La 6e édition du DRH numérique : en route pour la transition digitale

Publié le 16/12/2019 - mis à jour le 17/12/2019 à 9H37

Le 14 novembre, l’ANDRH a remis son prix annuel du DRH numérique. Remis en toute indépendance des fournisseurs ou des intégrateurs, le Prix du DRH numérique est porté par la commission nationale « RH & Digital » de l’ANDRH et par l’ensemble de ses partenaires institutionnels. Il permet de partager les bonnes pratiques, de valoriser les initiatives et le leadership des professionnels RH. Pour l’édition 2019, le rôle des DRH dans la transition numérique des entreprises s’est imposé comme un véritable fil rouge. Exceptionnellement, cinq catégories, les quatre habituelles et un prix spécial, ont été récompensées.

Le numérique, bien que désormais incontournable, y compris dans les pratiques professionnelles, fascine par ses potentialités infinies, mais peut continuer de faire peur. Dans son discours introductif, Salwa Toko, présidente du Conseil national du numérique, très engagée également sur la question de la présence des femmes dans la tech, a souligné les opportunités incroyables que la transition numérique pouvait susciter, tout en enjoignant les DRH, en « première ligne » face « aux questions de bien-être au travail des salariés tout comme d’efficacité, d’apporter des solutions pour que notre système n’explose pas ». Face aux craintes de voir des emplois disparaître, elle a appelé les DRH « à être vigilants » face au « recueil de ces souffrances ». À ses yeux, les DRH doivent rester à tout prix des interlocuteurs de confiance pour l’entreprise. « Le numérique vous aide déjà, mais il doit rester en soutien », le cœur de métier devant continuer à être basé sur l’humain.

Le boom des outils numériques

De son côté, Karima Silvent, Global of HR chez Axa, présidente du jury 2019, a dit quelques mots sur l’ensemble des dossiers reçus. S’en dégageait une « grande diversité », tant en termes de tailles. « Pour les grandes entreprises, c’est assez facile d’aller vers le numérique », a-t-elle reconnu. Pourtant, parmi les candidats se trouvaient des PME, des TPE, issues du public, du privé, etc. « Je note l’évolution de la transition numérique dans les entreprises : le sujet de l’informatisation a été l’occasion de recréer de la relation, avec les collaborateurs notamment. Cela encourage aussi des dynamiques participatives », a-t-elle estimé. Définitivement positive, elle ne voit pas la fonction RH « comme asservie à la technologie, mais plutôt comme l’opportunité de positionner la fonction RH au centre ». Des collaborateurs, des clients, des problématiques. Car dans de plus en plus d’entreprises (environ 20 %) remarque-t-elle, les DRH sont aussi des directeurs de la transformation, ce qui « permet de tout concilier, d’avoir de nouveaux leviers ». Les « DRH avaient tendance à refuser de s’occuper de la logistique », mais ils ont compris l’intérêt d’assurer sur toute la chaîne.

Une totale évolution que partage Éric Goata, directeur général délégué d’Eléas, un cabinet de conseil indépendant, spécialiste du management de la qualité de vie au travail et de la prévention des risques psychosociaux. Juste avant la divulgation du palmarès, il a livré les résultats d’une étude réalisée en octobre dernier auprès d’environ 200 DRH, afin de mieux connaître l’impact des outils numériques sur la profession. En 2018, la même enquête avait déjà été réalisée. L’accueil des salariés face aux nouveaux outils numériques avait été favorable mais il existait parallèlement des attentes pour mettre en place des outils afin de lutter contre le sentiment de débordement qu’ils suscitent. Éric Goala souligne un décalage entre les DRH et les salariés : par exemple, quand 87 % des DRH pensent que ces outils numériques ont un effet positif sur la réactivité et le temps d’échange, seuls 62 % des salariés le ressentent (2018). Un décalage que l’on retrouve sur la question de l’organisation du temps de travail (85 % des DRH enthousiastes, contre 55 % des salariés) et sur la gestion des urgences, (81 % des DRH enthousiastes contre 55 % des salariés).

« Ce décalage se voit notamment bien sur les formations : 69 % des DRH ont mis en place des formations liées aux nouveaux usages numériques », ce qui prouve l’ampleur de la tâche, mais « seulement 11 % de ces actions sont en faveur de l’adaptation des capacités cognitives », détaille-t-il. En réalité, « la charge mentale [liée au numérique] est énorme et mal évaluée. La preuve, en 2018, la moitié des cadres faisait face à une sensation de débordement, un sentiment de trop-plein (trop sollicités le soir, les week-ends, les vacances…). Cette année, 96 % des DRH pensent que des actions menées ont un impact sur la qualité de vie au travail. 59 % pensent notamment que le télétravail est la mesure la plus efficace, quand la déconnexion est citée à 45 % par les salariés. « L’alternance sur le lieu de travail, avec la mise en place du télétravail, peut pallier la surcharge liée au numérique ». Pourtant, seuls 28 % des DRH ont mis en place de vraies actions pour rendre concret le télétravail, ce qui montre les difficultés « pour passer à l’action ». Et si 15 % ont sensibilisé leurs salariés sur l’efficacité professionnelle dans un contexte de travail numérisé, 32 % reconnaissent n’avoir rien fait devant les freins mentaux comme la peur de se lancer dans des actions trop « disruptives » ou « innovantes », dont on ne peut évaluer en amont l’efficacité. Dans ce paysage aux résultats mitigés, il lance quelques pistes, comme un « usage collaboratif utile et efficace » de ces outils, le renforcement de l’expérience collaborateur, la nécessité de mettre en place des marqueurs de performance. Une certitude : « Préserver la santé mentale [des employés] nous semble indispensable », insiste Éric Goala.

Funtap / AdobeStock

Un palmarès enthousiasmant

Côté palmarès, quatre prix et un prix spécial ont été remis. Pour le prix « Mieux travailler à l’ère du numérique », le jury a été séduit par l’initiative de Mathilde le Coz, directrice Talents et Innovation RH et Martin Huerre, directeur France, tous les deux chez Mazars, qui ont voulu dynamiser la DRH en s’agrégeant un collectif de start-ups « [email protected] », mis au service de l’expérience candidats et collaborateurs. « Notre but n’est pas d’essorer les start-ups mais bien de les faire grandir avec nous, dans des écosystèmes ouverts où l’on permet aux DRH de se consacrer à leur cœur de métier, c’est-à-dire l’intermédiation humaine », a précisé Martin Huerre.

Pour le prix de la « Disruption numérique RH » (qui récompense les tendances émergentes et les nouvelles opportunités), ont été récompensés Maité Amostegui, directrice de la transformation digitale et Victor Aussal, Digital HR Project Manager, pour les Parfums Christian Dior. Ensemble, ils ont créé une application mobile, #Digital Addict, véritable épicentre de la transition numérique pour les Parfums Dior, qui a pour vocation d’acculturer l’ensemble des collaborateurs aux questions digitales, grâce à un Wall, des applications formatives, une arène de jeux entre collaborateurs et des événements digitaux inspirants.

Le prix de la « Transition Numérique de la fonction RH », a lui, été remis à Madeleine Podeur, DRH groupe et communication d’Omnium (prêt-à-porter), pour la mise en place d’une démarche de transformation globale de la fonction RH, le développement d’une culture numérique partagée par tous les acteurs de la chaîne RH. Son engagement a permis une « transformation globale du groupe », dans un souci de simplifier la vie des directeurs de magasins, accompagné d’un travail pédagogique général en faveur du numérique.

Véritable coup de cœur, Olivier Cagnac, DRH de la société Exterion Media (affichage publicitaire) a reçu le prix « du DRH de l’année ». Face aux grandes difficultés financières rencontrées ces dernières années (perte de 40 % du CA), il a mis au point un « Passeport Digital », imaginé dans le cadre de son plan de transformation #EMF2020. Avec l’exigence d’apporter à l’ensemble des collaborateurs les moyens de contribuer activement au processus de transformation stratégique, pour accélérer le virage de l’entreprise vers la communication digitale, ce programme d’accompagnement, déployé entre mi-2018 et fin 2019 a obtenu l’adhésion de 93 % des collaborateurs… et ce durant les quinze premiers jours de campagne d’inscription (avril 2018) ! Cette année, la société a d’ailleurs renoué avec les bénéfices, avec un CA en hausse de 2 %. « Les collaborateurs ont montré un vrai enthousiasme, précise Olivier Cagnac, pour être candidats à passer une ou deux journées de formation, à travailler sur un mémoire, etc. Mon patron m’a dit « J’avais l’impression de conduire une traction, maintenant je conduis une voiture à propulsion », se réjouit-il. « Nos collaborateurs sont les premiers acteurs de la transformation digitale ».

Enfin, le jury a décidé de récompenser un projet de type associatif, avec « le Prix de l’inclusion numérique ». Il a été remis à Emmanuel Gobin, DRH de l’AFEJI (Association des Flandres pour l’éducation, la formation des jeunes et l’insertion sociale et professionnelle). Il a commencé un large projet de digitalisation de la fonction RH inclusif. Face à la nécessité de renforcer « la performance de l’association », a-t-il précisé, il a senti que le levier du digital était nécessaire. Parmi ses préoccupations, le choix d’inclure des personnes en situation de handicap dans le projet pour « moderniser l’association », une mesure dont il est très fier.

À lire également

Référence : LPA 16 Déc. 2019, n° 149m9, p.4

Plan