Hauts-de-Seine (92)

Nanterre : bientôt une Maison des femmes !

Publié le 19/05/2021 - mis à jour le 04/06/2021 à 9H58
Maison des femmes à Nanterre
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À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars dernier, la ville de Nanterre a lancé son projet de Maison des femmes. Très attendu par la population, ce projet qui a pour modèle la Maison des femmes de Saint-Denis (93) répond à deux objectifs : améliorer l’accueil, l’orientation et l’accompagnement des femmes victimes de violences sexistes et sexuelles, et proposer aux Nanterriennes un centre de ressources. Laureen Genthon, adjointe au maire de Nanterre en charge des droits des femmes, revient sur ce projet.

Les Petites Affiches : Quels constats vous ont amené à ce projet de Maison des femmes dans la ville de Nanterre ?

Laureen Genthon : C’est tout d’abord un travail collectif, multipartenarial. On a pu constater depuis le début de la crise sanitaire une augmentation des violences et une élévation de la prise de conscience des femmes à dénoncer ce qu’elles subissent au sein du foyer. Ce projet était déjà dans les tuyaux depuis quatre ans, le principe d’une Maison des femmes émanait du CIDFF 92 et de l’AFED. Au moment de la campagne municipale, en novembre 2019, nous avions créé des ateliers citoyens, on se réunissait sur des thématiques précises, le social, la sécurité, par exemple et nous avions fait un atelier sur les droits des femmes. Il y avait eu une présentation de ce qui existait déjà à Nanterre, on demandait aux habitants et habitantes leur opinion, et c’est comme cela qu’on a constitué notre programme pour les municipales. Une habitante de Nanterre avait témoigné devant une salle comble. Elle avait expliqué les difficultés à trouver de l’aide, un logement, des aides sociales, elle a mis au grand jour ce qu’est le parcours des femmes victimes de violences sur notre territoire. On vit la ville avec moins de légèreté quand on est une femme d’autant plus que 80 % des femmes victimes sont aussi des mamans, rendant la situation d’autant plus compliquée. La délégation aux droits des femmes, dont j’ai la responsabilité, émane également de cet atelier.

LPA : Y avait-il des manques pour accompagner les femmes victimes de violences ?

L.G. : En tout cas, il y a nécessité à créer un maillage pour répondre aux besoins des femmes victimes de violences. Il faut que les services, les associations soient interconnectés, qu’un réseau soit clairement identifié et de manière efficace. Il faut qu’elles puissent identifier les lieux où trouver de l’aide, qu’elles puissent consulter un annuaire de professionnels, qu’elles sachent ce qui existe pour les protéger des violences. Pour cela, on fait appel à plusieurs niveaux dans l’administration : le département, la ville, les bailleurs sociaux, la CAF, la PMI, le commissariat. Le projet de Maison des femmes permet de mettre tous ces acteurs autour d’une même table.

LPA : À quoi ressemblera cette Maison des femmes ?

L.G. : C’est encore à l’état de préfiguration : on espère une ouverture début 2022, mais on travaille encore à l’élaboration du cahier des charges, on cherche des financements.

La structure va reposer sur deux sites. Le premier sera intégré à l’hôpital de Nanterre : les femmes victimes de violences pourront y trouver un accueil spécifique, il y aura aussi des soins gynécologiques, un planning familial, de l’aide aux personnes excisées. L’entrée se fera par les urgences ce qui est un gros avantage : il n’y a pas de danger ou de stigmatisation particulière, l’entrée à l’hôpital est particulièrement anonyme. Les femmes auront la possibilité de porter plainte sur place.

Le deuxième site sera donc un pôle socio-culturel, un lieu unique avec des permanences d’assistantes sociales, de la CAF, de Pôle emploi, et un espace pour créer des ateliers de sport, de confiance en soi, des espaces de sociabilité. Nous allons travailler en partenariat avec des associations locales, pas forcément spécialisées dans l’assistance aux femmes victimes de violences. Ce deuxième pôle a vocation à être identifié comme un centre expert de droit des femmes, il y aura des conférences, des réunions de sensibilisation à la santé, aux règles, des groupes de parole. On aimerait proposer à des femmes victimes de violences de venir raconter comment elles sont sorties de tout cela, car le point de vue des premières concernées est primordial. Tout cela se fera en collaboration avec les associations qui ont pu suivre des femmes, comme par exemple Les mamans de Poblo, Femmes solidaires, L’escale de Gennevilliers qui s’occupe de l’hébergement d’urgence des femmes victimes de violences, l’ADAVIP (aides aux victimes) ou encore Femmes pour le dire femmes pour agir, qui accomapgne les femmes en situation de handicap et qui tiendront une permanence.

LPA : Quelle est la cible, le but pour cette nouvelle structure ?

L.G. : Nous avons beaucoup réfléchi au sujet et on sait que 80 % des femmes victimes de violences sont mamans, donc on a intégré la question des enfants victimes de violences à la structure à travers des consultations de pédopsychiatres. On a des données sur le fait qu’être jeune est un critère de violences : il y a le harcèlement de rue, les violences conjugales. Il existe un outil : le violentomètre (créé par le Centre Hubertine Auclert, NDLR) pour mettre un nom sur les violences qu’on subit. On aimerait aussi être force de propositions pour de nouveaux dispositifs, en travaillant par exemple avec l’université de Nanterre. À Saint-Denis, la Maison est un observatoire des violences alors pourquoi pas travailler avec les chercheurs de l’université ? Je dois rencontrer la chargée de mission de l’égalité femmes-hommes.

En tout cas, nous avons cette préoccupation que la Maison des femmes offre la sécurité et la protection aux femmes et enfants victimes de violence, puis une fois cette sécurité acquise, qu’elle leur permette de se réinscrire positivement dans la ville.

LPA : Travaillerez-vous en réseau avec les Maisons des femmes de Saint-Denis et de Montreuil ?

L.G. : C’est un travail de réseau bien sûr. Tout ce que je vous ai présenté c’est l’aboutissement d’un an de travail d’écoute, de rencontres avec ces Maisons des femmes et bientôt la Citadelle de Nantes. À Ivry-sur-Seine, ils viennent d’inaugurer une Maison des femmes sur le modèle associatif. À Nanterre, on veut créer un modèle unique, ce sera la première maison des femmes dans le département des Hauts-de-Seine. L’originalité du projet c’est d’être à la fois sur un pôle médical comme celle de Saint-Denis, et un modèle socio-culturel comme celle de Montreuil, ce sera une passerelle entre la ville et l’hôpital. On a deux institutions très solides, très fortes du point de vue du financement.

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