Seine-Saint-Denis (93)

« La Seine-Saint-Denis regorge d’idées et de talents ! »

Publié le 19/09/2022 - mis à jour le 19/09/2022 à 10H39

Ce sont deux amies, Pantinoises d’adoption, qui ont eu un coup de cœur pour la ville, au point de vouloir le faire partager. La première, Marine, est freelance dans la communication. La seconde, Camille, après avoir travaillé 14 ans dans le marketing digital, accompagne les salariés pour un bilan de compétences. En plus de ces activités professionnelles, elles font vivre le collectif « Bonjour les talents du 93 », qui a pour but de valoriser l’artisanat et la création de Seine-Saint-Denis. Rencontre.

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Actu-Juridique : En quoi consiste votre collectif, Bonjour les talents du 93 ?

Marine Menault : Je suis arrivée en 2018 à Pantin, après avoir vécu à Paris. Dès mon arrivée, J’ai rencontré Pierre Villetard, qui avait un média sur Pantin pour valoriser la ville et donner envie d’y vivre. J’ai commencé à y contribuer. Le média, diffusé par un site internet et sur les réseaux sociaux, est devenu « Bonjour Pantin et ses voisins », et s’intéresse aux villes d’Est Ensemble.

Deux ans plus tard, pendant le premier confinement, j’ai lancé « Bonjour les talents du 93 » avec le soutien de Pierre et d’un collectif de jeunes créateurs du 93, doté d’un site marchand et basé à Pantin. L’idée était soutenir les commerçants et les créateurs qui ne pouvaient plus vendre leur travail. Le fait d’être 100 % digital était alors une force. À la fin du confinement, j’ai commencé à faire des marchés pour représenter les talents. Camille Rivière m’a rejointe pour aider à tenir les stands, et faire vivre le site. Aujourd’hui, nous faisons toutes les deux vivre le site et le collectif Bonjour les talents, soutenu par le média Bonjour Pantin et ses voisins.

Camille Rivière : Comme Marine, je suis passionnée par le département de Seine-Saint-Denis. J’ai eu un coup de cœur pour Pantin, avant même d’y vivre, dès que j’ai commencé à visiter des appartements. Je me sentais bien dans cette ville qui regorge de créateurs et de projets. J’aime écrire, et je m’occupe de rédiger les portraits des créateurs que nous soutenons et je m’occupe de l’animation. Nous proposons d’animer des lieux, avec des marchés, des expositions avec vernissage, des ateliers, et nous créons depuis peu nos propres événements. Début juillet, nous avons co-organisé « Le bal des talents » , avec les Tatas flingueuses, boutique de créateurs installée dans plusieurs villes du départements. Nous nous sommes adossés à elles pour avoir plus de créateurs et vraiment valoriser les artisans du 93 et avons ainsi pu réunir une centaine d’artisans, originaires de la Seine-Saint-Denis pour 90 % d’entre eux, sous la halle du marché de Montreuil. Sur le site, nous représentons une vingtaine de créateurs locaux.

Actu-Juridique : Que proposez-vous à ces créateurs ?

Marine Menault : La raison d’être de Bonjour les talents est de mettre nos savoirs à disposition de ces jeunes créateurs, qui n’ont pas nécessairement le temps et la maîtrise des outils de communication et qui ne sont pas forcément distribués. Nous cherchons à les valoriser. Bonjour les talents, ce n’est pas juste un site. Nous organisons des apéros ou des petits-déjeuners qui rassemblent tous les créateurs du collectif. Ils se rencontrent, se donnent des tips, commencent des collaborations.

Camille Rivière : Les créateurs sont souvent isolés car ils se consacrent pleinement à leur artisanat. Faire partie d’un collectif leur permet de rompre cette solitude, d’être en contact avec d’autres créateurs, de découvrir des boutiques, des relais. Beaucoup de nos créateurs ont ainsi pu développer leur activité et mieux la distribuer. Nous mettons à leur disposition notre réseau, notre passion de la communication, notre capacité à aller vendre l’initiative. Plusieurs créateurs se sont retrouvés dans des boutiques auxquelles ils n’auraient pas pensé, faute de temps ou de savoir comment s’y prendre. Ils échangent avec les créateurs et avec nous sur la manière de valoriser leur marque auprès d’une boutique ou d’un pop-up store, sur les conditions qui sont acceptables et celles qui ne le sont pas. Nous leur faisons également remonter les retours des acheteurs. En les représentant, on multiplie les occasions d’en avoir, et cela leur permet de développer de nouveaux produits.

Actu-Juridique : Vous assurez également une représentation physique…

Camille Rivière : Au début, nous participions à des marchés. Nous avions un stand Bonjour les talents où nous représentions certains créateurs. Nous expliquions leur travail et leur histoire. À Noël, un créateur a une multiplicité d’occasions d’aller sur les marchés et il ne peut pas être partout. Le fait d’être représentés leur permettait de se démultiplier. Aujourd’hui, nous créons de plus en plus nos propres événements, et les talents viennent eux-mêmes tenir leur stand, ce qui nous permet d’accueillir plus de monde.

Actu-Juridique : Quel est le profil des créateurs que vous présentez ?

Marine Menault : Pour brosser un portrait à gros traits, ce sont souvent des artisans qui rêvent de vivre de leur activité mais n’y arrivent pas encore. Ils ont une activité professionnelle, et font des créations en plus. Les créations sont très variées : linogravure, reliure, photographie, illustration, macramé, bijouterie, broderie, fleurs séchées, textile… La seule limite, c’est le format. Il faut que les créations soient exposables, et si possible expédiables ! On ne peut donc pas exposer de grandes toiles ou de sculptures. Nous avons beaucoup de créateurs de Pantin car la proximité fait que les rencontres sont faciles. Mais nous nous intéressons à l’ensemble du département. L’avantage, avec les réseaux sociaux et le digital, est qu’il n’y a pas de frontières. Et puis, nous sommes curieuses, nous nous baladons, nous repérons des choses qui nous plaisent un peu partout. Parfois, ce sont les créateurs qui nous repèrent et viennent à nous. Nous développons aussi des collaborations avec des entreprises implantées dans le 93, peu importe où.

Actu-Juridique : Combien de créateurs mettez-vous en avant ?

Camille Rivière : Nous avons commencé le projet avec une dizaine de créateurs, et sommes montées à 25. L’idée est n’est pas d’en avoir beaucoup car nous tenons à nous occuper bien de chacun d’entre eux. Nous rédigeons un petit portrait d’eux sur notre site, mettons en avant des nouveautés, faisons des événements. Nous allons revoir le marketplace et faire de nouvelles adhesions, avec des services d’accompagnement et de valorisation sur le site. Le but est d’agrandir le nombre de talents tout en restant dans un accompagnement spécifique et pointu. Nous envisageons de collaborer sur des créations exclusives ou en édition limitées. Nous présenterions moins de produits, mais cela donnerait de la place à de nouveaux créateurs…

Actu-Juridique : D’où vient cet attachement au 93 ?

Marine Menault : Tout est possible dans le 93, parce qu’il y a de l’énergie. Au début, nous étions localisées à Pantin et maintenant nous couvrons tout le territoire Est Ensemble. Des villes comme Montreuil, Les Lilas, Romainville, Bagnolet bougent énormément, mais ce ne sont pas les seules : Aubervilliers, Saint-Denis, Bobigny s’y mettent aussi. L’idée est de s’étendre petit à petit. On fait partie du réseau d’entrepreneurs ME93, très dynamique, qui organise plein de rencontres avec d’autres entrepreneurs. Je ne sais pas comment c’est ailleurs, mais dans le 93, quand on a un projet, on peut vite échanger et être aidé. Des groupes vous mettent en avant. C’est très agréable.

Camille Rivière : Nous sommes arrivées relativement récemment mais beaucoup de gens du 93 nous font part d’impressions similaires. Il y a une effervescence. Cela ne signifie pas que tout est facile et beau, mais il y a une volonté de vivre ensemble. Pantin a été notre premier coup de cœur, mais le 93 au sens large nous touche par sa diversité, son dynamisme. Beaucoup d’idées et de projets sont portés par les pouvoirs publics, les collectivités territoriales, le département, les initiatives privées. Il y a une grande émulation.

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