Hauts-de-Seine (92)

Bientôt une nouvelle offre d’accompagnement pour les femmes victimes de violences au CASH de Nanterre

Publié le 26/05/2021 - mis à jour le 04/06/2021 à 9H57
Violences conjugales
DR/AdobeStock

Début 2022, la Maison des femmes de Nanterre ouvrira ses portes. Un projet de safe place qui est le fruit d’une réflexion collective entre la mairie et l’hôpital de Nanterre et qui permettra aux Nanterroises et aux habitantes des Hauts-de-Seine de bénéficier d’un accompagnement unique en France. Un premier pôle, consacré à la santé, verra le jour au sein des urgences du Centre d’accueil et de soins hospitaliers (CASH) de Nanterre et permettra aux femmes de se faire soigner ou de porter plainte plus facilement en cas de violences. Un deuxième, ouvert sur la ville, proposera un accompagnement socio-culturel aux femmes, afin de les orienter vers des aides particulières, les sortir de l’isolement, leur permettre de parler ouvertement ou de trouver un emploi, entre autres. Valérie Thomas, médecin chef du pôle de médecine sociale du CASH de Nanterre, nous en dit un peu plus sur le volet médical de ce projet.

Les Petites Affiches : Quelle offre de soin propose le CASH de Nanterre aujourd’hui ? Quelles sont les particularités du territoire qu’il couvre ?

Valérie Thomas : C’est un hôpital de secteur qui a une offre sur la partie hospitalière avec un centre de chirurgie obstétrique, un centre pour les maladies infectieuses, il y a également un hôpital de jour en gastro-diabeto, un centre vital assez innovant en termes de prise de rendez-vous et un service d’urgence avec accueil en soins critiques. Nous avons également une maternité de niveau 1 très centrée sur l’haptonomie. Elle a la particularité d’être fréquentée à la fois par les patientes du pôle social et par des femmes favorisées qui veulent accoucher plus naturellement. Concernant le territoire de Nanterre, l’hôpital se trouve tout près du tramway T2 et des tours Pablo Picasso. Un quartier qui est dit « sensible ». La population de l’hôpital est relativement métissée et est amenée à devenir plus mixte en termes socio-économiques. Notre hôpital est très proche d’hôpitaux plus connus comme Foch à Suresnes et Louis Mourier à Colombes, donc il connait un petit déficit en terme d’attractivité. Nous avons 400 lits à l’hôpital et 450 lits sur le pôle social.

LPA : Le pôle médecine sociale existe depuis de nombreuses années : que proposez-vous pour le territoire ? Le pôle entretient-il des relations de partenariat avec d’autres acteurs (Samu social, associations, CAF, PMI, planning familial…) ?

V.T. : Au départ, ce pôle avait pour vocation de retenir contre leur gré les personnes coupables de délits de mendicité et de vagabondage. Cela se sent dans l’architecture, les anciennes cellules ont été reconverties en chambres. Puis est venu l’hiver 1954 et tout a changé. Comme l’hôpital est alors situé non loin des bidonvilles, une infirmerie ouvre. Puis après le choc pétrolier, le pays s’ouvre à une logique très assistancielle, pour les personnes démunies. On créé alors une offre de soins dédiée aux sans-abri, avec un centre d’hébergement de 267 places. Les personnes détectées par les brigades de la préfecture, ou l’accueil social de la RATP sont acheminées à Nanterre. En plus de l’hébergement, ils reçoivent une prise en charge pour les maladies aiguës et chroniques (comme les maladies cutanées), nous traitons aussi le volet psychiatrique car beaucoup de personnes à la rue sont des victimes de violences (beaucoup d’entre elles sont passées par l’ASE). Aujourd’hui, nous accompagnons aussi les migrants et migrantes qui fuient les violences et qui sur la route de l’immigration ont vécu à la rue, ont été victimes de violences physiques et sexuelles. Voilà comment le pôle a évolué. La population a changé, elle s’est rajeunie, on reçoit beaucoup de travailleurs pauvres, des personnes travaillant pour des plateformes de livraison, mais aussi de jeunes retraités qui perdent leur logement, des retraités immigrés du Maghreb qui pour conserver leurs droits à la retraite et à la sécurité sociale acquis toute leur vie, doivent rester 6 mois et un jour en France. À tous ces gens, le pôle médecine sociale offre un accueil inconditionnel, un repas, une douche, une consultation sans condition.

LPA : Comment vous êtes vous engagée, ainsi que le CASH, dans le projet de Maison des femmes de Nanterre ?

V.T. : Aujourd’hui, le pôle médecine sociale de Nanterre accueille 40 % de femmes et c’est nouveau. Ces cinq dernières années, j’ai travaillé à Mayotte et j’ai été formée à la prise en charge des femmes victimes de violences. Donc assez rapidement, je me suis rapprochée de la maternité et du planning familial pour fluidifier nos échanges et faciliter les parcours des femmes qui vivent à la rue et qui ont besoin d’un avortement, de traiter une IST, qui sont enceintes, ou qui doivent être mises à l’abri.

Parler ensemble, cela nous a imposé de nous pencher sur les besoins spécifiques de toutes les femmes du quartier. On s’est dit qu’il fallait formaliser tout cela, aller un peu plus loin. Cet hôpital se prête à la question sociale. Chercher de l’aide et le faire à l’hôpital, c’est moins dangereux aussi : c’est plus anonyme, cela permet aux forces de l’ordre d’enregistrer des plaintes et s’il y a des urgences, un service peut intervenir au bout du couloir.

LPA : Entendez-vous travailler de concert avec la Maison des femmes de Saint-Denis ?

V.T. : Il faut mettre en place des choses pérennes avec la mairie. Nous sommes de toute façon dans des réseaux connexes. Il faut que tout le monde se mette autour de la table et que le travail soit fait à parts égales : la médecine c’est bien, les associations c’est fondamental. Le collectif c’est la garantie de ne pas faire d’erreur. La société fait en sorte que les femmes ne puissent pas compter sur le collectif, on met les femmes en concurrence. Il faut contrecarrer tout cela.

LPA : Pensez-vous ce modèle de Maison des femmes comme une force qui pourrait peser sur certaines décisions politiques à l’heure où la santé des femmes n’est manifestement pas une priorité gouvernementale, notamment au regard de la situation du planning familial ?

V.T. : Le planning familial va tellement mal. Dans les années 1990, beaucoup de projets sont apparus et abandonnés. Je fais de la médecine d’urgence depuis longtemps, ma patientèle est extraordinaire, j’apprends beaucoup et je suis frappée de l’essentialisation des gens, on ne retient que le fait que vous soyez à la rue alors que vous êtes une femme, une sœur, une grand-mère, une migrante, une professionnelle. Je tiens beaucoup à cet hôpital. Il faut le défendre pour son histoire et pour les professionnels qui y travaillent et ne sont pas remerciés (la prime Covid n’a dans un premier temps pas été distribuée aux personnels du pôle social, NDLR). Je crois au service public et au droit commun et je crains que l’on sous-traite de plus en plus à MSF ou autres, la question de la santé des pauvres. La médecine humanitaire sur le sol français ce n’est pas possible, on passe à côté des principes de notre Constitution.

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