Justice malade : près de 40% des magistrats s’estiment en état de souffrance au travail !

Publié le 20/06/2022 - mis à jour le 20/06/2022 à 16H52

Le Syndicat de la magistrature vient de publier la deuxième édition de son étude intitulée « L’envers du décor, enquête sur la charge de travail dans la magistrature ». Tous les indicateurs se sont aggravés depuis la 1ère édition réalisée en 2019. 

Justice malade : près de 40% des magistrats s'estiment en état de souffrance au travail !
Photo : ©P. Cluzeau

Les syndicats de magistrats et personnels judiciaires ont visiblement décidé de ne rien lâcher. Après l’annonce vendredi en fin de journée de leur saisine du juge administratif aux fins d’obtenir qu’un expert soit nommé pour évaluer la difficulté des conditions de travail dans les juridictions, voici que le Syndicat de la magistrature publie sa deuxième enquête sur la charge de travail de la magistrature (en version intégrale à la fin de l’article).

En 2019, la première édition révélait que  32% des répondants s’estimaient en état de souffrance au travail. Trois ans plus tard, ils sont désormais 39,2%, soit une augmentation de 7 points. Et encore, les auteurs de l’étude prennent-ils soin de préciser :

« Parmi les 590 répondants (58,8%du panel) qui ne se considèrent pas en situation de souffrance au travail, il est frappant de constater que près de 160 d’entre eux ont tenu à nuancer leur réponse, principalement pour préciser :

— qu’ils sont à la limite de l’être et qu’il en faudrait peu pour les faire basculer, à commencer par la moindre difficulté

personnelle,

— qu’ils ne parlent que de leur poste actuel, mais qu’ils l’ont été dans un précédent poste,

— qu’ils ressentent d’autres sentiments que celui d’être en souffrance (de l’épuisement, de la colère) ».

Avant ces deux études, l’Union syndicale des magistrats avait commencé à briser le tabou en publiant en février 2015 un livre blanc intitulé : « Souffrance au travail des magistrats, état des lieux, état d’alerte ». On y découvrait à l’époque, sous la forme non pas de statistiques mais de témoignages, la surcharge de travail, l’épuisement, les situations de harcèlement, la dépression.

L’année suivant, la documentariste Danièle Alet brisait un autre tabou, celui du suicide dans son film « Sois juge et tais-toi ? » où elle évoquait notamment le cas du juge Philippe Tran Van qui a mis fin à ses jours en 2010 ; son suicide a été reconnu en lien avec l’activité professionnelle par la justice administrative.

C’est précisément un suicide, celui d’une toute jeune magistrate en août 2021, qui a déclenché l’appel des 3000 : une tribune publiée dans Le Monde en novembre dernier dans laquelle magistrats et greffiers poussaient un cri de colère et de désespoir contre leurs conditions d’exercice.

Depuis lors, si la mobilisation des personnels judiciaires n’est pas toujours visible du grand public, elle ne faiblit pas.

Il semblerait que le rapport des États généraux, dont on attend la publication depuis deux mois, prenne acte de cette situation et recommande une augmentation conséquente du budget et des recrutements. Mais les professions judiciaires ont été échaudées par les méthodes du précédent quinquennat et notamment la brutalité de la réforme de la justice menée par Nicole Belloubet. Elles n’ont pas apprécié non plus qu’on affirme plus tard que la justice était « réparée » en contradiction avec ce qu’elles observent au quotidien. Quant à l’organisation des États généraux, elle leur est apparue comme un événement aussi coûteux qu’inutile, alors que la solution à leurs yeux est simple et parfaitement connue : augmenter les crédits, renforcer les effectifs.

Toutes les échéances électorales étant désormais passées, les syndicats reprennent le combat. Et ils ne manquent pas de munitions…

 

Envers du décor 2

 

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