Dans le prétoire : Canicules judiciaires

Publié le 06/07/2026 à 12h01

Alors que la France s’apprête à traverser sa troisième canicule, la magistrate Valérie-Odile Dervieux dénonce avec humour les salles d’audience surchauffées dans des palais non climatisés. Me François Martineau s’est amusé à imaginer un maillot de plaidoirie. 

Dans le prétoire : Canicules judiciaires
Quand il fait plus de 35° dans une salle d’audience, les ventilateurs ne brassent plus que de l’air bouillant et le port de la robe devient une torture (Dessin : ©F. Martineau)

« Toute ressemblance avec des gens de justice et personnages existants serait purement fortuite »

Fin juin 2026

Il y a l’échauffement des esprits

La petite fille est morte. Une loi n’a pas été prise à temps.

Les prisons sont surpeuplées

Erreurs, défiances, manifs, motions, pétitions, moyens, confusions.

Et Puis il y a l’échauffement des corps

Ceux des bureaux du palais et surtout ceux de la salle d’audience.

Touffeur.

Les bois, ors et teintures qui gardent si bien souvenirs, symboles, peurs et espoirs, conservent tout aussi parfaitement la chaleur des temps présents.

Pas celle qui réconforte, celle qui surprend, étreint, étrangle.

La justice en sueur

Trente-cinq degrés, à l’ombre.

Migraine.

Le président perle en gouttes régulières.

La sueur coule le long du cou du conseiller de droite.

Celui de gauche a branché un miniventilateur à son ordinateur, manifestement satisfait de son achat amazonique.

Les dossiers semblent plus pesants.

Les lunettes glissent le long du nez.

Pourtant, le jeune avocat virevolte !

Sportif de haut niveau du mémoire de nullité, des demandes de mise en liberté et de l’article préliminaire.

Il brasse l’air et, pour une fois, on l’envie, on le jalouse, on aimerait en profiter.

L’imiter ?

Pas possible, la cour est solennellement clouée.

Assise, elle siège.

Sauve-qui-peut !

Le greffier connecte,

Un essai, deux, trois, une coupure d’électricité, quelques coups de téléphone au greffe pénitentiaire, on est habitué, ça finit par fonctionner !

Dix précieuses minutes perdues, mais le délai de convocation ne permettait aucun renvoi.

Loin d’ici, visio oblige, la détenue, seule, dans la salle vide d’une maison d’arrêt éloignée, rayonne.

Étrangement sereine, définitivement solaire, assurément attentive.

Est-ce possible ? Comment est-ce possible ?

Le président vérifie l’identité, rappelle les chefs de mise en examen, notifie le droit au silence, entreprend le rapport et livre la parole à l’avocat général avec soulagement.

Le parquetier se lève, requiert l’infirmation de la décision de mise en liberté du juge de 1ère instance, dit pourquoi la jeune femme ne doit pas être remise en liberté, même sous contrôle judiciaire, même sous ARSE.

Mais elle a déjà l’air libre dans tête, elle sourit,

Lui requiert un peu courbé, version italique.

Verticalités surprenantes.

La chaleur nous reprend.

Le président autorise l’impensable, le déni, le sauve-qui-peut, le chamboule-tout, bref le dépôt de robe.

C’est son pouvoir, pouvoir de police de l’audience

Soulagement.

Les Robes noires se défilent, une manche, deux, des tenues d’été apparaissent : sous les robes moirées et herminées, la plage ?

Malaise

Mais le ressac arrive sans crier gare.

Le conseiller non ventilé fait un malaise

Suspension…

L’avocat est interrompu dans sa plaidoirie,

Arrêt sur visio.

La reprise se fera plus tard, dans une autre composition

Ce ne sera pas le seul malaise de la semaine

Les ventilateurs, rares, faiblards, brassent le chaud.

Les privilégiés, détenteurs des rares climatiseurs, veillent à bien fermer leur bureau pour ne pas se les faire chiper.

L’assemblée générale, lieu saisonnier d’un dialogue social souvent difficile à animer, permettra-t-elle des avancées rafraichissantes ? Pas vraiment.

Le chef dira règlementation, bilan carbone, coût, inanité au regard des nombre et taille de salles d’audience.

Le chef rappellera l’interdiction des appareils électriques et le privilège déjà acquis, des ventilateurs.

Être raisonnable pour soi, pour les autres, pour le justiciable, jusqu’à plus soif ?

 

Cette semaine, il fera encore 38 degrés.

 

Dans le prétoire : Canicules judiciaires
Le maillot de plaidoirie contre la canicule en audience (Dessin : @F. Martineau)

 

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