Hauts-de-Seine (92)

Les avocats retournent au collège

Publié le 21/10/2021 - mis à jour le 21/10/2021 à 10H17

La Journée du Droit dans les collèges a eu lieu le 4 octobre dernier. Dans toute la France, plus de 500 avocats ont été à la rencontre des élèves. Au programme cette année, un échange de deux heures sur le thème de l’injustice. Nathalie Attias, avocate au barreau de Paris spécialisée en droit social, membre du Conseil national du barreau (CNB), est allée à la rencontre d’une classe de cinquième à Asnières-sur-Seine (92). Un échange dont elle rend compte avec enthousiasme, entre deux éclats de rire.

Actu-juridique : Comment s’est déroulée cette Journée du Droit ?

Nathalie Attias : Ces journées sont le fruit d’un partenariat entre le CNB, l’association Initiadroit et les ministères de l’Éducation nationale et de la Jeunesse et des Sports. Elles ont eu lieu pour la quatrième fois. Chaque année, les avocats interviennent sur un thème précis. Nous avons choisi pour cette édition celui des injustices, car nous travaillons également ce sujet au CNB en vue de la campagne présidentielle. Nous avons l’ambition de sensibiliser les pouvoir publics et surtout de convaincre les candidats de venir au secours de la justice, en grande difficulté. Plutôt que de parler de la justice, ce qui endort un peu les hommes et femmes politiques, nous avons choisi de parler des injustices.

AJ : Est-ce facile de motiver des avocats pour ces échanges ?

N.A. : Les avocats sont très actifs depuis des années pour présenter leur métier dans le cadre de la journée des métiers dans les écoles. Il était naturel que le CNB soit dans cette dynamique et se porte volontaire pour aller parler aux enfants. Nous avons créé une plateforme pour recenser avocats et établissements volontaires et avons eu plus de 500 inscriptions d’avocats dans toute la France. Pour ma part, j’ai l’habitude des interventions en classe, mais c’était ma première Journée du Droit dans les collèges.

AJ : Qui sont les collègues que vous avez rencontrés ?

N.A. : Je suis allée dans un collège d’Asnières-sur-Seine faisant partie du réseau d’éducation prioritaire (REP). J’ai passé deux heures dans une classe de cinquième qui m’avait été présentée comme l’une des plus difficiles du collège. J’ai trouvé les enfants incroyables. Ils avaient beaucoup de choses à dire, ça fusait, c’était très vivant. Au bout d’une heure, il y a eu un peu de perte d’attention, mais cela a repris. J’ai voulu leur dire surtout que l’on venait à eux parce qu’ils sont notre avenir. Je leur ai dit qu’ils devaient avoir conscience de leur citoyenneté, de leurs droits et de leurs devoirs. J’en ai profité pour les inciter à voter ! Pour moi, ce fut une journée très riche.

AJ : Comment aviez-vous pensé l’échange ?

N.A. : J’ai voulu essayer de rendre les choses assez vivantes. Avant de parler des injustices, j’ai pensé qu’il fallait qu’ils aient à l’esprit ce qu’est la justice. Je leur ai demandé s’ils avaient déjà vu une statue la représentant, leur ai demandé de parler de ses trois symboles : les yeux bandés, le glaive, la balance. Cela m’a permis de leur expliquer que l’idéal de la justice va avec un environnement harmonieux et équilibré. Que la justice implique un juste équilibre entre le principe de la liberté et les exceptions qu’on peut y apporter. Nous avons décliné cela en plusieurs exemples, comme celui du pass sanitaire, puis évoqué la liberté d’expression, son principe et ses limites. Nous avons aussi eu l’occasion de parler des grands principes de la Révolution et des articles de la Déclaration des droits de l’Homme. Ils y ont été très sensibles.

AJ : Pourquoi teniez-vous à parler du cyberharcèlement ?

N.A. : J’ai consacré du temps au cyberharcèlement car nous savons que c’est un fléau qui touche beaucoup d’élèves. J’ai voulu les alerter, leur dire aussi qu’ils pouvaient être aidés. Je leur ai dit que c’était important qu’ils parlent à des adultes, et en premier lieu, à leurs parents, s’ils subissaient du harcèlement moral ou avaient des problèmes à l’école. Certains m’ont alors décontenancée. L’un m’a en effet m’a répondu qu’il ne pouvait pas en parler à son père parce ce dernier risquerait de s’en prendre physiquement aux parents de l’élève agresseur. Un autre m’a dit, et cela m’a vraiment touchée, « nos parents ont suffisamment de problèmes, on va pas les embêter avec ça ». Un dernier élève m’a dit : « Je me console en silence ». On mesure alors la fragilité de l’enfance. J’ai insisté sur le fait que dans certaines situations, on ne pouvait pas faire face tout seul. Je leur ai parlé des suicides chez les enfants, de l’arsenal qui existe dans la loi et les écoles pour les aider. La principale est intervenue pour aller dans ce sens également, en leur parlant des médiateurs et des infirmiers qui sont là pour les écouter.

AJ : Quelles sont leurs représentations de la justice ?

N.A. : Ils en ont une conception fantasmée, dans le mauvais sens du terme. Ils imaginent qu’il suffit d’être riche et puissant pour échapper à la justice. J’ai bien insisté sur le fait que personne n’est au-dessus de la loi, afin qu’ils comprennent bien que n’importe quelle personne qui fait du mal peut être punie. Lorsque je leur ai dit que personne n’était au-dessus de la loi, un élève m’a rétorqué: « Si, Dieu ! ». Je lui ai répondu que la justice divine existe peut-être, mais que je ne la connaissais pas. Et qu’en revanche, je pouvais lui parler de la justice des hommes. Celle-ci a beaucoup changé et heureusement ! tout le monde doit aujourd’hui répondre de ses actes.

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