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Entreprenariat : l’Île-de-France souffre mais résiste

Publié le 27/09/2022 - mis à jour le 24/11/2022 à 19H21
Freelance, entrepreneur
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La région capitale présente des chiffres moins préoccupants que les autres régions françaises depuis le début de l’année. Globalement, si les créations d’entreprises restent à un niveau élevé, le nombre d’entreprises en difficulté connaît une forte croissance. Le début d’une crise profonde ? « Vraisemblablement », juge le Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce qui observera attentivement les données de ces prochains mois.

Fin du « quoi qu’il en coûte », guerre en Ukraine, hausse des prix des matières premières : le pire était à craindre pour le monde entrepreneurial en 2022. S’il a été évité jusqu’alors, rien ne permet d’assurer qu’il le sera encore l’hiver prochain. C’est en substance le bilan dressé par le Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce (CNGTC) selon les données qu’il dispose sur le nombre de créations d’entreprises et les ouvertures de procédures collectives.

Redressements et liquidations judiciaires en forte hausse

Dans le détail, un peu plus de 300 000 entreprises ont été créées en France lors du premier semestre, dont près de 93 000 créations individuelles, soit une baisse de 10 % par rapport à la même période en 2021. Néanmoins, la dynamique entrepreneuriale reste bien plus élevée qu’en 2019, soit avant la crise sanitaire. En réalité, ce sont surtout les chiffres des procédures collectives qui inquiètent le CNGTC même si « le redouté mur des faillites » n’a pas été atteint. Toutes procédures confondues, le nombre d’ouverture n’en reste pas moins en hausse de 45 % à un an d’intervalle. Près de 18 000 entreprises sont ainsi jugées en difficulté, dont 14 000 font l’objet d’une liquidation judiciaire (+ 40 %), 3 480 d’un redressement judiciaire (+ 69 %) et 441 d’une procédure de sauvegarde (+ 53 %). « Les secteurs les plus touchés par la crise du Covid-19 qui ont résisté un temps (notamment grâce aux aides publiques) sont aujourd’hui en difficulté, un début de mouvement de faillites apparaît. Le secteur hébergement et restauration est particulièrement touché (+ 97 % au 1er semestre 2022), suivi par les services (+ 75 % sur la même période), et le commerce (+ 48 %) », précise le CNGTC. Toutes les régions de France sont concernées par cette tendance, à l’exception notable du poumon économique du pays : l’Île-de-France. Dans la région la plus riche de France, le nombre de procédures engagées n’a augmenté « que » de 23 % au premier trimestre par rapport à la même période l’an dernier. Une hausse importante estimera certains mais qui reste bien inférieure à celle mesurée dans les Hauts-de-France (+ 78 %), le Grand Est (+ 78 %) ou la Bretagne (+ 64 %). Symbole des temps épidémiques, seules les activités immobilières connaissent un reflux des procédures collectives (- 9 %). Une donnée qui conforte en soi le désir de plus d’espaces et de verdure des Français après plusieurs confinements.

L’exception parisienne

À Paris aussi les entreprises semblent mieux traverser l’époque après-Covid, selon les données du tribunal de commerce de la capitale. Ainsi, la quantité de jugements lancés pour liquidation judiciaire, de loin la donnée la plus représentative dans la capitale, n’a augmenté que de 15 % lors du premier semestre, s’établissant ainsi à 1 148 jugements d’ouvertures contre 999 en 2021. Une particularité de la région capitale appuyée par la hausse des inscriptions (+ 4 %) au Registre de commerce et des sociétés (RCS) de Paris. Dès lors, comment expliquer ce tropisme parisien ? Le Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce n’apporte aucun éclaircissement à ce sujet. Néanmoins, il semble évident que les régions déjà vulnérables économiquement avant la crise sanitaire ont été encore plus fragilisées par la fin des aides étatiques. L’après-Covid joue ainsi le rôle de révélateur de la réelle santé économique de chacun des territoires. Aussi, le CNGTC prévient : « L’observation des flux d’entreprises au cours des prochains mois sera déterminante pour distinguer si le tissu entrepreneurial français amorce un simple retour vers ses niveaux d’avant-crise, ou si plus vraisemblablement, les premières tensions observées constituent le prélude d’une crise plus profonde ». En d’autres termes, l’hiver s’annonce rude pour les entrepreneurs français…

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