Retraite des avocats : la guerre de com’ est déclarée !

Publié le 02/12/2019 - mis à jour le 03/12/2019 à 10H17

La profession d’avocat a décidé de se battre pour conserver son régime autonome de retraite et ne laissera rien passer. France 2 l’a découvert à ses dépens.  Dans son journal de 20 heures du dimanche 1er décembre, à l’occasion d’un sujet sur la réforme des retraites, la chaîne a diffusé une infographie intitulée «Régimes spéciaux financés par les consommateurs ». On pouvait y lire en tête la somme de 1,8 milliards d’euros sur fond rouge. En-dessous figurait le nom de quatre professions  : Electricien, Gazier, Avocat, Clerc de notaire. Et encore en-dessous, cette mention :  Retraites :  le coût des régimes spéciaux. Il était par ailleurs précisé que les informations étaient issues du projet de loi de finances 2020. Immédiatement, les avocats se sont indignés sur les réseaux sociaux.  Cela fait des mois en effet qu’ils répètent que leur régime de retraite n’est pas spécial mais autonome. Non seulement il ne coûte rien à la collectivité, mais il reverse chaque année 100 millions d’euros par an aux autres régimes.

 

Face au tollé suscité par ce qui a été très vite qualifié de fake news,  le présentateur du journal, Laurent Delahousse, a répondu « si c’est le cas, il y aura un correctif ». Pour sa part, la présidente du Conseil national des barreaux (CNB) Christiane Féral-Schuhl a prévenu la chaîne sur Twitter qu’elle recevrait dès le lendemain lundi une demande officielle de droit de réponse. « Le régime de retraite des avocats est un régime AUTONOME. Il ne demande pas 1 € au contribuable. Il est solidaire avec les autres régimes à qui il reverse près de 100 millions d’€ par an ». Et de préciser dans un autre tweet « A en croire la source de cette infographie, je m’étonne et m’inquiète que le gouvernement en soit réduit à une offensive d’éléments de langage plutôt qu’à la prise en compte des alertes de tous ceux qui considèrent la réforme actuelle comme dangereuse ». Quant au compte Twitter de la Caisse nationale des barreaux français (CNBF), il a interpellé le CSA pour signaler la diffusion d’une information fausse « causant un très important préjudice de réputation à notre profession » . Ce compte surveille très activement les déclarations publiques concernant la retraite des avocats, diffuse de l’information sur son fonctionnement et corrige les erreurs à chaque fois que nécessaire.

 

Cet incident s’inscrit dans un contexte tendu. Vendredi à la rentrée solennelle du barreau de Paris, la ministre de la justice Nicole Belloubet était attendue sur le sujet. Elle a rappelé que si le régime de retraite des avocats était actuellement à l’équilibre, c’était en raison d’une démographie favorable et que la responsabilité du gouvernement était de la sécuriser à l’intérieur d’un système plus simple, plus lisible et mieux adapté à l’époque. Toutefois,  elle s’est dite prête avec Jean-Paul Delevoye à envisager des adaptations dans les modalités de mise en œuvre, concernant par exemple la réduction de l’assiette de la CSG ou encore la période de transition.   Lundi 2 décembre, le CNB a saisi la direction de l’information du Groupe France Télévision et a obtenu la diffusion en début de journal par le présentateur du texte suivant : « Contrairement à ce que nous avons dit hier soir, la profession d’avocat ne fait pas partie des régimes spéciaux. C’est un régime autonome qui s’autofinance ». L’affaire est toutefois loin d’être réglée. Car selon les vérifications opérées par les avocats, le PLF 2020 n’est pas la source du tableau présenté dans le journal. Mais alors d’où viennent ces informations ? Les journalistes se sont-ils trompés ou leur a-t-on transmis des données erronées ?  En attendant de le découvrir, la prochaine étape de la bataille menée par la profession pour préserver son système de retraite sera la journée justice morte le 5 décembre prochain.

Olivia Dufour

 

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