Hauts-de-Seine (92)

Expertise-comptable : l’évolution lente mais indéniable d’un métier

Publié le 22/09/2022 - mis à jour le 22/09/2022 à 10H13

Télétravail, facture numérique, numérisation, comme d’autres activités, l’expert-comptable a vu sa pratique quotidienne évoluée depuis la pandémie. « Les cabinets n’auront plus le choix, ils vont devoir développer de nouvelles missions ! », estime Virginie Roitman, la présidente de l’Ordre des experts-comptables Paris Île-de-France. Avec, Élodie Cassart, la présidente de la commission Stage et prestation de serment de l’Ordre des experts-comptables Paris Île-de-France, elles portent un regard optimiste sur l’avenir de leur profession.

Actu-Juridique : La crise sanitaire a-t-elle vraiment hâté la numérisation de votre activité ?

Élodie Cassart : Nous étions déjà dans une phase de dématérialisation dans la majorité des cabinets avant la crise sanitaire. L’apparition du Covid nous a surtout permis une accélération de la digitalisation de nos relations clients et le déploiement de nombreux outils numériques complémentaires. Dans notre cabinet, nous utilisions depuis de nombreuses années, par exemple, une plateforme d’échange et de communication liée à notre logiciel de digitalisation des factures, notre logiciel de production et notre application téléphone.

Valérie Roitman : Ces périodes de confinement ont eu l’avantage pour nos cabinets de pousser certains clients qui étaient encore récalcitrants à se mettre au numérique. Sans parler d’outils, nos clients ont beaucoup plus facilement scanné leurs pièces comptables, leurs factures d’achats, etc. ce qui permet une nouvelle réactivité des cabinets.

Actu-Juridique : Le télétravail, est-ce une solution viable pour votre profession ?

Élodie Cassart : Le télétravail en cabinet d’expertise comptable ressemble à celui dans n’importe quelle entité économique. C’est un subtil équilibre entre le maintien de la culture d’entreprise et la diminution des temps de trajets quotidiens souvent harassants. Le télétravail permet aussi de se créer des bulles de concentration, de se dégager des temps de production dans cette profession où le flux d’informations, de courriels, de réunions ou d’appels téléphoniques peut nous déconcentrer facilement. Les collaborateurs s’organisent ainsi plus sereinement et gagnent en autonomie. Néanmoins, nous avons dû nous adapter afin de revoir notre manière de manager, de répartir le travail avec comme objectif principal le maintien d’un esprit d’équipe et de vie de bureau.

Durant la période du Covid, nous avons mis très rapidement en place des réunions d’équipes quotidiennes à distance à heures fixes. Ces réunions étaient animées par les chefs de missions ou des collaborateurs et non par l’expert-comptable. Des groupes de travail ont été créés afin de favoriser le travail d’équipe et la communication. Des cours de sport à distance ont été proposés à tous les salariés.

Aujourd’hui le télétravail n’est plus subi mais devient une opportunité pour les salariés comme le cabinet. Chacun est force de proposition en fonction de ses besoins. Pas d’obligations mais une possibilité.

Virginie Roitman : Dès mars 2020, la plupart des cabinets se sont retrouvés en full télétravail contraint et forcé. Nous pouvons louer l’agilité de l’ensemble de la profession car si la France était confinée, l’ensemble des cabinets d’expertise comptable étaient au service des entreprises : activité partielle, prêt garanti par l’État, fonds de solidarité, etc.

Actu-Juridique : À partir de 2024, les factures électroniques seront généralisées. Cela représentera une perte d’activité importante pour vous. Cela vous inquiète-t-il ?

Virginie Roitman : Pas du tout ! 50 % du chiffre d’affaires des cabinets d’expertise comptable repose sur l’activité de déclaration et de tenue comptable, nous allons donc pouvoir enfin dégager du temps nécessaire pour accompagner les entreprises.

La facture électronique est une formidable opportunité pour exercer enfin le métier pour lequel nous avons été formés, nous allons pouvoir nous concentrer sur des missions qui intéressent véritablement les chefs d’entreprise et qui répondent davantage à leurs besoins.

Actu-Juridique : Les cabinets sont-ils prêts pour un tel bouleversement ?

Virginie Roitman : L’entrée en vigueur de la facture électronique obligatoire va assurément donner un puissant coup d’accélérateur à l’automatisation, avec des conséquences directes sur le travail des collaborateurs qui assurent aujourd’hui les tâches déclaratives. Une grande partie des experts-comptables a parfaitement conscience que cette révolution est en marche. La grande question est surtout : comment réussir sa transformation de cabinet ?

C’est pourquoi l’Ordre des experts-comptables franciliens a créé « le parcours de la transformation » afin d’aider les experts-comptables à développer de nouvelles missions et à préparer les collaborateurs à monter en compétence afin de maintenir ou augmenter leur chiffre d’affaires. Ce parcours est constitué d’ateliers de sensibilisation sur la stratégie du cabinet, de formations plus longues et plus poussées, d’outils performants d’aide au déploiement d’une nouvelle offre et de gestion des compétences. Il existe des confrères mentors qui peuvent conseiller et des coachs professionnels qui peuvent accompagner cette transformation du cabinet.

Actu-Juridique : À quoi ressemblera le métier à moyen terme ? Fini la comptabilité et place à l’expertise et le conseil ?

Virginie Roitman : Les tâches répétitives (saisies, TVA, liasses fiscales…) disparaîtront certainement au profit d’une relation client plus récurrente. Nous allons libérer du temps pour assister le chef d’entreprise dans sa gestion quotidienne, l’aider au pilotage de sa trésorerie, l’aider à relancer ses clients, à payer ses fournisseurs ou à organiser par exemple ses recrutements. Une fois la comptabilité et les déclarations automatisées, tout ce que le chef d’entreprise n’a pas le temps de faire, nous allons pouvoir le suppléer et faire en sorte qu’il se concentre sur son objectif : développer sa société.

Élodie Cassart : À mon sens, demain, nous deviendrons indispensables non pas pour produire des déclarations fiscales à temps, mais plutôt pour coordonner tous les outils de nos clients et ainsi répondre à leurs besoins et à leurs préoccupations quotidiennes.

Il n’est pas forcément question de mettre fin à la comptabilité mais plutôt de la remettre au centre d’un processus utile au client et performant.

Actu-Juridique : Quelles pourraient être les missions de demain d’un expert-comptable ?

Virginie Roitman : Les clients demanderont toujours plus d’accompagnement et de proximité et moins de prestations comptables. Les cabinets n’auront plus le choix, ils vont devoir développer de nouvelles missions ! Le cabinet deviendra une sorte de guichet unique et nous nous rapprocherons alors du « full service ». Ou bien le cabinet se spécialisera sur une ou plusieurs missions techniques telles que la RSE, la direction financière, la gestion de patrimoine, etc.

Un séminaire dédié à ces nouvelles missions a d’ailleurs été mis à l’honneur pendant les Universités d’été de la profession du chiffre du 6 au 8 septembre derniers au Palais des Congrès.

Actu-Juridique : Est-ce une opportunité pour attirer de nouveaux profils ?

Élodie Cassart : C’est évidemment l’occasion de former nos collaborateurs aux nouvelles missions et d’être plus attractif en s’adressant à des écoles comme Sup’Expertise qui les forment sur-mesure aux métiers de demain.​

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