Conseil de déontologie journalistique : une chance pour les journalistes et pour le public

Publié le 13/12/2019 - mis à jour le 16/12/2019 à 15H16

Créé le 2 décembre dernier, le Conseil de déontologie journalistique et de médiation n’en finit plus de diviser les médias. Certaines institutions comme le Syndicat national des journalistes y sont résolument favorables, d’autres, à l’instar de nombreuses sociétés de journalistes (SDJ) de grands médias, s’y opposent. Chez les juristes, les avis sont également partagés. Le 4 décembre dernier, le professeur Emmanuel Derieux expliquait sur notre site en quoi le droit des médias, très riche en France, pouvait s’avérer suffisant. Nicolas Bénoit, Avocat associé du Cabinet Lussan – Société d’avocats estime au contraire que cette instance déontologique peut se révéler un atout pour la profession comme pour le public. 

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Le terme « déontologie » vient du grec deontos, qui veut dire « devoir ». Aujourd’hui, il renvoie essentiellement aux obligations que des personnes sont tenues de respecter dans l’exercice de leur profession. Les obligations partagées par ces personnes reflètent ainsi des valeurs ou des principes jugés fondamentaux pour celles-ci.

Pourtant, la création, lundi 2 décembre, du Conseil de déontologie journalistique et de médiation a suscité de vifs débats. Il n’est pas question de reprendre ici les arguments des uns et des autres, tous respectables, mais de faire observer que la mise en place de ce Conseil est une chance pour la profession de journaliste, trop souvent critiquée. Ce Conseil peut, en effet, permettre d’atteindre deux objectifs essentiels : assurer la crédibilité des journalistes aux yeux du grand public et protéger le droit de celui-ci de recevoir des informations crédibles, dignes de foi et respectueuses des droits fondamentaux des individus. Comme l’a justement souligné Sabrina Lavric « Le journaliste n’est pas un quelconque marchand de services (…) il est dépositaire, à l’égard du citoyen, d’une certaine éthique de la vérité »

Probité et professionnalisme

La Cour européenne des droits de l’Homme rappelle, de manière constante, que « La liberté d’expression constitue l’un des fondements essentiels d’une société démocratique, l’une des conditions primordiales de son progrès et de l’épanouissement de chacun ». Ainsi, un journaliste respectueux de ses « devoirs et de ses responsabilités » est libre de porter à la connaissance du public toute information ou idée, accueillie avec faveur ou considérée comme inoffensive ou indifférente, mais aussi celles qui heurtent, choquent ou inquiètent, « ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l’esprit d’ouverture sans lesquels il n’est pas de société démocratique ». Bien plus qu’un droit, c’est également le devoir du journaliste d’informer le public sur toutes ces informations et idées.

En respectant le droit et leur déontologie, les journalistes ne seront, certes, pas prémunis contre d’éventuelles mesures de rétorsion que leurs révélations ou enquêtes pourraient susciter, mais ils pourront y faire face sereinement en sachant qu’ils ne risquent ni une condamnation pénale, ni un avis disciplinaire négatif. Quoi de mieux pour leur crédibilité, que les journalistes acceptent de soumettre leur travail au regard attentif, non seulement des lecteurs, leur juge naturel, mais également de leurs pairs. Sortir blanchi d’un tel examen croisé renforce la position des journalistes aux yeux de tous et démontre à leurs détracteurs leur probité et leur professionnalisme.

Dans cette perspective, le Conseil de déontologie des journalistes pourrait jouer un rôle déterminant comme garant de la crédibilité de la profession aux yeux du grand public.

Une question de confiance

Il pourrait également jouer un rôle très important au regard du droit de toute personne à recevoir des informations de qualité, traitées dans le respect des droits fondamentaux d’autrui. En effet, même si le Conseil ne prononcera aucune sanction à l’égard des journalistes, il émettra néanmoins des avis quant à leur pratique. Il pourrait être ainsi amené à trancher des questions portant sur le traitement médiatique de la prétendue arrestation de Xavier Dupont de Ligonnès en octobre dernier. Le Conseil pourrait également être amené à porter un avis sur certains cas où, bien qu’aucune loi spéciale restreignant la liberté de la presse n’aurait, a priori, été violée, le traitement des faits de la cause violerait d’autres principes tout aussi essentiels à la démocratie que la liberté d’expression. A titre d’exemple, l’actualité récente en témoigne, une attention particulière pourrait être portée au nécessaire équilibre à trouver entre le droit du public de recevoir des informations portant sur des faits pénalement répréhensibles et le droit des personnes accusées de tels faits, de voir trancher la question de leur innocence ou de leur culpabilité, de manière équitable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, dans des conditions loyales et contradictoires et non dans les médias.

Alors que seulement 24 % des français accordent leur confiance aux médias, le Conseil de déontologie journalistique et de médiation paraît ainsi constituer une chance pour la profession de journaliste de renouer avec la confiance du public. Encore faut-il qu’elle accepte de se soumettre à son autorité, afin de lui permettre d’être la voix de référence en matière de déontologie du journaliste et d’être en capacité de dire que tel journalisme est respectueux de la déontologie et que tel autre non. A suivre.

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