël Boudjekada, celui qui a permis à beaucoup de monde de placer la commune de Grand-Charmont, dont il est élu, sur une carte de France (c’est dans le Doubs). Sourire de tribun, lunettes d’aviateur à monture dorée, le trentenaire est prêt pour la joute oratoire.
Ismaël Boudjekada comparaît de nouveau pour apologie du terrorisme. Il a déjà été jugé le 25 février pour avoir notamment déclaré que le pogrom du 7 Octobre était « un petit peu mérité ». La décision sera rendue le 19 mai prochain (lire notre compte-rendu d’audience ici). Cette fois, les propos incriminés sont issus d’un discours de 35 minutes prononcé le 20 juin 2025 à Grande-Synthe. Un extrait vidéo de neuf minutes, posté le 20 juin sur sa page Facebook, a été visionné 74 000 fois à ce jour. L’élu raconte à son auditoire comment il a été interpellé quelques jours semaines tôt à l’aéroport de Mulhouse, placé en détention provisoire, puis, il évoque sa demande de liberté. « J’ai fait ma demande de mise en liberté, (on me pose la) question traditionnelle : est-ce que le Hamas est un mouvement de résistance ? Vous savez avec moi y’a juste à ouvrir un dictionnaire. Un terroriste, c’est quoi ? C’est quelqu’un qui utilise la terreur pour atteindre ses objectifs. Est-ce qu’on peut considérer que le 7 octobre, eh bien, on n’a pas utilisé des câlins et des bisous, eh bien la réponse est oui. Est-ce que pour autant on peut parler de terroristes ? Je ne le crois pas. De ce point de vue là, qu’est-ce qu’un résistant ? Un résistant, c’est quelqu’un qui résiste à quelque chose ou à quelqu’un. Et donc, quelles que soient ses méthodes, le Hamas résiste-t-il à un occupant et à Israël ? La réponse est oui. »
Voici précisément les propos, tout en ambiguïté, que le tribunal doit examiner.
Le président l’interroge :
« Est-ce que c’est le Hamas est selon vous une organisation terroriste ?
— Le Hamas se présente comme résistant et utilise le terrorisme en sa branche armée, il n’y a pas d’ambiguïté.
— Est-ce qu’en France, le Hamas est une organisation considérée comme terroriste ?
— Oui ».
Questionné sur cette partie de son propos : « Est-ce que pour autant on peut parler de terroristes ? Je ne le crois pas », le prévenu estime qu’on ne peut pas réduire le Hamas au terrorisme ; que si le 7 octobre est un crime terroriste, le Hamas se considère comme un mouvement de résistance, et c’est ce qu’il est aussi, qu’on le veuille ou non. Il dénonce une simplification de ses propos, une cabale du ministère public à son encontre, pour limiter sa liberté d’expression. « À mon sens, le débat est beaucoup plus complexe que ça. Comment voulez vous que quelqu’un qui grandit dans un camp, qui voit sa famille décimée par un camp bien identifié, puisse embrasser la voie diplomatique ? »
Ismaël Boudjekada est très bavard ; tout en circonlocutions parfois très confuses, sur un ton de conférencier mondain, il devise longuement sur les notions de terrorisme et de résistance. « Est-ce qu’on doit frapper le peuple palestinien, qui lutte contre une occupation, du sceau du terrorisme ? Je ne le crois pas. » Il poursuit : « Il y a des actes de terroristes, est-ce que, pour autant, tous ceux qu’on présente comme terroristes le sont, je ne le crois pas. »
« La résistance a une connotation claire dans la culture française »
Les discours confus étant l’ennemi du tribunal, le président tente de réduire l’ouverture de ses questions.« Ceux qui se déplacent le 7 octobre sur le territoire israélien sont des terroristes ?
— Je ne vais pas répondre de manière aussi simple. Ce sont des personnes qui se présentent comme résistants et qui, factuellement, utilisent des méthodes terroristes.»
Très en verve, le prévenu enchaîne : « Est-ce que l’Ukraine résiste ? Bien sûr que oui. Est-ce que la Russie résiste à la riposte ukrainienne ? Oui aussi. Résistance, c’est juste un mot dans le dictionnaire.
— La résistance a une connotation claire dans la culture française.
— On peut résister au froid », répond le prévenu sans frémir.
Le président abandonne là l’exégèse du discours et en vient à la cote personnalité : qui est Ismaël Boudjekada ?
Un élu de cette petite commune du Doubs, suivi par près de 500 000 personnes tous réseaux sociaux confondus. Nanti d’une petite troupe de soutiens qu’une avocate de partie civile qualifiera de « meute » (une vingtaine de personnes dans cette salle d’audience, plus ou moins virulentes), il est à la fois journaliste, humanitaire et essayiste, auteur d’ouvrages sur la Palestine, où il a passé plusieurs mois l’an dernier. Il vit chez ses parents et a été condamné à 500 euros d’amende avec sursis pour diffamation et injures.
Les débats ne sont pas clos pour autant. Une juge assesseur relit les propos incriminés. « Est-ce que ça peut être compris comme une légitimation des crimes commis par le Hamas, oui ou non ?
La réponse, c’est non », répond clairement le prévenu, avant de partir dans une nouvelle tirade confuse.
« C’est un idéologue, il a la haine contre les Juifs »
À la gauche du prévenu, un aréopage de parties civiles, des associations communautaires dont Avocats sans frontières, présidée par Me Gilles-William Goldnadel, l’assaille de questions sur le Hamas : a-t-il lu leur charte ? Qu’en pense-t-il ? Il refuse de répondre à certaines questions, revendique sa méconnaissance du mouvement (« Défendre un peuple qui se fait massacrer en live et en 4K ne nécessite pas d’être un expert du Hamas »), et répète : on peut résister de différentes façons, notamment en perpétrant des actes terroristes. Ce qu’il ne légitime pas. L’audience prend des allures de foire quand la procureure se lève pour pointer une femme qui, depuis son banc, aurait traité une avocate de « connasse ». Elle nie, on s’offusque des deux côtés, le président sermonne, la femme s’autoexpulse, l’audience reprend. Un témoin entre : Christophe Oberlin.
Après un tunnel de 30 minutes au cours duquel ce chirurgien à la retraite, cité par la défense, est venu donner un cours de droit international, fustigeant les crimes perpétrés par Israël devant un tribunal flegmatique, les avocats des associations partie civile dénoncent, dans leurs plaidoiries successives, les « faux débats sémantiques » du prévenu, sa rhétorique consistant à « banaliser, relativiser, légitimer » les crimes du Hamas. « C’est un idéologue, il a la haine contre les Juifs », lance l’une d’elles. Ils demandent tous 10 000 euros de préjudice moral et 5 000 euros au titre de l’article 475-1.
Comme les juges, la procureure essaie d’amener un peu de clarté. Le prévenu, dit-elle, ne peut pas décider seul du sens des mots. « Résistance a une connotation positive, c’est dans l’essence même de ce mot de faire référence à la résistance française. » En utilisant ce terme, il fait donc l’apologie d’un mouvement terroriste, et persiste aujourd’hui dans son propos apologétique, semblant « s’inscrire dans une réitération ». Elle demande 10 mois de prison, dont cinq mois avec sursis. Une peine d’inéligibilité de cinq ans avec exécution provisoire.
L’avocat de la défense admet : le propos est ambigu. Justement, de cette ambiguïté, on ne peut déduire une apologie du terrorisme. « Est-ce que le fait de dire que le Hamas est un mouvement de résistance, c’est de l’apologie du terrorisme ? » s’interroge-t-il. Sa réponse est non.
Comme son client, il explique, et l’histoire l’a démontré, qu’un mouvement consacré « de résistance » peut avoir utilisé des moyens terroristes pour mener son combat. L’avocat prend l’exemple du FLN algérien, qui a commis des attentats (qu’il condamne) qui ont participé de « l’action de résistance au long cours ». Puis, il énumère les résolutions de l’ONU qui condamnent les violations du droit international par Israël, proclame le droit à l’autodétermination des peuples, et le droit de se défendre. Il plaide la relaxe.
Une heure plus tard, le tribunal déclare le prévenu coupable, et le condamne à six mois de prison avec sursis et à cinq ans d’inéligibilité, sans exécution provisoire.
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Référence : AJU504220