Viols de la forêt de Sénart : « Il y a beaucoup d’incohérences dans cette procédure » affirme l’accusé

Publié le 16/09/2020

Mardi, s’est ouvert devant la cour d’assises d’Evry (Essonne) le procès de Aïssa Z., accusé d’avoir violé ou agressé sexuellement une trentaine de femmes entre 1995 et 2000.

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« Aïssa n’est pas un monstre ». Campée devant la cour d’assises d’Évry, Leila Z., en jean et t-shirt, assène sa vérité. Non, son frère n’est pas celui qui a commis ces « choses atroces» dont on l’accuse. Au premier jour du procès d’Aïssa Z., poursuivi pour avoir violé ou agressé sexuellement plus de trente femmes entre 1995 et 2000 dans la forêt de Sénard (Essonne), les sœurs de l’accusé se sont succédé à la barre pour décrire un frère « gentil », « doux », « serviable », surnommé « bébé », « toujours prêt à blaguer ». « On n’a jamais eu de problèmes avec mon petit frère, ça a toujours été un amour », poursuit Leila Z., avant de crier à l’attention de la cour : « On nous a pris notre vie. Il faut arrêter de faire croire aux victimes que c’est mon frère ! Ça me rappelle l’affaire Dils. » Patrick Dils, image d’Epinal de l’erreur judiciaire, condamné à la réclusion à perpétuité en 1989 pour le meurtre de deux enfants, innocenté en 2002 après treize ans et trois mois de prison.

Une nouvelle technique : la recherche en parentèle

En détention provisoire depuis plus de quatre ans, Aïssa Z. a contre lui la « reine des preuves », comme l’a rappelé sa sœur qui, elle, n’y croit pas : les analyses ADN. Au terme d’une longue et tortueuse enquête (durant laquelle huit juges d’instruction se sont succédé), ce père de famille sans casier a été arrêté et mis en examen fin 2015 après avoir été confondu par de nouvelles techniques d’analyse génétique.

L’histoire commence en 1996, lorsque les équipes policières chargés du secteur de la forêt de Sénart reçoivent plusieurs plaintes pour viols et agressions sexuelles. L’agresseur circulait à deux roues – ce qui lui vaudra le surnom de « violeur à mobylette » dans les médias -, portait, au moment des faits, un casque de moto intégral rendant difficile son identification et agissait, a rappelé le président de la cour, « avec une forte violence, des menaces de mort et un mode opératoire très répétitif. » Les investigations s’étalent sur dix-huit longues années durant lesquelles de nouvelles plainte s’ajoutent. En mars 2017, après le dernier réquisitoire supplétif, ce sont 49 affaires qui sont jointes sur la période considérée. Quatorze se solderont pas un non lieu.

Des échantillons de sperme et de sang sont retrouvés sur seize victimes et permettent de confirmer l’hypothèse d’un auteur unique, mais il est alors impossible de les confronter aux données du fichier national des empreintes génétiques (Fnaeg), qui ne sera créé qu’en 1998. En 2005, le dossier est clos… Avant d’être rouvert en 2014 en raison de « charges nouvelles ». Le matériel génétique retrouvé sur les victimes est ré-analysé en utilisant une nouvelle technique : la recherche dite « en parentèle », qui permet de retrouver des proches de l’individu dont l’ADN est testé grâce aux gènes héréditaires. Ces nouvelles recherches mènent à un homme, inscrit au Fnaeg, membre d’une fratrie de huit dont quatre frères, parmi lesquels Aïssa Z. Un test ADN permet « de l’identifier par probabilité de façon quasi certaine », selon l’accusation. Fin 2015, Aïssa Z. est mis en examen pour 35 faits de viols, tentatives de viol et agressions sexuelles.

« Il y a beaucoup d’incohérences dans cette procédure »

Toute la matinée, tête baissée derrière la vitre du box des accusés et bas du visage caché par un masque bleu jetable, Aïssa Z., 45 ans, a écouté le long rapport introductif du président. Crâne rasé, lunettes rectangulaires, il se penche régulièrement vers ses avocats pour leur parler. Appelé à s’exprimer devant la cour en milieu de journée par le président, il lance d’une voix assurée: « Il y erreur sur la personne, je n’ai pas commis les faits qui me sont reprochés. Il y a beaucoup d’incohérences dans cette procédure. » Il qualifie de « fausses » les analyses ADN qui ont conduit à son identification.

Aïssa Z. est le « petit dernier » d’une fratrie de huit, a raconté devant la cour une enquêtrice de personnalité, un « enfant facile », « chouchouté par ses frères et sœurs et ses parents ». Ces derniers ont quitté l’Algérie en 1962 après l’emprisonnement du père, « fervent défenseur de l’Algérie française ». Après quelques années dans un camp de harkis dans le Sud de la France, la famille rejoint Corbeil (Essonne). Aïssa Z. arrête ses études avant l’obtention de son CAP mécanique, vivote de quelques boulots de barman et de chauffeur livreur. « J’ai très peu d’information sur sa vie sentimentale », poursuit l’enquêtrice. « On ne parlait pas de ces choses là chez eux, disent ses frères et sœurs ». A la barre, les sœurs assurent que leur frère « avait beaucoup de succès auprès des femmes ».

La mobylette ? « C’était obsolète déjà en 1995, il aurait été la risée de la cité »

En 2010, Aïssa Z. se marie, rejoint sa femme à Roubaix (Nord) où il devient chauffeur de bus. « Il avait un petit chat trouvé dans la rue auquel il était grandement attaché », note l’enquêtrice, qui précise qu’elle indique ce détail parce qu’il a été « soulevé par sa femme et plusieurs autres personnes. » Un enfant grand prématuré naît en décembre 2015. « Son fils est né le 25 décembre, il a été arrêté le 28 décembre, il n’a pu le voir que quelques heures », raconte sa sœur Fadila Z., la voix entrecoupée de sanglots. Un homme quitte bruyamment les bancs des parties civiles.

Sur la droite de la grande cour d’assises moderne d’Évry, les trois bancs réservés aux parties civiles sont pleins. Davantage que ceux du public et de la presse qui comptent une douzaine de personnes tout au plus. Face aux sœurs de l’accusé, l’avocat général tente :

« — Imaginez qu’il reconnaisse les faits, comment réagiriez-vous ?

— Aïssa n’a pas commis ces faits, la question ne se pose même pas, lui répond Leila Z.. Il n’a jamais levé la main sur un homme, encore moins sur une femme. Il n’est pas un détraqué, il n’a pas été abusé dans l’enfance. Il y a un terreau pour ce genre de personnes. On ne devient pas violeur à vingt ans comme ça. »

Les trois sœurs ont par ailleurs assuré qu’Aïssa ne roulait jamais en mobylette. « C’était obsolète déjà en 1995, il aurait été la risée de la cité. » Le procès doit durer quatre semaines avec un verdict attendu le 9 octobre.

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