Mort de F.M. Aramburú : Le trouble post-traumatique « indiscutable » de L. Le Priol « s’atténue » mais ne « disparaît pas »

Publié le 18/09/2026 à 7h58

La cour d’assises a entendu hier après-midi la psychiatre Isabelle Teillet dont le rapport sur le principal accusé, Loïk Le Priol, s’est plus apparenté à un réquisitoire qu’à l’expertise classique du sachant. À l’homme passible de la perpétuité, elle n’a rien concédé, pas même l’état de santé qui lui vaut une invalidité. Au contraire, le Dr Daniel Zagury a conclu à une altération légère du discernement due au trouble post-traumatique « cliniquement caractérisé » mais qui « n’explique pas tout ».

Palais de justice de Paris
Palais de justice de Paris (Photo : @P. Cluzeau)

 Le bras gauche accoudé à la barre de la cour d’assises de Paris, l’experte à la voix autoritaire, souvent teintée d’indignation, parfois d’ironie, parle de Loïk Le Priol comme d’un homme dangereux aux traits psychopathiques « qui sort un syndrome post-traumatique de son chapeau et qui le majore considérablement, le met sempiternellement en avant ». À part cela, ce fut un enfant qui trichait et était « un peu facho » en 3e (14 ans), qui ment, qui est suffisant, psychorigide, cruel, paranoïaque. Voilà pour le résumé, nous y reviendrons.

L’exposé de la psychiatre Isabelle Teillet est si violent qu’un juge assesseur lui posera une question singulière : « Pardon, je ne veux pas vous offenser, mais j’ai ressenti dans votre rapport une forme de passion. Cela relève-t-il de l’enthousiasme ou de quelque chose de plus personnel ? » Il prononce le mot « animosité », est coupé net : « Je suis plutôt fougueuse et je ne veux pas emboîter le pas à la vulgate populaire autour de Le Priol. » Selon elle, son collègue Zagury « se fonde sur le PTSD de 2015 ». « Et, poursuit-elle, j’anticipe les attaques et la foire aux lions. Je suis sur la défensive, mais pas atteinte de PTSD. » Elle rit.

Son comportement le soir du crime « altéré dans une légère mesure »

PTSD. Les experts ont privilégié l’acronyme anglais pour “Post-Traumatic Stress Disorder”, trouble sévère qui apparaît après avoir été confronté à un événement dramatique. Victimes du terrorisme ou d’une zone de conflits, militaires ou reporters de guerre sont plusieurs à en souffrir. À L. Le Priol, les médecins des forces spéciales, puis de l’hôpital des Armées Percy, ont diagnostiqué un PTSD en 2015 suivi d’un rapatriement sanitaire urgent. Il a été retenu, à ce titre, une altération du discernement à son procès en 2022 pour l’affaire Klein, du nom de l’ancien chef du GUD violemment agressé. Et dans ses conclusions, l’expert psychiatre Daniel Zagury, qui a témoigné dans de multiples affaires criminelles, estime que les faits reprochés sont « en relation partielle » avec le PTSD. Il dit que son comportement du 19 mars 2022, lorsqu’il a déchargé le barillet de son Colt sur Federico Martín Aramburú, « peut être altéré dans une légère mesure par l’existence d’un PTSD » mais « pas aboli ».

Il ne minimise pas le geste criminel, n’accorde aucune excuse à l’accusé : il éclaire simplement la cour et les jurés qui, eux seuls, décideront si la peine doit être ou non réduite par cette circonstance particulière. Le PTSD n’est « pas contestable », répond-il, catégorique, à Me Xavier Nogueras, un des défenseurs de Loïk Le Priol. « Indiscutable », dit-il encore, « cliniquement caractérisé » – le score du test auquel les militaires l’ont soumis « est sans appel » : 73 sur 85. Et, « non, ce trouble ne peut pas disparaître ». S’il peut « s’atténuer », il est susceptible de ressurgir sous forme de « flambées » en cas de « situations exceptionnelles comme celle de ce jour-là ».

 Traits de caractère « asociaux » et « psychopathiques »

Mais, précise-t-il, le PTSD « n’explique pas tout ». Daniel Zagury a vu un jeune homme « honteux de sa faiblesse » à l’armée qui a « une conduite de coq », un être « pas doué pour l’introspection », avec des traits de caractère « asociaux » et « psychopathiques ». « Il a tendance à arranger la situation en sa faveur, ce qui diffère du mensonge » et, surtout, l’alcool consommé a décuplé la violence : ce « psychopathe de bonne famille » a « refusé de se faire casser la gueule ». L’avocat général juge « paradoxal » de courser deux rugbymen « quand on a peur ». « Vous en appelez au rationnel. Ici, on n’est pas dans la rationalité. »

Le Dr Zagury va plusieurs fois refuser de se laisser entraîner sur le terrain glissant des certitudes (« je suis modeste »), par exemple sur le pronostic : « Personne ne le sait. Ce ne sont pas des mathématiques. » Puis, s’agissant de Romain Bouvier, il indique n’avoir décelé aucune pathologie. « Il a les moyens de tirer les leçons de cette expérience. »

Rien, dans son rapport, n’a amoindri l’horreur et la gravité du crime. Aussi est-il surprenant que la contre-expertise commandée aux deux psychiatres qui suivent soit non seulement contradictoire, mais également si agressive que la chambre de l’instruction a ordonné « par voie de cancellation », en 2024, la suppression de nombreuses cotes, précisant « qu’il sera interdit » de s’y référer au procès. Une décision rarissime. C’est dans ce contexte que se présentent jeudi après-midi leurs auteurs, les docteurs Isabelle Teillet et Roland Coutanceau.

 « Narcissique », « condescendant », « d’une susceptibilité ombrageuse »

Première à intervenir, le Dr Teillet conteste donc l’examen de son confrère Zagury. On comprend qu’il n’aurait guère travaillé et établi son diagnostic sur la base du « PTSD de 2015 » : « Moi, je me suis beaucoup documentée sur sa genèse, il est survenu après le lynchage (sic) à Djibouti. » Elle parle de l’agression classée sans suite d’une prostituée comme si elle avait vu la scène : « Il était le plus alcoolisé de tous ! » Et « Son PTSD se manifeste de façon extrêmement différée, un an plus tard, quand le temps de latence est de quelques semaines à six mois ».

Si elle ne va pas jusqu’à douter des conclusions de ses pairs militaires, elle s’interroge : « Tout de même, ce n’est pas sérieux ! Si PTSD il y a eu, il n’est pas suivi d’effets [le démontrant]. À chaque fois qu’il est en difficulté, M. Le Priol sort le PTSD de son chapeau, évoque une médication lourde. Non, non, je suis psychiatre, je sais ce qu’est une médication lourde. Il n’en a pas eu, jamais ! » affirme-t-elle. Et d’ajouter que de toute façon, « si on s’engage dans les forces spéciales, c’est pas pour faire une partie de bilboquet ».

Après une digression sur sa conduite « au CM2 », « en 6e », « en 3e » – « il était suffisant, ses troubles sont anciens donc préexistants au PTSD » –, elle détaille l’accident de voiture qu’il a causé, le dossier Klein et « la constance des armes, de l’alcool, des bagarres ». Pour en conclure que L. Le Priol est « narcissique », « condescendant », « d’une susceptibilité ombrageuse dès qu’on s’oppose à ce qu’il dit ».

« Un traumatisé de guerre ne court pas après des rugbymen ! »

Enfin, le Dr Teillet s’arrête sur le crime de 2022 : « Il attribue constamment aux autres son passage à l’acte, ou à son PTSD. Pour M. Le Priol, ce sont les autres qui ont les yeux vitreux, qui sont relous (sic), il ne reconnaît pas son propre état d’alcoolisation. Il est la victime essentielle. Il est très habile devant les juges, se montre contrit. » Cela prouve « sa difficulté d’analyse, la faillite de son comportement » qui ne peut, « en aucun cas, être atténué par son fameux PTSD ». Un détour par « le tatouage d’un couteau sur son bras droit », par « sa lecture de Cicéron sur la légitime défense », par « ses plaidoyers pro domo », par « le roman familial autour de la guerre dont il serait le héros sacrificiel ».

Dans le box, Loïk Le Priol est livide. Abasourdi.

Estocade : « Il était armé, bourré, l’interprétation des faits est rétroactive, c’est hallucinant ! Ses traits psychopathiques sont extrêmement marqués, les éléments narcissiques de sa personnalité » expliquent ce qui est arrivé. « Je ne crois pas à cette réminiscence post-traumatique mais j’en conviens, c’est subjectif… » « Sa dangerosité criminologique est importante, avérée, évidente, tout en atteste ! » complète-t-elle.

« C’est un justicier ? demande l’avocat général.

– Oui, tout à fait ! Il y a chez ce monsieur le maintien de la toute-puissance infantile, dont il n’a pas fait deuil. »

Le Dr Roland Coutanceau, nettement plus modéré bien qu’il ait cosigné le rapport, s’inscrit en faux : « Moi, je suis plus prudent. Un justicier c’est “au vu de ce qu’il m’a fait, il mérite de…” Ici, on est dans quelque chose de plus banal, qu’on voit tous les jours. »

Le Dr Teillet lui ôte le micro des mains, revient sur le « récit rétrospectif », et pour que l’on soit sûr que le PTSD n’existe plus, elle insiste : « Il rigole, il fait la teuf, il n’est pas cloîtré chez lui, il n’est même pas dos au mur dans le bar » où va éclater la bagarre. Elle complète, laissant encore échapper un rire : « Un traumatisé de guerre ne court pas après des rugbymen ! »

Me Pierre-Henri Baert, autre avocat de Loïk Le Priol, « entre dans la cage aux lions », tente d’apaiser la tension qu’a suscitée cette charge stupéfiante, de ramener l’expert à une expression plus raisonnable : « J’aimerais qu’on prenne un peu de hauteur. » Il est vertement éconduit : « Je ne comprends rien à ce que vous dites, Maître », lâche-t-elle, cinglante.

Le contre-interrogatoire est vain.

Le président Zientara remercie l’experte : « Continuez d’être passionnée », l’encourage-t-il face à quelques regards médusés.

 

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