Seine-Saint-Denis (93)

Jérôme Gavaudan : « Il est capital de mettre en avant des femmes et des hommes, derrière le métier d’avocat » !

Publié le 10/11/2022 - mis à jour le 10/11/2022 à 10H37

Le 4 octobre dernier, les collèges franciliens ont ouvert la porte au droit. Quand son agenda le permet, le président du Conseil national des barreaux, Jérôme Gavaudan, se plie à l’exercice, avec un enthousiasme sans cesse renouvelé.

De la Bonne Mère au quartier du Montfort à Aubervilliers (93), il n’y a pas qu’un seul pas, mais Jérôme Gavaudan, directeur du Conseil national des barreaux n’a pas hésité à les faire pour parler égalité de droits à des collégiens. L’avocat marseillais, spécialiste en droit du travail et de la sécurité sociale, a travaillé de longues années dans la cité phocéenne avant de créer son cabinet en 1997. Très tôt dans sa carrière, a été chatouillé par le corporatisme et s’est intéressé aux fondements mêmes du métier d’avocat et des institutions judiciaires.

Tout d’abord chargé d’enseignement à l’école des avocats du Sud-Est, il entre ensuite dans les cercles institutionnels de représentation de la profession. Il est nommé bâtonnier de Marseille en 2011-2012 puis devient membre du CNB, avant d’en être élu président en 2018-2019, succédant à Christiane Ferahl-Shuhl dont il partage l’intérêt pour la défense de la profession face aux décisions gouvernementales et la passion de se confronter aux jeunes esprits collégiens.

Pour la cinquième édition de la Journée du droit dans les collèges, des centaines d’avocats bénévoles sont intervenues pendant deux heures dans les classes de collège et parfois de lycée pour un échange pédagogique sur des questions liées à la présomption d’innocence, au principe d’égalité devant la loi, à la discrimination, aux préjugés ou encore aux symboles de la justice. C’est donc au collège Gabriel-Péri, d’Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, dans une classe de cinquième que l’avocat est intervenu.

Actu-Juridique : Pourquoi cette Journée du droit auprès des jeunes collégiens et lycées est-elle si importante pour le Conseil national des barreaux ?

Jérôme Gavaudan : C’est d’abord une journée importante pour les avocats. Il y a cinq ans, Christiane Feral-Schuhl avait lancé cette opération en la calant avec la Nuit du droit, qui se tient tous les 4 octobre. C’était l’occasion, entre ces deux événements de créer un “momentum”, une réflexion commune et nationale sur le droit, les droits et la justice. Un moment fort, en somme. Le Conseil national des barreaux se devait de coordonner cet événement national et très vite ce fut l’évidence : qui mieux que les avocats (et aussi les magistrats) pour porter la parole de la justice, rappeler ce qu’est le principe républicain dans les établissements scolaires ?

Le résultat, quelques années après, montre que cela fonctionne bien : pour l’édition 2022 nous avons eu 500 collèges concernés et 700 avocats mobilisés. Ce succès et cette réussite sont aussi à mettre en lien avec le sujet choisi : « Sommes-nous tous égaux devant la justice ? ». Ce thème vient de révisions collectives que l’on a eues dans cadre du comité Sauvé (Comité des États généraux de la Justice de 2021,NDLR) dont je faisais partie. Grâce entre autres aux remarques de Bénédicte Fauvarque-Cosson, alors conseillère aux États généraux, nous nous sommes rendu compte de l’urgence capitale d’expliquer aux jeunes le fonctionnement de l’institution judiciaire. C’est une façon de travailler sur le long terme car prédomine chez nos concitoyens une vraie incompréhension, une méconnaissance totale du système judiciaire. Encore aujourd’hui, dans les tribunaux, les personnes convoquées à la barre disent « votre honneur » au président, comme ils le voient dans les séries américaines !

Actu-Juridique : Comment avez-vous abordé le thème choisi avec les élèves que vous avez rencontrés ?

Jérôme Gavaudan : Il faut savoir que le thème, celui de l’égalité devant la justice, est davantage un point d’entrée, une question lancée à la cantonade qu’une ligne directrice de la rencontre. C’est un point de départ pour évoquer avec eux des sujets importants, l’indépendance de la justice, son rôle dans le fonctionnement de la République, les obligations et les devoirs des citoyens… Ce sont des sujets qui plaisent beaucoup aux jeunes.

Actu-Juridique : Comment s’est passée votre séance cette année, dans ce quartier populaire d’Aubervilliers ?

Jérôme Gavaudan : C’était une demi-journée très intéressante. J’ai été surpris par le côté très studieux des élèves, par la discipline à laquelle ils adhèrent. Les enseignants ont souvent peur que les élèves ne se comportent pas bien avec des personnes de l’extérieur mais ils ont vite été rassurés ce jour-là. Ils étaient intéressés, impressionnés aussi un peu, et surtout ils avaient des questions très intéressantes sur le fonctionnement de la justice. Certains avaient des connaissances que d’autres n’avaient pas, parce qu’ils avaient des proches qui avaient eu affaire à la justice, et d’autres pas du tout… Tout le monde s’écoutait, les élèves entre eux, les enseignants et moi. J’ai trouvé que les questions étaient très matures pour des élèves de leur âge, elles portaient sur la prison, les sanctions, le rôle du procureur, celui de l’avocat… Je les ai trouvés plus au fait que ce à quoi je pouvais m’attendre. D’ordinaire, j’interviens dans des quartiers plus favorisés, à Marseille, et les élèves sont moins au courant, moins intéressés, je trouve.

J’ai rencontré des jeunes bien dans leurs baskets, bien dans leur établissement et plutôt au fait du fonctionnement de la justice. Certains m’ont aussi bien sûr posé des questions sur la rémunération du métier, si c’est un travail difficile, fatigant, si c’est chouette de porter une robe. Le métier d’avocat reste encore un mirage pour beaucoup, la profession garde une forme d’inaccessibilité pour beaucoup. Je me suis souvenu dans le cadre de cette rencontre que pour moi aussi, comme pour les élèves, cette profession m’avait semblé longtemps inatteignable. C’est pourquoi il est capital de mettre des femmes et des hommes, derrière le métier d’avocat.

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