Niki de Saint-Phalle : la liberté à tout prix

Publié le 16/07/2021

Drown jaune, Niki de Saint-Phalle.

Niki Charitable Art Foundation

La naissance de Niki de Saint-Phalle dans une famille aristocratique et soumise à une éducation rigoureuse ne la prédestinait pas à la carrière artistique, hors normes, qui fut la sienne.

Qui ne connaît pas les Nanas aux formes rondes, généreuses et dotées d’une petite robe hautes en couleurs ? Admirées ou détestées, elles font partie de l’univers artistique. Elles sont un témoignage des années 1960, époque où le critique d’art, Pierre Restany, a créé le « Nouveau Réalisme », exprimé dans un manifeste où il disait : « Nous voilà dans le bain de l’expressivité directe… sans autre prurit de justification que notre réalisme ». Plusieurs artistes dont le nom est resté dans l’histoire de l’art : Tinguély, Christo, Spoerri, Hains et bien d’autres y ont participé. Niki de Saint-Phalle adhère au mouvement en 1961, trouvant là une liberté qu’elle recherchait, celle qui lui avait tant manqué dans sa jeunesse.

Elle passe son enfance et son adolescence aux États-Unis et elle se marie jeune, en 1952. Le couple s’installe à Paris et va entrer rapidement en relation avec le milieu artistique, découvre les œuvres de Klein, Tinguély, ou Gaudy à Barcelone. Si elle n’a pas suivi les cours d’une école d’art, elle peint cependant des œuvres à tendance onirique ; elle sait que c’est par la création qu’elle va se libérer. D’emblée elle surprend, en particulier Restany, lorsqu’en 1961 elle laisse au hasard le soin de réaliser ses compositions en tirant à la carabine sur des sacs remplis de couleurs ; il l’invite à participer à son mouvement, dont l’un des buts est la remise en question de l’art. Elle crée aussi des assemblages d’objets hétéroclites qu’elle colore.

Féministe en avance, elle invente ses fameuses Nanas en polyester aux tonalités rutilantes qui accrochent le regard avec leur féminité conquérante. Ce sont des sortes de totems sous lesquels perce une implication psychologique. Le musée du Touquet consacre son exposition d’été à cette artiste incontournable, témoin d’une époque et à l’originalité incontestable. Elle a beaucoup travaillé, réalisant en 50 ans 3 500 œuvres. Sa création ne se réduit pas à ces femmes extravagantes, l’artiste a également composé un bestiaire souvent surprenant, fantastique, où les animaux d’aujourd’hui et préhistoriques se côtoient, comme dans un rêve. Un aspect un peu moins connu de sa création dans lequel l’imaginaire est roi. Trois animaux ont particulièrement sa faveur : serpent, dragon et l’oiseau, symbole de liberté.

Pour Niki de Saint-Phalle, l’art doit s’évader du musée, côtoyer la vie quotidienne, lui apporter une autre dimension. Douée dans différents domaines de la création, elle dessine aussi bien des affiches que des meubles anthropomorphes ou zoomorphes, des bijoux ou des costumes de ballet. Le musée met l’accent sur le fait que cette artiste est la première femme à imposer sa sculpture monumentale dans le monde. Le jardin des Tarots en est l’un des témoignages. Et sous ces travaux se devine la femme combative défendant des thèmes sociétaux, ainsi ses Nanas symbolisent l’idée d’égalité avec l’homme. Lumineuses, aux vêtements chatoyants : danseuse ou sur patins à roulettes, elles explosent de vie, de joie de vivre même ; elles affirment leur indépendance loin de tout code vestimentaire ou de corpulence.

Niki de Saint-Phalle demeure aujourd’hui encore comme une artiste inventive aux dons multiples et libre.

X