Paris (75)

La Clinique juridique de la Sorbonne fête ses cinq ans

Publié le 05/08/2020 - mis à jour le 06/08/2020 à 10H15

Depuis juin 2015, cette association 100 % étudiante s’est donnée pour mission l’accès au droit et la professionnalisation des étudiants en droit de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Accessible à partir de la 2e année de licence, elle s’organise en différents pôles dédiés à des domaines du droit spécifiques. Sous le contrôle de professeurs et de professionnels, les étudiants travaillent en équipe afin de transmettre des informations juridiques aux personnes qui font appel à eux, gratuitement. Leur président pour le mandat 2019-2020, Adam Malek, étudiant en master 2 droit et fiscalité de l’entreprise revient sur ces cinq années d’existence.

Les Petites Affiches : Vous avez fêté vos cinq ans le 17 juin 2020, sans pouvoir organiser d’événement. Comment avez-vous traversé le confinement ?

Adam Malek : Nous avons réussi à réagir assez rapidement en dématérialisant l’ensemble des opérations. Ça n’a pas changé le traitement des cas qui nous sont soumis au quotidien puisque nous les recevons via notre site internet. Nous utilisions déjà des outils comme WhatsApp ou Google Drive pour les échanges. Nous avons dû arrêter les rencontres en présentiel, comme les workshops et les conférences. Pour pallier ce manque, nous avons rédigé des fiches sur des thématiques liées à chaque pôle. Pour nos permanences à la mairie du Ve arrondissement, nous avons continué à recevoir au maximum par téléphone. Au tout début du confinement, nous avons reçu une quinzaine de cas relatifs au chômage technique donc cela concernait surtout le pôle droit social.

Pendant cette période, nous sommes fiers d’avoir reçu le prix argent du projet associatif, remis par le cabinet d’audit et de conseil EY, un concours totalement réalisé à distance.

LPA : Ce travail bénévole se fait en plus de vos cours et examens. Comment arrivez-vous à concilier les deux ?

A.M. : Cela dépend de la motivation et de notre formation. Nous ne forçons aucun de nos membres à traiter des cas. C’est une démarche bénévole. Si on le fait, c’est pour aider les autres mais aussi pour se former. Le traitement de cas n’est pas quelque chose d’évident. Ça peut prendre 10 à 15 heures donc c’est un choix libre de l’étudiant ou de l’étudiante. Pour inciter à s’investir, nous avons mis en place un certificat universitaire pour ceux qui ont traité sept cas dans l’année. Une vingtaine l’ont obtenu sur l’année 2019-2020.

Pour les administrateurs, les directeurs de pôle et le bureau, c’est un engagement quotidien. On ne compte pas les heures et on jongle entre les cours, les révisions et la gestion de l’association. Dès qu’il y a des examens, nous sommes bien sûr compréhensifs. Les études sont une priorité.

LPA : D’une trentaine d’adhérents en 2015, vous êtes passés aujourd’hui à près de 500. Quelle stratégie avez-vous mise en place pour développer la clinique ?

A.M. : Nous avons pris de l’ampleur durant le mandat 2017-2018 grâce à une excellente présidente, très dynamique, Elizaveta Choy. Cette année-là, la Clinique a reçu le prix de l’incubateur du barreau de Paris. L’an dernier, j’étais vice-président et nous avons organisé un colloque avec des cliniques juridiques de France et du Canada, toutes membres du réseau des cliniques juridiques francophones. Et cette année, nous avons essayé d’avoir la gestion la plus transparente et rigoureuse possible. Nous avons lancé un vrai processus de recrutement avec CV et lettre de motivation pour les directeurs et directrices de pôle, avec de l’expérience associative. Nous avons également développé notre pôle communication, une belle vitrine pour nos actions. L’association a solidifié et rationnalisé ses missions d’accès au droit.

À mon sens, les études de droit ne sont pas suffisamment adaptées aux attentes des étudiants et du monde du travail. Si on arrive en 1ère ou 2nde année de master sans stage, c’est compliqué. Or tout le monde ne peut pas se permettre de faire un stage pour financer ses études, parce qu’il est parfois plus intéressant financièrement de travailler chez Mc Do pour 1 200 € plutôt que de faire un stage pour 600 €… La clinique permet de coupler les études et une expérience semi-professionnelle. On propose une formation pratique le plus tôt possible. Là où l’université française reste très théorique.

LPA : Vous ne faites pas du conseil juridique, mais bien de l’information. Comment travaillez-vous avec les requérants ?

A.M. : La prise de contact se fait par le site internet ou via nos partenaires. Le bouche-à-oreille fonctionne aussi très bien. Pour 2020, nous en sommes à 200 cas traités, c’est-à-dire qu’il y a eu une rencontre avec l’équipe composée de deux ou trois étudiants, que nous avons envoyé le travail à un correcteur et que nous avons transmis l’information au requérant. Nous ne faisons pas de la représentation, ni du conseil. Nous essayons de répondre dans les 72 heures à une demande. Nous répondons à tout le monde.

LPA : Vous venez d’annoncer deux nouveaux partenariats avec l’Institut de protection de la mode et Éthique et sport. Comment faites-vous le choix de vos partenaires ?

A.M. : Chaque pôle choisit ses partenaires, qui sont validés par le bureau. Il faut qu’ils adhèrent à nos valeurs, comme le fait de favoriser l’accès au droit et de se rendre disponible pour corriger nos cas. Citons par exemple, le cabinet Dolidon pour le pôle droit des affaires, qui participe au projet « tous en stage » lancé par le département du 95 et TF1 pour aider les jeunes de banlieue à trouver un stage. Hashtag avocat se montre patient et attentif et nous invite à participer à des projets internes. Pour le pôle droits des étrangers, nous fonctionnons avec des associations comme France terre d’asile. C’est bénéfique pour tous les étudiants de travailler avec tous ces partenaires.

LPA : Vous avez aussi développé l’association au-delà des frontières, avec une antenne en Égypte ?

A.M. : Grâce à un contact que j’avais sur place, Thomas Mastrullo, nous avons eu un bel appui pour créer une clinique à l’Institut de droit des affaires internationales du Caire. Cette antenne compte une cinquantaine de membres et a déjà traité une vingtaine de cas. J’y étais en décembre pour donner une formation sur la façon d’être un clinicien : comment gérer un rendez-vous avec un requérant, comment se tenir, parler, être pédagogue.

LPA : Pourquoi avoir choisi Le Caire ?

A.M. : Statutairement, nos membres doivent être des étudiants de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ou des anciens adhérents de la clinique. Il fallait donc trouver un endroit dans le monde où les étudiants étaient rattachés à la Sorbonne. Pour le mandat prochain, nous envisageons d’ouvrir une seconde antenne à Bucarest, en Roumanie.

LPA : Les cliniques juridiques, fortement développées aux États-Unis, sont encore peu nombreuses en France. On en compte une trentaine. Faut-il leur reconnaître un statut particulier ?

A.M. : Il y a effectivement beaucoup de débats sur les cliniques juridiques puisque légalement elles n’existent pas, aucune règle de droit ne les consacre. Nos règles et notre code de conduite viennent de nous. Nous existons dans l’ombre ou dans le silence de la loi. Donc nous nous interrogeons sur la pertinence de les consacrer juridiquement. Certains se positionnent contre : nous avons montré qu’en l’absence de règles, nous avons réussi à nous autoréguler et à imposer de manière informelle un code de conduite. Si on regarde l’ensemble des cliniques en France, nos manières de procéder sont quasiment les mêmes. D’autres, au contraire, considèrent qu’il faut les consacrer. Ce serait alors un symbole, un changement de paradigme. On aurait un pro bono qui serait complètement bénévole, qui ne touche rien, ni du requérant, ni des impôts, ni d’associations. Cela consacrerait la force formatrice et pédagogique de la clinique. Mais où le faire ? Devrait-on la consacrer dans les interstices de la loi du monopole des avocats ? Ou plutôt dans le Code de l’éducation ? Beaucoup penchent pour le Code de l’éducation, avec un parallélisme avec les études de médecine. À mon sens, ce n’est pas la priorité vu les difficultés de la profession avec les grèves et le Covid-19. Les réflexions sont entamées. Il faudra savoir être patient et réfléchir sur la question.

À lire également

Référence : LPA 05 Août. 2020, n° 155q1, p.8

Plan