Dans le prétoire : Canicules judiciaires
Alors que la France s’apprête à traverser sa troisième canicule, la magistrate Valérie-Odile Dervieux dénonce avec humour les salles d’audience surchauffées dans des palais non climatisés. Me François Martineau s’est amusé à imaginer un maillot de plaidoirie.

« Toute ressemblance avec des gens de justice et personnages existants serait purement fortuite »
Fin juin 2026
Il y a l’échauffement des esprits
La petite fille est morte. Une loi n’a pas été prise à temps.
Les prisons sont surpeuplées
Erreurs, défiances, manifs, motions, pétitions, moyens, confusions.
Et Puis il y a l’échauffement des corps
Ceux des bureaux du palais et surtout ceux de la salle d’audience.
Touffeur.
Les bois, ors et teintures qui gardent si bien souvenirs, symboles, peurs et espoirs, conservent tout aussi parfaitement la chaleur des temps présents.
Pas celle qui réconforte, celle qui surprend, étreint, étrangle.
La justice en sueur
Trente-cinq degrés, à l’ombre.
Migraine.
Le président perle en gouttes régulières.
La sueur coule le long du cou du conseiller de droite.
Celui de gauche a branché un miniventilateur à son ordinateur, manifestement satisfait de son achat amazonique.
Les dossiers semblent plus pesants.
Les lunettes glissent le long du nez.
Pourtant, le jeune avocat virevolte !
Sportif de haut niveau du mémoire de nullité, des demandes de mise en liberté et de l’article préliminaire.
Il brasse l’air et, pour une fois, on l’envie, on le jalouse, on aimerait en profiter.
L’imiter ?
Pas possible, la cour est solennellement clouée.
Assise, elle siège.
Sauve-qui-peut !
Le greffier connecte,
Un essai, deux, trois, une coupure d’électricité, quelques coups de téléphone au greffe pénitentiaire, on est habitué, ça finit par fonctionner !
Dix précieuses minutes perdues, mais le délai de convocation ne permettait aucun renvoi.
Loin d’ici, visio oblige, la détenue, seule, dans la salle vide d’une maison d’arrêt éloignée, rayonne.
Étrangement sereine, définitivement solaire, assurément attentive.
Est-ce possible ? Comment est-ce possible ?
Le président vérifie l’identité, rappelle les chefs de mise en examen, notifie le droit au silence, entreprend le rapport et livre la parole à l’avocat général avec soulagement.
Le parquetier se lève, requiert l’infirmation de la décision de mise en liberté du juge de 1ère instance, dit pourquoi la jeune femme ne doit pas être remise en liberté, même sous contrôle judiciaire, même sous ARSE.
Mais elle a déjà l’air libre dans tête, elle sourit,
Lui requiert un peu courbé, version italique.
Verticalités surprenantes.
La chaleur nous reprend.
Le président autorise l’impensable, le déni, le sauve-qui-peut, le chamboule-tout, bref le dépôt de robe.
C’est son pouvoir, pouvoir de police de l’audience
Soulagement.
Les Robes noires se défilent, une manche, deux, des tenues d’été apparaissent : sous les robes moirées et herminées, la plage ?
Malaise
Mais le ressac arrive sans crier gare.
Le conseiller non ventilé fait un malaise
Suspension…
L’avocat est interrompu dans sa plaidoirie,
Arrêt sur visio.
La reprise se fera plus tard, dans une autre composition
Ce ne sera pas le seul malaise de la semaine
Les ventilateurs, rares, faiblards, brassent le chaud.
Les privilégiés, détenteurs des rares climatiseurs, veillent à bien fermer leur bureau pour ne pas se les faire chiper.
L’assemblée générale, lieu saisonnier d’un dialogue social souvent difficile à animer, permettra-t-elle des avancées rafraichissantes ? Pas vraiment.
Le chef dira règlementation, bilan carbone, coût, inanité au regard des nombre et taille de salles d’audience.
Le chef rappellera l’interdiction des appareils électriques et le privilège déjà acquis, des ventilateurs.
Être raisonnable pour soi, pour les autres, pour le justiciable, jusqu’à plus soif ?
Cette semaine, il fera encore 38 degrés.

Référence : AJU505732