« Campus est un moment de formation et de convivialité »

Publié le 13/09/2017

La traditionnelle session de formation « Campus » s’est tenue du 3 au 7 juillet au Jardin d’acclimatation de Paris. Comme tous les ans, il s’agissait de passer en revue l’actualité du droit et de réfléchir à l’avenir d’une profession en mutation, tout en créant un temps de rencontre privilégié entre confrères. La semaine s’est achevée par une belle soirée de clôture. Avocates en talons et robes de cocktail et avocats en tenue décontractée ont profité de la douceur d’une soirée d’été dans ce très joli cadre, entre orchestre de jazz et tables de banquet. Pour les Petites Affiches, Benjamin Pitcho, membre du conseil de l’ordre et co-organisateur de l’événement avec les avocats Bruno Marguet et Morgane Deniel est revenu sur cette onzième édition de Campus.

Les Petites Affiches – Quel est l’objectif de Campus ?

Benjamin Pitcho – Campus est la plus grosse action de formation continue du barreau de Paris, mise en œuvre par Bruno Marguet, assisté par l’équipe de formation continue de l’EFB. J’ai eu la chance de la coordonner en qualité de membre du conseil de l’ordre chargé de la formation. La loi impose aux avocats de réaliser au moins vingt heures de formation par an, mais, dans les faits, beaucoup ne les font pas. Entre celles proposées par l’EFB et celles proposées dans le cadre de commissions ouvertes au barreau de Paris, il y a pourtant une offre pléthorique de formations gratuites. Les confrères qui ne les valident pas, par manque de temps ou d’intérêt, s’exposent évidemment à des sanctions mais, surtout, ne bénéficient pas d’une mise à jour de leurs connaissances. Campus a été créé il y a onze ans pour les inciter à se former. C’est une session de formation dans un cadre convivial et ludique, qui offre également la possibilité de rencontrer ou retrouver des confrères et d’autres professionnels de la justice. Participer à Campus permet de valider l’ensemble de ses heures de formation et même plus sur trois jours et demi. L’édition de cette année, qui s’est tenue au jardin d’acclimatation, a été un grand succès. 2 700 confrères s’étaient inscrits, c’est un record.

LPA – Est-ce également un lieu pour débattre de l’actualité de la profession ?

B. P. – Campus a aussi une dimension politique. Nous avons l’habitude d’y recevoir des personnalités de premier plan. L’an dernier, Jean-Jacques Urvoas, ministre de la Justice, et Thierry Mandon, secrétaire d’État chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, étaient présents pour le colloque de clôture. Cette année, nous avons eu l’honneur d’accueillir Jean-Michel Hayat, président du tribunal de grande instance de Paris, Jean-Marc Toublanc, secrétaire général du parquet national financier, et François Molins, procureur de la République de Paris, venus présenter le fonctionnement du nouveau palais de justice lors du colloque final animé par le bâtonnier Frédéric Sicard et la vice-bâtonnière Dominique Attias. Qu’ils aient répondu présent tous les trois n’est pas anodin et démontre une volonté de collaboration affirmée. C’est important que des magistrats viennent à Campus, cela montre qu’ils entendent et considèrent les avocats. Notre façon d’appréhender les lieux n’est pas la même que celle des magistrats. Il y a une vraie appétence des avocats de savoir comment fonctionnera le palais de justice, comment ils pourront circuler, comment se fera l’accès au droit… Ce sont des questions qui peuvent apparaître basiques mais sont essentielles.

LPA – Comment sont conçues les différentes conférences ?

B. P. – Les sessions de formation sont très pratiques. Il ne s’agit pas de refaire ce que l’université fait très bien : les intervenants sont là pour présenter leur expertise, leur expérience pratique tirée de leur vie professionnelle. Ce doit être suffisamment « mainstream » pour intéresser tout le monde et suffisamment pointu pour être utile. Dans le public, il y a ceux qui pratiquent et viennent chercher des informations sur leur domaine, et ceux au contraire qui viennent s’ouvrir à une nouvelle activité et assistent à des conférences portant sur des sujets dont ils n’ont ni la maîtrise ni la pratique quotidienne. La spécificité de Campus, c’est que les intervenants sont très disponibles. Les avocats peuvent les voir à la fin de leur intervention, leur poser les questions qu’ils souhaitent. La plupart des sessions débordent ainsi largement de l’horaire prévu. Nous avons finalement assez peu d’occasions de discuter librement avec certains confrères ou avec des magistrats sans qu’il y ait de dossiers entre nous. Pour cela, ces moments sont précieux. C’est important, car nous faisons tous le même métier, ou du moins nous participons tous au même objectif, même si nous ne sommes pas du même côté.

LPA – Quels ont été les temps forts de cette édition ?

B. P. – Le colloque de clôture fait traditionnellement partie des moments incontournables de Campus, et celui de cette année n’a pas dérogé à la règle. Nous avons également eu de très belles interventions. Celle du professeur Paul-Henri Antonmattei sur les nouvelles ordonnances du droit du travail, celle du professeur Denis Mazeaud sur la réforme du droit des obligations ou encore celles en droit de la famille ont été très suivies, en raison de leur qualité mais aussi parce qu’il y a une grosse actualité en droit du travail et en droit de la famille. Au-delà de l’aspect formation, Campus est aussi pensé comme un moment de convivialité, et nous veillons à laisser systématiquement un intervalle d’une demi-heure entre les interventions pour permettre aux confrères d’échanger et de se voir dans un autre cadre que celui dans lequel ils évoluent d’habitude. Enfin, la soirée de clôture est toujours un moment très attendu, de nombreux confrères venant aussi à Campus pour ce moment privilégié !

LPA – L’exercice du métier et la qualité de vie des avocats ont également trouvé leur place dans les débats…

B. P. – La grande majorité des interventions concernent des questions de droit, mais certains ateliers sont en effet consacrés à la vie de l’avocat dans son ensemble. Le métier peut être assez anxiogène : il nous faut être à la fois juriste, chef d’entreprise, gestionnaire et communicant, cela ne va pas de soi. Il n’est pas facile de concilier vie privée et vie professionnelle, de gérer son stress… Campus offre la possibilité d’aborder ces questions en petit comité. L’atelier consacré à la méditation a d’ailleurs connu un beau succès. Nous avons également consacré une intervention à l’avocat start-uper, pour revenir sur la manière dont les nouvelles technologies modifient nos conditions d’exercice. Cette question revient souvent car nous sommes face à un bouleversement de grande ampleur. Les algorithmes ne sont pas forcément une mauvaise nouvelle, ce sont peut-être elles qui vont nous permettre de dégager du temps pour nos vies personnelles et de nous organiser de manière plus harmonieuse. Il en est de même avec le barreau entrepreneurial, dirigé par Laurent Samama et qui assure des ateliers en management des cabinets, qui sont essentiels à notre profession.

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