Yvelines (78)

Notaire : « Notre valeur ajoutée est le conseil »

Publié le 09/06/2021 - mis à jour le 14/06/2021 à 11H06
Bruno Bleu / AdobeStock

Me Stéphane Lherbier est notaire à Montmorency depuis 1999. Il a été élu président de la Chambre interdépartementale des notaires Yvelines Val-d’Oise en mai 2019 et termine son mandat cette année, dans des conditions encore particulières liées à la crise sanitaire. Il revient sur son parcours, sa vision du métier et fait le bilan de sa présidence.

Actu-Juridique : Qu’avez-vous fait avant de vous installer à Montmorency ?

Stéphane Lherbier : Je suis entré en octobre 1988, après mon service militaire, chez mon premier employeur, Me Gérard de Kerpoisson, comme collaborateur. J’y suis resté trois ans en stage pour préparer mon diplôme de notaire, obtenu en 1991. Nous étions dans un contexte de guerre du Golfe, en période de crise économique importante. Le notariat licenciait à tour de bras. On est passé de la pleine activité à un coup d’arrêt. Il a fallu plusieurs années pour s’en remettre. J’ai trouvé une étude sur la commune du Bourget, celle de Me Marc Dietsch, où je suis resté jusqu’en 1998. C’est à la suite de rencontres et d’opportunités que je suis arrivé à Montmorency, près de là où je suis né.

AJ : Vous avez également connu la crise de 2007-2008…

S.L. : La récession de 2007-2008 ne s’est pas inscrire dans la pérennité. Fin 2007, nous avions une année assez bonne, puis un ralentissement, mais nous avons redémarré au deuxième semestre 2008. Depuis, nous n’avons pas connu d’autres périodes de crise dans la profession. L’activité aujourd’hui est au beau fixe parce qu’on bénéficie de facteurs positifs comme des taux d’intérêts très bas, ce qui soutient le marché immobilier. L’immobilier est encore synonyme de sécurité.

AJ : Observez-vous des effets de la crise sur votre quotidien en tant que notaire ?

S. L. : La crise sanitaire qui nous frappe a créé de nouvelles demandes de maisons individuelles. Plus personne ne veut d’appartement sans terrasse ou balcon. Le niveau de l’immobilier à Paris est toujours élevé alors on va chercher en banlieue ou en province. Avec le télétravail, on hésite moins à chercher à près de 200 kilomètres de Paris.

AJ : Pourquoi avoir choisi Montmorency ?

S.L. : Il faut connaître son terroir, son territoire. J’ai toujours vécu là. Je me voyais mal m’installer dans un secteur que je ne connaissais pas. Je crois aussi que cette ville a une spécificité, parce qu’on est à 15 kilomètres de Paris. Elle a le charme d’une ville provinciale. En termes de clientèle, nous avons beaucoup de chefs d’entreprise et de professions libérales. C’est une vie assez bourgeoise proche d’Enghien-les-Bains, tout cela à 15 minutes de la gare du Nord.

AJ : À quoi ressemble votre étude ?

S.L. : Je travaille en famille avec mes deux enfants, l’un est associé, l’autre en formation. L’activité se porte assez bien au sein du notariat bien qu’il y ait de la concurrence depuis la loi Macron du 6 août 2015.

AJ : Cette loi a-t-elle modifié la profession ?

S.L. : Nous avons eu une augmentation des notaires libéraux en Île-de-France, avec une augmentation de notaires salariés. C’est une évolution marquante. On en mesure encore les effets. Il y a de nouvelles situations qui émergent et auxquelles nous n’étions pas confrontés, comme par exemple des études en difficultés économiques due à la concurrence. La profession est confrontée à des études avec peu d’activité ou en redressement. Mais cela a aussi permis le multi-office. Moi-même j’en ai deux. Ce sont des phénomènes nouveaux qui n’existaient pas avant, avec des montages juridiques compliqués qui peuvent créer des conflits entre associés et qui seront peut-être plus fréquents à l’avenir. Nous observons donc des effets positifs mais aussi des effets pervers et négatifs.

AJ : Quels ont été les enjeux de votre mandat à la présidence de la Chambre interdépartementale des notaires Yvelines Val-d’Oise ?

S. L. : J’identifie deux enjeux majeurs. D’abord, l’accueil des nouveaux arrivants. Nous avons eu beaucoup de créations d’offices dans le cadre de la loi Macron. Pour leur intégration, nous avons mis en place des processus au sein de la Chambre.

Le deuxième enjeu est la technologie. Nous avons maintenant 80 % voire plus de nos études qui fonctionnent avec la visioconférence, alors que seulement 30 % étaient équipées en 2019. On peut maintenant signer des actes entre Marseille et Montmorency à distance grâce à la signature électronique. Nous avons vraiment fait un bond en avant. La crise sanitaire y est pour beaucoup.

AJ : Comment avez-vous organisé l’accueil des nouveaux notaires sur votre territoire ?

S. L. : Nous avons mis en place des formations pour les jeunes notaires afin de les intégrer à la vie des instances. Un rapporteur et un notaire élu de la Chambre rendent visite et répondent aux questions. Il y a aussi un processus de suivi de ces études si elles se trouvent en difficulté. Notre rôle est d’avoir une surveillance de manière à pouvoir éviter des dérapages derrière. La crise sanitaire a été un gros imprévu. Toutes les manifestations avec du public ont été supprimées. Il a fallu travailler sur cette formation à distance. Mais nous avons continué à exercer nos missions régaliennes dans le respect de la déontologie de la profession.

AJ : Une étude récente de Wolters Kluwer et OpinionWay révèle des écarts de perception entre les professionnels et les Français, en particulier concernant l’utilité et le rôle des notaires. Qu’en pensez-vous ?

S. L. : Cela ne m’étonne pas. Il y a encore cette image du notaire rédacteur qui est pourtant complètement dépassée. Notre valeur ajoutée est le conseil et tout le côté ingénierie. Nous avons toute une préparation, une analyse de la situation patrimoniale et financière. L’objectif est d’orienter vers le bon acte. Un notaire connaît la loi et est impartial. Il exerce dans le cadre de sa déontologie professionnelle. La perception extérieure est différente de la nôtre et le décalage est important. Même si la profession communique plus, elle n’est pas assez représentée dans les médias. Aujourd’hui, la vision balzacienne du notaire est désuète. Les notaires sont modernes.

AJ : Vous parliez d’ailleurs d’un bond technologique…

S. L. : Nous avons une très bonne maîtrise en la matière. Mais il y a un paradoxe. Les technologies permettent d’être rapides, mais nous avons une réglementation compliquée qui n’arrête pas d’évoluer et qui nécessite la réunion de multiples pièces.

AJ : Y a-t-il un point sur lequel vous pensez devoir davantage communiquer ?

S. L. : Les tarifs. Souvent la première question porte sur le fait de savoir combien on va prendre et combien cela va coûter pour le client. Parfois les réponses sont décevantes. L’expression « frais de notaire » est par exemple maladroite et inadaptée. On oublie que nous sommes collecteurs d’impôts, pour tous les actes notariés. Ce n’est pas comme cela dans tous les pays. Il nous appartient de l’expliquer aux clients.

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