Île-de-France

Plus de 43 milliards d’euros mobilisés pour les entreprises franciliennes : la situation économique d’Île-de-France décryptée par le préfet Michel Cadot

Publié le 29/07/2020 - mis à jour le 05/08/2020 à 14H46

L’Île-de-France représente un tiers du PIB national. La région parisienne concentre plus de 23 % des emplois en France. Comme l’ensemble du pays, l’économie francilienne a été frappée par la crise sanitaire et économique. Les entreprises d’Île-de-France ont bénéficié de plus de 43 milliards d’euros d’accompagnement de l’État. Plusieurs secteurs, notamment le tourisme, l’aéronautique et l’automobile rencontrent des difficultés, tout comme les PME-TPE et les micro-entrepreneurs et indépendants. Le préfet de la région Île-de-France, Michel Cadot, dresse un bilan sur la situation économique francilienne suite à ce choc conjoncturel historique.

Les Petites Affiches : Après deux mois de déconfinement, quelle est la situation économique de la région Île-de-France ?

Michel Cadot : Au cours du confinement, de nombreuses aides et mesures exceptionnelles de soutien ont été prises par le gouvernement et ont permis de préserver au maximum les entreprises et les emplois. Depuis le début de la crise, ce sont près de 4 milliards d’euros qui ont été mobilisés par l’État en Île-de-France dans le cadre de l’activité partielle, 762 millions d’euros dans le cadre du report de charges fiscales et sociales, 38 milliards d’euros pour les prêts garantis par l’État ou encore 1 milliard d’euros pour le fonds de solidarité. Le volume et le caractère systématique de ces aides (activité partielle, reports de charges fiscales, fonds de solidarité, prêts garantis par l’État, etc.) ont fortement pallié leurs difficultés à court terme.

Entre janvier et avril dernier, le chiffre d’affaires des entreprises franciliennes a baissé de 5,95 % par rapport à 2019. On observe néanmoins depuis quelques semaines un rebond de l’activité économique. Dans le cadre d’une reprise progressive des activités économiques, l’Etat demeure particulièrement vigilant quant à l’évolution de la situation économique et se tient prêt à accompagner et soutenir les entreprises qui présenteraient des difficultés. En particulier, les secteurs les plus touchés par la crise sont aidés. Par exemple, l’aéronautique, l’automobile, ou encore le tourisme, très présents en Île-de-France, et fortement touchés par la crise du Covid-19, avec des prévisions de baisse d’activité sur les prochains mois, voire années. Pour soutenir chacun de ces secteurs, des plans de relance nationaux ont été annoncés, déclinés ensuite au niveau territorial. C’est notamment le cas de l’aéronautique et de l’automobile, pour lesquels l’État et le Conseil régional d’Île-de-France ont décidé d’installer des cellules régionales de soutien aux entreprises de la filière.

LPA : Quelles sont les principales problématiques des entreprises suite au déconfinement ? 

M.C. : La principale problématique aujourd’hui, c’est la contraction de la demande adressée aux secteurs les plus impactés par la crise tels que le tourisme, l’hôtellerie restauration, l’aéronautique, l’automobile et les activités culturelles. L’enjeu pour les entreprises est de reconstituer leur carnet de commandes ainsi que de se donner de la visibilité et des perspectives.

L’autre défi que les entreprises doivent aujourd’hui relever, c’est l’adaptation des modes de travail aux nouvelles exigences de sécurité sanitaire. Pour les y aider, de nombreux guides pratiques, adaptés aux réalités de chaque secteur, ont été élaborés par le ministère du Travail et les différentes fédérations professionnelles.

Les Français ont toutefois accumulé depuis le mois de mars dernier une épargne de 55 milliards d’euros, ce qui pourrait conduire, dans les prochaines semaines, à un phénomène de rebond de la consommation qui a été différée pendant le confinement.

LPA : Quel bilan faites-vous de l’utilisation des aides de l’État par les entreprises en Île-de-France ? 

M.C. : Cette crise a permis à l’État de faire la démonstration de la force du modèle social français, il a permis de soutenir dans des proportions massives les entreprises et de protéger les emplois.

LPA : Comment les commerçants, les artisans et les TPE ont-ils été soutenus ?

M.C. : Les commerçants, artisans et TPE ont été soutenus par l’État et le Conseil régional d’Île-de-France, notamment à travers la mise en place du fonds de solidarité. Il s’agit d’un fonds créé par l’État et les régions pour prévenir la cessation d’activité des très petites entreprises (TPE), micro-entrepreneurs, indépendants et professions libérales particulièrement touchés par les conséquences économiques du Covid-19. En tout, ce sont 4,7 milliards d’euros qui ont été mobilisés par l’État depuis le début de la crise sanitaire à travers ce fonds, dont plus d’1 milliard d’euros pour la seule région d’Île-de-France. Par ailleurs, ces plus petites entreprises ont également pu bénéficier des autres dispositifs, dont les reports de charges fiscales et sociales, le prêt garanti par l’État ou encore le fonds résilience mis en place par le Conseil régional, la Banque des territoires et les collectivités territoriales franciliennes. Ce fonds de résilience permet aux artisans, aux TPE et aux micro-entrepreneurs franciliens rencontrant des difficultés de trésorerie d’obtenir des avances remboursables allant de 3 000 à 100 000€.

LPA : Quelles ont été les conséquences de la crise sanitaire concernant les défaillances d’entreprises ? 

M.C. : De manière générale, l’importance et le caractère systématique des aides apportées aux entreprises ont évité les difficultés à un grand nombre d’entre elles. À ce jour, relativement peu de défaillances d’entreprises ont été recensé, mais les services de l’État sont conscients que ce nombre risque de croître dans les prochaines semaines. C’est pourquoi, nous avons notamment relancé dans toute la région les Comités départementaux d’examen des problèmes de financement des entreprises (Codefi). Cette instance a vocation à accompagner les entreprises de moins de 400 salariés qui rencontrent des problèmes de financement dans l’élaboration et la mise en œuvre de solutions pérennes de redressement. La réactivation du Fonds de développement économique et social (FDES) permettra de financer jusqu’à 800 000 € pour des entreprises n’ayant pas bénéficié de prêts garantis.

LPA : Existe-t-il  des disparités entre les départements d’Île-de-France sur les conséquences économiques de la crise sanitaire ? 

M.C. : Dans l’ensemble, la crise sanitaire n’a pas accentué les disparités que le territoire pouvait connaître avant la crise. Si disparités locales il y a, elles sont étroitement liées à la nature des activités économiques implantées dans les territoires. Par exemple, l’arrêt presque total du trafic aérien impacte très fortement les bassins d’emplois situés autour des aéroports de Roissy et d’Orly, tandis que l’arrêt des activités touristiques touche fortement les commerces parisiens.

LPA : Quelle est l’ampleur de l’impact de la crise sanitaire sur le secteur du tourisme en Île-de-France ?

M.C. : Au cours du confinement, l’activité des secteurs de l’hébergement et de la restauration en Île-de-France s’est logiquement contractée (1,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en avril 2020 contre 3,3 milliards en avril 2019). À ce stade toutefois, le secteur du tourisme, soutenu par l’État au travers d’un plan de plus de 18 milliards d’euros, commence à redémarrer.

Il est cependant encore trop tôt pour se prononcer sur sa reprise, celle-ci étant notamment liée au retour des touristes étrangers sur le territoire français qui reste dépendant de l’évolution de l’épidémie et de l’ouverture des frontières. La levée des restrictions pour les touristes français et les autorisations de réouverture complète des établissements sont les premières étapes du redémarrage du secteur. J’encourage tous les Français et les Franciliens à découvrir et redécouvrir les richesses dont regorge notre territoire : châteaux, musées, parcs naturels, … il y en a pour tous les goûts !

LPA : Autre secteur économique impacté, l’automobile. Le groupe Renault a annoncé un plan d’économies. Des sites en Île-de-France sont impactés. Comment allez-vous travailler avec les collectivités concernées et la direction du groupe pour accompagner la restructuration ?

M.C. : Un plan de relance du secteur de l’automobile a été mis en place au niveau national à hauteur de 8 milliards d’euros. Il est décliné au niveau régional avec la mise en place d’une cellule dédiée au secteur de l’automobile en lien avec le conseil régional afin de coordonner les actions des différents acteurs du secteur. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour sauver ces emplois.

LPA : Quelles ont été les conséquences de la crise sur les deux aéroports Roissy-CDG et Orly ? Comment se préparent-ils à la reprise d’une activité normale ? 

M.C. : Si le flux de passagers a été quasi nul sur la période de confinement, les activités de fret et de logistique ont préservé une part d’activité sur les aéroports. Cependant, même avec le déconfinement, l’activité des deux aéroports devrait être encore limitée durant quelques mois. Le secteur bénéficiera notamment d’un plan de soutien de 15 milliards d’euros. Nous allons là-aussi mettre en place une cellule de suivi avec les acteurs du secteur pour les accompagner au mieux.

À lire également

Référence : LPA 29 Juil. 2020, n° 155p8, p.4

Plan