La Seine-Saint-Denis à l’heure olympique

Publié le 17/11/2017

Après trois échecs et une attente longue d’un siècle, Paris va enfin pouvoir faire ses Jeux olympiques ! L’enjeu est de taille pour la Seine-Saint-Denis (93) dont le territoire va abriter une grande partie des épreuves, ainsi que le village olympique.

Mercredi 13 septembre 2017, 13 h heure de Lima, Anne Hidalgo reçoit des mains du président du CIO le carton : Paris 2024, immédiatement accueilli par une salve d’applaudissements dans la salle. Tony Estanguet, Bernard Lapasset, Valérie Pécresse et plus de 300 personnalités sportives et politiques formaient cette délégation exceptionnelle qui s’est déplacée pour l’attribution des Jeux olympiques. L’étape de sélection passée, il reste désormais à préparer l’événement pour être à la hauteur de l’enjeu et des attentes. La Seine-Saint-Denis (93), annoncée comme le grand gagnant du projet, se retrouve en première ligne des espérances, car la préparation des JO signifie également la transformation physique du plus jeune département de France métropolitaine. Stéphane Troussel, président (PS) du conseil départemental a notamment annoncé sa volonté de faire travailler les entreprises locales pour faire profiter aux habitants des embauches. La communauté d’agglomération Plaine Commune est elle aussi pleinement mobilisée : entre le village olympique, le bassin de water-polo au parc de Malville, le nouveau centre aquatique et le Stade de France, elle accueille la majeure partie des équipements qui seront utilisés au cours des Jeux. Son président, Patrick Braouezec, a accepté de répondre aux questions des Petites Affiches afin de mieux cerner les enjeux liés à ces JO 2024.

Les Petites Affiches – Quelle était l’ambiance dans la délégation française à Lima lors de l’annonce des résultats ?

Patrick Braouezec – Même si le résultat était quasiment acquis, il y a tout de même eu une vraie émotion au moment de l’ouverture des deux cartons « Paris 2024 » et « Los Angeles 2028 ». J’ai préféré garder une certaine prudence jusqu’au bout, d’autant que j’étais à Moscou en 2001 et à Singapour en 2005, où nous étions là aussi certains de remporter les Jeux… avec les revers que l’on connaît ! La victoire de Paris à Lima a donc été un grand moment de joie partagé au sein de toute la délégation : les élus, les techniciens, les sportifs et tous les gens qui se sont mobilisés et impliqués dans la candidature ont vécu cela comme une véritable récompense pour leur travail.

LPA – D’autant que ces Jeux étaient particulièrement attendus…

P. B. – Lors d’une récente réunion organisée avec le personnel de Plaine Commune pour la rentrée, un de mes agents m’a dit que cela faisait 100 ans que nous les attendions. Même si dans les faits aucun de nous deux n’a attendu aussi longtemps, c’est le cas de Paris qui n’a plus connu de Jeux depuis un siècle. Les deux précédentes candidatures ont certainement joué sur l’attente collective, nous étions d’ailleurs avec Jean-François Lamour présents dans les trois délégations (il était membre du cabinet de Jacques Chirac en 2001 et ministre en 2005 et à nouveau présent dans cette délégation). Il n’en reste pas moins qu’une fois l’euphorie de la victoire dissipée, il y a eu une prise de responsabilité avec le sentiment que nous avions désormais le devoir de réussir ces Jeux.

LPA – Comment la population sera-t-elle intégrée au projet ?

P. B. – Nous ne partons pas de rien et il y a une étroite collaboration avec le département sur le sujet depuis plus d’un an. La mobilisation a déjà commencé notamment par des rencontres avec les associations sportives et générales. Mais aussi avec le monde de l’entreprise puisqu’un des éléments importants de la réussite sera de faire en sorte que ces Jeux puissent bénéficier à des entreprises locales qui soient elles-mêmes en capacité d’embaucher des demandeurs d’emploi locaux. Nous allons poursuivre ce travail, l’objectif est de faire en sorte qu’au cours de ces 7 années, l’ensemble de la population puisse s’approprier une ou plusieurs parties du projet olympique. Pour les uns, cela sera peut-être une formation à un métier ou un travail car ils auront été embauchés par une entreprise du département, pour d’autres la participation en tant que bénévole… Chez les jeunes, certains se voient aussi déjà porteurs du maillot de l’équipe de France : ils ont entre 12 et 20 ans aujourd’hui et se disent qu’ils pourront peut-être représenter leur pays aux Jeux s’ils continuent de progresser dans leurs disciplines sportives. Les Jeux olympiques sont un vecteur puissant : il y a le rêve sportif, mais il y a aussi du concret avec la formation et le travail et tout ce que l’on fera autour de la culture. Depuis la Coupe du Monde de 1998, on a compris qu’il était possible d’allier fête, sport, culture, formation et emploi. Nous allons capitaliser sur les expériences des 20 dernières années pour développer cela.

LPA – Y a-t-il un dispositif spécifiquement consacré aux jeunes Séquano-Dionysiens ?

P. B. – Tout à fait, il y a un certain nombre d’actions spécifiques envers les lycéens, collégiens, et jeunes du département. Nous travaillons d’ores et déjà avec les maires adjoints aux sports des villes concernées ainsi qu’avec les maires adjoints à la jeunesse pour les associer pleinement à ces initiatives. Il faudra travailler au plus près avec les organismes de formations et l’éducation nationale. Je salue d’ailleurs la nomination d’un délégué interministériel à l’organisation des Jeux olympiques, car nous avons besoin de fédérer tout le monde : il faut que les ministères travaillent de concert pour que l’ensemble des politiques de droit commun des ministères forme un tout cohérent. Les actions doivent être lisibles, c’est ce qui permettra l’appropriation par la population de cette période préparatoire aux JO.

LPA – La Seine-Saint-Denis est au cœur du dispositif, quelles retombées économiques espérez-vous atteindre ?

P. B. – Cela sera d’abord une transformation du territoire avec un investissement lourd. Sur les 6,6 milliards de budget, c’est près du tiers qui va être investi sur Plaine Commune, voire la moitié si l’on intègre le village média et le pôle média. Il y a aussi des choses non négligeables qui vont impacter la vie quotidienne des gens : je pense au mur anti bruit le long de l’A86, à l’échangeur Pleyel avec l’entrée et la sortie qui y manquaient, la dépollution d’un certain nombre de terrains, l’enfouissement des lignes à haute tension aujourd’hui aériennes ou encore le franchissement de l’Île-Saint-Denis jusqu’à la cité du Cinéma, celui pour accéder directement au parc Georges Valbon en venant de La Courneuve. Il y a aussi le sujet du Grand Paris Express, l’organisation de ces Jeux offre la garantie qu’il arrivera en temps et en heure sur le territoire. Tout cela est du concret et sera visible au quotidien par les habitants et les salariés de la Seine-Saint-Denis.

LPA – Les infrastructures de transports sont-elles adaptées pour l’accueil du public des JO ?

P. B. – Nous avons déjà des infrastructures assez conséquentes, mais il est vrai qu’il est nécessaire de prévoir les équipements pour l’avenir. Concernant les manifestations tenues dans Paris intra-muros, les transports ne devraient pas poser de problèmes. Plaine Commune aura deux équipements majeurs consacrés aux disciplines olympiques par excellence : l’athlétisme et la natation. La grande partie des épreuves se dérouleront donc sur notre territoire, mais je ne suis pas inquiet concernant les transports : nous aurons la ligne B et D du RER, les lignes 13 et 14 du métro ainsi que la future ligne 16 du Grand Paris Express. Enfin, il y a le T8 avec le tramway qui viendra de Rosa Parks jusqu’au Stade de France. Bref nous avons des atouts majeurs en matière de transports collectifs pour le déplacement du public.

LPA – Comptez-vous prendre en compte la dimension écologique ?

P. B. – Le village olympique sera réalisé sur trois communes : Saint-Ouen, Saint-Denis et l’Île-Saint-Denis. Pour la dernière partie, on a déjà un écoquartier qui répond aux objectifs de développement durable et de village modèle sur les questions énergétiques et respect de l’environnement. À Saint-Denis nous avons également un projet porté par Vinci et la Caisse des Dépôts sur lequel on travaille depuis un certain temps. Il reste Saint-Ouen où une vingtaine d’entreprises vont être délocalisées pour accueillir le village olympique. Ce qui est rassurant c’est que WWF, partenaire en amont de la candidature, avait dit qu’ils se retireraient de la candidature si les recommandations qu’ils faisaient n’étaient pas intégrées. WWF reste aujourd’hui partenaire, ce qui est une preuve de l’exemplarité de cette candidature sur le plan environnemental. Il y a aussi la dimension urbaine et sociétale de la reconversion du village olympique à prendre en compte, au début l’équation proposée était : « on a besoin de 17 000 lits pour la tenue des JO qui se transformeront en 3 500 logements par la suite ». Nous avons refusé cette version dès le départ, car il ne s’agissait pas pour nous de faire un quartier de logements, mais un vrai quartier de ville avec toutes les fonctions urbaines. Dans un département où l’on a déjà la cité des 3 000 et la cité des 4 000, je pense que l’on peut se passer de la cité des 3 500… L’idée est donc de reconvertir les logements en lieux d’activité et de travail après les Jeux olympiques et paralympiques. Le tout en imaginant ce que pourront être les nouvelles formes de travail à l’horizon 2024 : fab labs, coworking, ateliers d’artistes, locaux pour start-up ou TPE, équipements publics ou salles de sport, etc. L’exemple de Pékin ou Londres avec ces quartiers de logements monotones et monofonctionnels était pour moi à éviter, le logement, le travail et les équipements publics doivent se retrouver sous toutes leurs formes.

LPA – Comment s’assurer que la partie héritage soit réussie ?

P. B. – Il y a deux obstacles à éviter. Le premier est la dérive financière, nous avons une enveloppe de 6,6 milliards d’euros : il faut s’y tenir, c’est le premier défi ! Le deuxième est de construire de la ville pour l’héritage post-olympique. Nous devons avoir une approche urbaine du village olympique, car c’est la réalisation la plus importante avec le pôle média et le centre aquatique, il y a un enjeu particulier sur cette partie. L’héritage sera ce que l’on a réalisé d’ici aux 7 prochaines années et les souvenirs et bons moments que l’on aura partagés. J’ai encore des personnes qui me parlent de la Carnavalcade de Seine-Saint-Denis de 1998 et de l’épopée des black-blanc-beur. Si on arrive à avoir des gens qui reparlent des JO 2024 vingt ans plus tard, on peut se dire que l’on n’aura pas perdu notre temps.

À lire également

Référence : LPA 17 Nov. 2017, n° 130p3, p.3

Plan
X